Crise de l'énergieLe Luxembourg peut-il manquer de gazole?

Christophe Wantz
Un éventuel embargo européen sur le pétrole russe poserait un réel problème pour le gazole, dont l'Europe et le Luxembourg en particulier sont de grands consommateurs.
© SEBASTIEN BOZON / AFP

Quelques heures après l'annonce par l'Ukraine du lancement d'une nouvelle offensive russe dans le Donbass, il est "plus que jamais nécessaire d'arrêter les importations de pétrole depuis la Russie", a déclaré ce mardi le ministre français de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire.

Oui, mais il y a un hic! L'Europe est dépendante de la Russie pour son approvisionnement en pétrole brut, mais elle l'est encore plus pour le diesel. La Russie a assuré plus de la moitié des importations européennes l'an dernier (54%), loin devant le Moyen-Orient (27%).

ATTENTION AU GAZOLE

La Russie, plus gros exportateur au monde de pétrole, produit quelque 11 millions de barils par jour de pétrole brut, dont un peu plus de 5 millions sont exportés. Mais le pays exporte aussi 1,5 million de barils par jour de gazole, dont l'Europe - qui n'en produit pas assez - est très friande.

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Au Luxembourg, il s'est vendu 1.425.780 tonnes de gazole en 2021, c'est 81% du carburant routier vendu dans le pays. Mais il est très difficile, voire impossible, de déterminer la part exacte des importations de gazole russe.

Le Grand-Duché achète directement dans les pays voisins comme la Belgique (75%), l'Allemagne (23%), et les Pays-Bas (2%). Et ces pays sont très dépendants du gazole russe.

"En 2020, la France a importé 25 millions de tonnes de gazole dont un quart était du gazole russe, à peu près 6 millions de tonnes", a relevé Olivier Gantois président de l'Ufip (Union française des industries pétrolières).

UN RISQUE SUR LES PRIX

"Nous avons en Europe et en France à faire face à ce besoin de diesel, qui  risque de se faire de plus en plus crucial si des décisions sont prises dans les  jours ou les semaines à venir", a déclaré Barbara Pompili, la ministre française de la Transition énergétique.

"Il faut savoir que chez nous ça va poser un réel problème pour le diesel et  que cela va aller bien au-delà des problèmes sur le pétrole que nous pouvons avoir", a-t-elle souligné.

Mais pas de quoi craindre une véritable pénurie de diesel en Europe. "Je ne pense pas qu'il y aura de rationnement sur le diesel", affirmait le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné il y a quelques jours sur RTL. Les pays européens disposent en effet de réserves stratégiques qu'ils peuvent mobiliser en cas d'urgence.

Olivier Gantois, président de l'Ufip, confirme: "on a une dépendance potentielle (au gazole russe NDLR) mais le marché est déjà en train de se réorganiser et notamment de délaisser le gazole russe, d'où les augmentations considérables que l'on a vues sur le gazole".

Le vrai risque, ce sont les prix. Si l'Europe décide d'un embargo sur le pétrole russe, les prix du gazole vont à nouveau battre des records. Et cela alors que le diesel a déjà bondi de plus de 17% au Luxembourg depuis le début de la guerre en Ukraine. C'est beaucoup plus que les prix de l'essence (+7 %).

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