La crise énergétique provoquée par la guerre en Iran pourrait durer jusqu'à l'année prochaine. "Le prix des carburants ne baissera pas de sitôt", a estimé lundi Michel-Edouard Leclerc, tablant sur "au moins six mois, peut-être jusqu'à l'hiver prochain, de crise énergétique devant nous". Et la plupart des économistes partagent sa vision pessimiste de la situation.
L'administration Trump avait déclaré que les retombées de la guerre en Iran ne provoqueraient qu'une hausse à court terme des prix du pétrole. Les prévisionnistes fédéraux sont d'un autre avis. L'Agence américaine pour l'information sur l'énergie (EIA) a revu à la hausse ses prévisions pour les prix du pétrole, de l'essence et du gazole jusqu'en 2027.
Le conflit engagé par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran pourrait perturber gravement l'approvisionnement mondial d'or noir et faire flamber durablement les prix du baril à des niveaux plus vus depuis des années.
L'absence d'accord fait craindre de nouvelles frappes contre des infrastructures pétrolières et gazières déjà touchées au Moyen-Orient, avec des réparations de plusieurs dizaines de milliards de dollars et des prix durablement élevés.
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, plus de 150 attaques ont visé des sites énergétiques de la région, selon un recensement de l'AFP à partir de données de l'ONG américaine Acled.
Parmi eux, au moins 44 infrastructures liées principalement au pétrole et au gaz --dépôts, raffineries ou champs d'extraction-- ont subi des dégâts, ainsi qu'une douzaine de sites liés au transport de l'énergie.
Le coût de réparation et de remise en état des infrastructures énergétiques pourrait déjà être compris entre 34 et 58 milliards de dollars, selon une estimation de Rystad Energy.
Dans son scénario le plus sévère, le cabinet estime que la facture pour les seules installations pétrolières et gazières pourrait atteindre 50 milliards de dollars.
Si le cessez-le-feu n'est pas prolongé ou si aucun accord n'est conclu, "les conséquences à long terme de la guerre seront plus graves", explique à l'AFP Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management.
Le gaz naturel liquéfié (GNL), ainsi que certains produits pétroliers comme le kérosène ou le diesel, sont selon lui particulièrement exposés à des pénuries.
La clé d'un retour à la normale de la production demeure la réouverture du détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre environ 20% de la production mondiale de pétrole et de GNL.
Mais même une réouverture ne permettrait pas un retour immédiat de tous les barils sur le marché. "Cela pourrait prendre des mois, voire davantage", affirme Ole Hansen, de Saxo Bank.
L'analyste évoque notamment "des chaines d'approvisionnements désorganisées" et une production qui ne pourra pas reprendre tant que les réservoirs dans lesquels les pays du Golfe ont dû stocker leur pétrole "n'auront pas été suffisamment vidés".
Par ailleurs, en sept semaines de guerre "le monde a perdu plus de 500 millions de barils" de pétrole, ce qui a "tendu le marché", et les réserves stratégiques des pays importateurs, mises à contribution pendant la crise, devront être réapprovisionnées, souligne M. Hansen.
Selon lui, l'ensemble de ces facteurs pourrait "justifier un nouveau prix plancher pour le pétrole", supérieur de 10 à 15 dollars au plancher d’avant-guerre de 70 dollars le baril, soit 80 à 85 dollars.
La crise énergétique provoquée par la guerre au Moyen-Orient doit pousser l'UE à accélérer sa sortie des énergies fossiles a plaidé la Commission mercredi, avertissant sur le risque de perturbations pour les "années à venir".
Cette crise est "probablement aussi sérieuse" que celles provoquées par le choc pétrolier de 1973 et l'invasion russe de l'Ukraine en 2022,"combinées", a averti le commissaire européen chargé de l'Energie, Dan Jorgensen.
Une situation qui doit d'après lui "servir de signal d'alarme, de tournant".
"L'Europe doit tourner le dos à sa dépendance aux énergies fossiles et s'engager sur la voie de l'autonomie avec des énergies vertes", a-t-il plaidé lors d'une conférence de presse.
Gaz, pétrole... : la guerre au Moyen-Orient a déjà alourdi la facture de l'UE de 24 milliards d'euros pour ses importations de combustibles fossiles.
S'il n'y a pas à ce stade de pénurie systémique de kérosène, l'inquiétude grandit puisque 20% du carburant d'aviation consommé par l'UE transitait habituellement par le détroit d'Ormuz.
A quelle point la situation risque-t-elle d'empirer? Tout dépend, d'après Bruxelles, de la durée du conflit.
"Même dans le meilleur des cas, la situation s'annonce plutôt sombre pour les mois à venir, et les répercussions se feront sentir pendant des années", a souligné Dan Jorgensen.