
Après la démission de la doyenne de la Faculté de droit, d’économie et de finance (FDEF) fin avril, le rectorat a relevé de ses fonctions le chef du département de finance, Christos Koulovatianos. Cette décision a été examinée vendredi lors d’une procédure de référé administratif. Notre collègue de RTL Michèle Sinner a assisté à l’audience.
Et il y a tout de même eu des déclarations étonnantes. Non pas en raison du désaccord sur la question de savoir si le tribunal est réellement compétent, puisque les employés disposent de contrats de droit privé tout en travaillant pour une institution publique. Mais plutôt concernant les raisons de la révocation de Christos Koulovatianos. Après l’audience, Romain Adam, l'avocat de l’Université, a expliqué au micro de RTL que l’Université avait le droit de révoquer le mandat du chef de département "ad nutum", c’est-à-dire sans motif.
"Cela signifie que, si le rectorat estime qu’il ne s’agit plus de la bonne personne à la bonne place, il peut retirer ce mandat. Concernant Monsieur Koulovatianos, nous avons tenu à préciser que nous n’avons rien à lui reprocher directement. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit plutôt du fait que, en cas de vacance du poste de doyen(ne), nous estimons qu’un nouveau chef de département doit également être élu, afin de permettre un renouveau au sein de l’ensemble du département."
La perte de confiance suffirait à justifier une telle décision. Aucune motivation spécifique ne serait nécessaire. Au cours de l’audience, l'avocat avait indiqué, outre cette perte de confiance et la volonté d’un renouveau organisationnel, qu’il avait été constaté que le professeur concerné "parlait régulièrement à la presse".
À la question de savoir si cela avait donc constitué l’une des raisons de la révocation, Maître Romain Adam a toutefois répondu après l’audience : "Non, non, pas du tout, pas du tout", et a nié avoir tenu ces propos. Après avoir consulté ses notes, il a nuancé sa position : "C’est possible. Mais ce n’est certainement pas la raison pour laquelle nous l’avons démis de son mandat."
Il a ajouté qu’il avait surtout profité de cette occasion pour exposer la position de l’Université. "Et c’est là ma conviction profonde. Beaucoup de choses ont été écrites dans la presse qui sont tout simplement inexactes et qui ne correspondent pas aux pièces figurant dans le dossier."
À l’audience, Maître Romain Adam a également déclaré que, dans la presse, "on avait tiré à boulets rouges sur l’Université".
Il n’existe cependant absolument aucun indice que Christos Koulovatianos aurait alimenté la presse en informations. Précisons qu’il n’a pas parlé à RTL Lëtzebuerg. Une recherche concernant ses apparitions dans les médias montre que, ces dernières années, il a certes accordé des interviews sur ses travaux de recherche ou en tant qu’expert en finance et en économie. Pour le reste, Mediahuis a publié de longs articles illustrés par sa photo à propos de sa révocation en tant que chef de département. Mais là encore, ce n’est pas l’intéressé lui-même qui s’est entretenu avec des journalistes, mais son avocat, Stéphane Sunnen. Celui-ci affirme que son client est un lanceur d’alerte.
“Car, dans les mois et les années qui ont précédé cette décision, il a dénoncé à plusieurs reprises des illégalités ou des irrégularités dans différents processus au sein de l’Université. Et je suis d’avis qu’il est aujourd’hui sanctionné pour cette raison, de manière injustifiée.”
En tant que lanceur d’alerte, il bénéficierait d’un droit à la protection. D’autant plus que la décision de lui retirer son mandat risque de causer un préjudice irréparable à sa carrière. C’est pourquoi il n'est pas possible d’attendre l’issue d’un procès sur le fond. À ce sujet, Maître Stéphane Sunnen estime toutefois qu’il existe de bonnes chances d’obtenir l’annulation de la décision. “Parce que la motivation avancée par l’Université n’est absolument pas convaincante et varie selon le moment où l’on s’adresse à elle. Nous considérons également qu’elle n’est pas conforme à la loi."
Les responsables des autres départements de la FDEF, à savoir ceux du droit et de l’économie, ne se sont jusqu’à présent pas vu retirer leur mandat. Ainsi, le souhait du rectorat de procéder à un renouveau organisationnel ne concerne pour l’instant que le chef de département qui avait des divergences avec l’ancienne doyenne.
Le tribunal devrait rendre sa décision dans la semaine.