Débats sur l'état de la nationLe LSAP critique la politique en matière de logement, l'ADR de croissance et les Verts de chômage

Marc Hoscheid
adapté pour RTL Infos
Dans l’opposition, l'avis général est que le Premier ministre Luc Frieden n’a pas suffisamment abordé la réalité quotidienne des gens dans son discours sur l’état de la nation.

Après le discours sur l’état de la nation du Premier ministre Luc Frieden mardi, les députés ont réagi à l'allocution tout au long de la journée de mercredi à la Chambre. Alors que les partis de la majorité, le CSV et le DP, ont été élogieux, le LSAP, l’ADR et les Verts n’ont pas ménagé leurs critiques.

La situation est difficile, mais pas aussi grave que le laissent entendre certains dans l’opposition, a estimé le président du groupe parlementaire CSV, Laurent Zeimet. À l’instar du Premier ministre Luc Frieden, il a à nouveau énuméré toute une série de mesures que cette majorité a mises en œuvre au cours des deux ans et demi écoulés. Il a toutefois aussi rejeté en les qualifiant d'irréalistes au vu de la situation économique, des revendications de l’opposition visant à améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

"Je ne suis pas économiste, mais quand on réclame une semaine de 38 heures avec maintien intégral du salaire, une sixième semaine de congé et, en plus, une augmentation substantielle du salaire minimum, je pose tout simplement la question : comment cela pourra-t-il être financé à l’avenir ? À une époque où nous n’avons pas une croissance de 5 %, où la productivité est sous pression et où de nombreuses entreprises ne trouvent pas de personnel."

Le président du groupe parlementaire DP, Gilles Baum, a estimé que de nombreuses familles ont l’impression, en raison des prix élevés du logement, de l’énergie et du coût de la vie en général, que leur situation est aujourd’hui moins favorable qu’il y a quelques années. C’est pourquoi il était important de soulager les ménages avant même la tripartite et d’élaborer un plan de lutte contre la pauvreté.

De son côté, la présidente du groupe parlementaire LSAP, Taina Bofferding, a regretté qu’aucune volonté de grands changements en faveur d’un meilleur équilibre social n’ait été perceptible dans le discours de Luc Frieden. Selon elle, ce n’est pas le moment de bricoler, il faudrait profiter de la crise actuelle pour remédier aux inégalités et aux injustices, en particulier dans le domaine du logement :

"Nous devons cesser de lutter de manière superficielle contre les symptômes et nous attaquer au problème de manière structurelle, et pour cela, il faut du courage. Il faut du courage pour retirer le tapis rouge aux spéculateurs, et au lieu de continuer à diluer l'impôt sur la mobilisation des terrains, il est important de lemettre enfin en œuvre, avec l'impôt foncier et celui sur les logements vacants. Pour construire plus vite et à moindre coût, il faudrait miser sur la construction en série. Et pour des loyers transparents, justes et stables, il faut une commission nationale des loyers, un véritable indice des loyers."

Le président du groupe parlementaire ADR, Fred Keup, a surtout critiqué le fait que, dans le discours du Premier ministre, la réalité vécue par une partie de la population ait été ignorée et qu’il y manquait une vision de ce à quoi le Luxembourg ressemblera dans 20 ans. Selon lui, le principal problème du pays reste néanmoins la croissance de la population.

"En 1990, nous comptions 380.000 habitants et environ 180.000 emplois. Aujourd’hui, nous avons presque 700.000 habitants et plus de 500.000 emplois. Cette progression nous a plongés dans un véritable piège de la croissance, comme Jean‑Claude Juncker l’avait prédit. Et les problèmes ne diminuent pas, ils augmentent : densification urbaine, mitage, embouteillages, perte de notre culture, destruction de la nature, manque d’infrastructures, pénurie de personnel dans la fonction publique, pauvreté et un problème de retraites qui est sans cesse reporté et qui s’aggrave."

On constate également que l’intégration des personnes nouvellement arrivées dans le pays se déroule de plus en plus difficilement. Pour renforcer la cohésion sociale, il faudrait renforcer le rôle de la langue luxembourgeoise, surtout à l’école. C’est pourquoi l’alphabétisation en français est, selon lui, une mauvaise voie.

La porte-parole de la sensibilité politique des Verts, Sam Tanson, a estimé que de nombreuses personnes avaient mal digéré les crises récentes et actuelles, comme par exemple le Covid, la guerre en Ukraine ou le changement climatique. C’est pourquoi il est particulièrement important de voir ce qui ressortira de la tripartite. Un point qui suscite des inquiétudes est la situation sur le marché du travail.

"Le chômage au Luxembourg s’élève à 6,3 % et il augmente continuellement depuis 2023. Nous comptons au Luxembourg 24.000 personnes qui recherchent un emploi sans en trouver. Le FMI qualifie le marché du travail d''apathique'. Ce qui est encore plus préoccupant, c’est le chômage des jeunes, qui est plus élevé chez nous que la moyenne de l’UE et atteint 20 %."

C’est précisément pour les jeunes que les réponses font défaut, que ce soit dans le système scolaire, dans l’orientation ou dans la motivation des entreprises à offrir un emploi aux jeunes.

Le porte-parole de la sensibilité politique des Pirates, Sven Clement, a critiqué le fait que le Premier ministre n’ait pas suffisamment abordé la classe moyenne. Selon lui, la classe moyenne est trop souvent négligée dans le débat politique et elle aurait précisément besoin d’avantages fiscaux plus ciblés. Le problème du logement n’a pas non plus été clairement désigné comme une crise et des mesures concrètes faisaient défaut. Il y a également un manque de transparence en matière de politique budgétaire : selon Sven Clement, l’importance de la dette pénaliserait les générations futures.

Le porte-parole de la sensibilité politique déi Lénk, David Wagner, a parlé d’un discours sans grandes surprises : lui aussi critique le manque de déclarations concrètes concernant le logement et la fiscalité. Le capital devrait être taxé de manière plus conséquente, faute de quoi le financement des mesures ne sera pas durable. Le principe selon lequel une fiscalité plus faible sur le capital profiterait à toute la société n’a jamais fonctionné, a ajouté le député de déi Lénk. David Wagner a également appelé à une augmentation structurelle du salaire minimum, comme le demandent les syndicats, estimant que ce serait bénéfique pour l’économie.

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