
"La situation est complexe sur le plan économique et social, partout dans le monde, mais aussi au Luxembourg. Les défis sont nombreux", a déclaré la directrice générale du LISER, Aline Muller, mercredi matin sur RTL dans son analyse socio-économique du discours sur l’état de la nation prononcé mardi par le Premier ministre, Luc Frieden. Le discours ne contenait en effet pas grand chose de nouveau. Une série de mesures positives actuelles ont été énumérées. Mais pour la directrice du LISER, "la question centrale est : que va-t-il se passer maintenant au niveau de l'emploi ?"
En ce qui concerne la crise du logement, la chercheuse a précisé d'emblée que "nous ne parlons pas seulement de logements, mais de l’un des facteurs les plus déterminants pour la cohésion sociale du pays. Si les gens ne trouvent pas de logement abordable, ils ne peuvent pas travailler ici, ils ne peuvent pas participer à l’économie. Cela concerne les familles, le marché du travail, la mobilité, la santé, mais aussi la confiance envers les institutions". Pas grand chose de neuf n'a été annoncé dans le discours, il s’agissait plutôt de "mesures de crise qui ne résolvent pas le problème structurel". Aline Muller a toutefois considéré comme positif le fait que "certaines annonces n’aient pas été faites", notamment un nouveau recours à des incitations fiscales. Il est en effet scientifiquement prouvé que ce type de mesures ne résout pas le problème du logement abordable et peut même être contre-productif sur les prix, selon l'invitée. Le logement n’est pas uniquement un problème luxembourgeois, mais se retrouve également dans d’autres villes européennes. La directrice générale du LISER regrette que le problème fondamental ne soit pas abordé en s’attaquant à la question des terrains constructibles.
Concernant la tripartite, Aline Muller s’est dite "surprise" par la déclaration du Premier ministre selon laquelle les partenaires sociaux devraient être alignés. Cela ne fonctionnerait pas. Les syndicats et le patronat ont forcément des intérêts différents. Il est avant tout important de "s’accorder sur le constat", souligne Aline Muller, que tous les partenaires disposent du "même niveau d’information" et que le travail puisse avancer.
L’intelligence artificielle a également été un thème abordé dans le discours du Premier ministre, même si ce fut sans entrer dans les détails. Les fonctionnaires, les ministères et les administrations vont avoir un nouveau “collègue”, un chatbot nommé “LeChat”. D’après les calculs du Statec, 90 % de toutes les professions seront impactées par l’IA : 55 % avec un effet positif, mais pour près de 15 %, les conséquences pourraient être moins favorables. Aline Muller estime pour sa part que "l’IA va avant tout transformer le travail" : elle remplacera certaines tâches effectuées par les personnes et certains métiers disparaîtront. L’IA modifiera tout travail, mais créera aussi de nouveaux emplois. Il ne faut pas non plus sous-estimer le nombre de personnes compétentes qui travaillent dans le pays : c’est ensemble qu’il faudra relever ce défi.
Le LISER évalue positivement le plan national de lutte contre la pauvreté, qui est basé sur des faits et s’appuie sur des observations et des analyses scientifiques. Non seulement des aides ont été ajoutées, "mais elles ont aussi été regroupées, simplifiées et automatisées". Toutefois, une évaluation devra ensuite être réalisée. On ne rédige pas un “chef-d’œuvre” d'un seul jet. "Un chef-d’œuvre, cela ne s’improvise pas et une politique efficace ne s’improvise pas non plus. Il faut l’améliorer : ce n’est pas parce que tout ne fonctionne pas parfaitement qu’il faut immédiatement changer de direction. Il faut plutôt améliorer, évaluer."