
Après deux heures d'entretien pour désamorcer les tensions entre les deux plus grands syndicats du pays, l'OGBL et le LCGB, le Premier ministre Luc Frieden a annoncé vouloir organiser une "grande table ronde sociale", dans "les prochaines semaines, ou mois".
Le gouvernement veut améliorer le dialogue social au moment où plusieurs sujets fâchent les syndicats comme la question de l'exclusivité de la négociation et de la signature de conventions collectives, l'extension du travail du dimanche, la libéralisation des horaires d'ouverture des commerces ou la réforme des retraites.
Luc Frieden avait assuré devant la presse mardi avoir contacté Michel Reckinger, le président de l'Union des Entreprises Luxembourgeoises (UEL). Au micro, ce dernier a pourtant affirmé ce mercredi: "On est déjà surpris parce que nous n'en savions rien et ne savons pas vraiment ce qui sera discuté", a expliqué ce mercredi Michel Reckinger, au micro de RTL.
Comme à ses yeux, le Comité permanent du Travail et de l'Emploi (CPTE) est la plateforme où on négocie avec les ministres, Michel Reckinger se demande quelle sera l'utilité de convoquer une table ronde sociale. "Je ne sais pas à quoi sert ce format. Ce qui est important, c'est ce que je retire de la déclaration (de Luc Frieden), c'est que le dialogue social doit reprendre et qu'il faut parler parler ensemble, et non les uns sur les autres".
Relancer le dialogue social et améliorer l'ambiance car elle est tendue est une bonne chose. Mais "je trouve que les syndicats n'ont pas choisi une manière "clean" pour parler de moi. Je pense que je suis une personne respectable, avec laquelle on peut discuter, et que je n'ai pas à accepter d'insolences", dit clairement Michel Reckinger. Avant d'assurer que le gouvernement n'est pas le bras prolongé du patronat.
Le syndicat faîtière de la Fonction publique, la CGFP, estime, au contraire, que le gouvernement CSV-DP est proche du patronat. Son président Romain Wolff, lit dans cette proposition de table ronde sociale un instrument pour renouer le dialogue social entre les partenaires sociaux et surtout améliorer l'ambiance.

Il est "curieux de savoir ce que ça va donner. Ce n'est pas une tripartite puisque nous ne sommes pas dans une crise comme l'a dit le Premier ministre. Mais malgré tout il y a du pain sur la planche pour faire revivre le dialogue social et ce serait bien que ce soit préparé de telle sorte qu'on puisse sentir qu'il s'agit vraiment d'un dialogue social".
Sam Tanson, cheffe de file des Verts au Parlement, estime que "c'est une bonne chose que le gouvernement ait renoué le dialogue avec les syndicats", mais elle fait remarquer l'absence du ministre du Travail, Georges Mischo, à l'origine du conflit entre syndicats et gouvernement.

Elle estime que "c'est regrettable que le rôle historique joué par les syndicats dans le pays -qui ont aussi un rôle important pour la stabilité au Luxembourg- soit minimisé". Elle regrette que le Premier ministre n'ait pas "reconnu leur importance".
Sam Tanson note qu'au cours des derniers mois "on a pu entendre que le gouvernement était le porte-voix du patronat" et "on a pu remarquer un gros déséquilibre" entre l'importance accordée aux entreprises et aux salariés.
"Avec toutes les tables rondes que le gouvernement organise, il va bientôt pouvoir ouvrir un restaurant", s'amuse Taina Bofferding présidente du groupe politique LSAP et ministre de l'Intérieur du précédent gouvernement. Le Premier ministre n'utilise pas le mot "tripartite" car "ça sous-entend qu'on a une crise. Mais le gouvernement a provoqué une crise du dialogue social et remis en cause tout le modèle social", estime Taina Bofferding.

Si le Premier ministre prend vraiment la chose au sérieux "le gouvernement est tenu de promouvoir le dialogue social et de rechercher vraiment des solutions". Elle note au passage que le ministre du Travail, Georges Mischo, "est devenu plutôt silencieux depuis quelques temps".
Fred Keup de l'ADR estime que "c'est important de discuter ensemble, même si on a des avis différents".