Une retraite trop avantageuse ?Le Luxembourg taclé par l'UE, qui lui "recommande" de faire plus d'efforts

Thomas Toussaint
Le Conseil de l'Union européenne a publié au début de l'été un document dans lequel il recommande au Luxembourg, et surtout à ses travailleurs, de faire davantage pour protéger les retraites.
© Auremar / Adobe Stock

Bien qu'impopulaire, la réforme des retraites serait encore trop douce. C'est le constat fait par le Conseil de l'Union européenne ce mois de juin 2026. Dans un document regroupant plusieurs recommandations économiques et sociales pour le Luxembourg, le Conseil de l'Union européenne estime que les efforts luxembourgeois ne sont pas suffisants.

La réforme des retraites, entrée en vigueur au 1er janvier 2026, a pourtant augmenté les cotisations sociales des travailleurs de 24% à 25,5%. Rognant un peu leur salaire. Et a mis en place un calendrier échelonné pour rallonger les carrières (un mois de cotisation supplémentaire en 2026, huit en tout à partir de 2030).

Malgré ces mesures pour financer le système, que l'on annonçait déficitaire dès cette année, et des encouragements fiscaux à travailler plus tard, la réforme portée par le gouvernement ne satisfait pas l'institution bruxelloise.

Selon ses observations, "le système de retraite luxembourgeois est confronté à des défis à moyen et à long terme, étant donné que les tendances démographiques devraient menacer sa viabilité". Sans une croissance de l'emploi "de 2 à 3%", le premier pilier de la retraite passera dans le rouge dès 2029 selon le Conseil. Dès 2031 selon la Fondation Idea.

Fin de carrière, durée de travail... Les travailleurs doivent faire plus selon l'UE

Dans son avis adressé au Luxembourg, le Conseil liste une série de points qu'il lui recommande de changer pour assurer le financement de son modèle.

Il juge par exemple que "la réforme ne semble ni suffisante pour résoudre les problèmes structurels affectant la viabilité du système de retraite ni susceptible d’accroître sensiblement le faible taux de participation des travailleurs âgés de 55 à 64 ans". Il appuie d'ailleurs sur une des spécificités actuelles du Luxembourg : l'inactivité importante des "seniors" du Grand-Duché. La moitié des personnes âgées de 55 à 64 ans travaille (51,9%), alors que ce taux atteint 69,5% en Europe.

Selon l'institution européenne, les Luxembourgeois ne travaillent pas assez en fin de carrière, partent trop tôt en pension... Et passent trop de temps à la retraite : 25,2 ans selon le document, alors que l'Europe est à 21,3 ans. Le tout, alors qu'ils touchent des prestations de retraites "élevées" par rapport à leur salaire. Un cocktail qui ne satisfait pas l'UE.

Pour le Conseil, le Luxembourg doit donc "assurer la viabilité à long terme de son système de retraite, notamment en limitant les possibilités de départ anticipé à la retraite et en augmentant le taux de participation et d’emploi des travailleurs âgés".

Entre 2005 et 2025, le nombre de retraités a quasiment doublé (x1,96). De fait, il a augmenté plus rapidement que le nombre de personnes cotisants au système (x1,72).
Entre 2005 et 2025, le nombre de retraités (x1,96) a augmenté plus rapidement que le nombre de personnes cotisants au système ().
© Caisse nationale d'assurance pension

Malgré l'application de la réforme des retraites, le Luxembourg est effectivement confronté à un problème d'avenir pour son généreux système : la part des retraités augmente plus vite que celle des travailleurs. À terme, le Grand-Duché ne comptera pas assez de personnes qui cotisent pour financer les retraites. Et aucun miracle démographique ou économique ne viendra alléger cette charge.

Politiquement, il faudra choisir un moyen de financer les retraites des résidents et des frontaliers. Soit en augmentant les recettes (par un impôt, ou cotisant davantage ou plus longtemps par exemple) soit en limitant les dépenses. En 2025, au terme d'un long débat, le gouvernement luxembourgeois avait choisi d'augmenter les recettes du système sans vraiment toucher aux dépenses. D'ici le début des années 2030, la question se posera à nouveau. Augurant une énième réforme des retraites à mener par le gouvernement qui sera au pouvoir après les élections de 2028.

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