Avec le retour au pouvoir des talibans en quelques jours seulement, l'espoir de retourner en Afghanistan, leur patrie, s'est évanoui pour Aryan Aryahee et Safia Hashemi.
"Je suis triste quand je vois ce qui se passe en Afghanistan, à Kaboul", dit Aryan. L'informaticien de formation a quitté son pays natal il y a dix ans. Son père, général dans l'armée afghane, formait alors des soldats afghans avec les Américains. A l'époque déjà, le père a envoyé son fils de 16 ans à l'Ouest parce qu'il craignait pour la sécurité de sa famille.
Aryan s'attendait à ce que son pays sombre dans une période de turbulences après le départ des Américains, mais il ne pensait pas que ce serait aussi facile pour les talibans: "Nous pensions que les talibans reviendraient un jour au pouvoir. Mais pas aussi vite. Pas une semaine ou deux après le départ des Américains, mais dans un an ou deux", réagit Ayran.
Il ne faut pas aller chercher les raisons bien loin, selon Aryan. Il y a d'un côté la corruption omniprésente à tous les niveaux de l'État. Et la peur des talibans a aussi joué un grand rôle psychologique dans le fait que l'armée et la police aient aussi rapidement déposé les armes:
"Avant 2002, ils battaient les femmes, leur coupaient la tête, les pieds. Tout ce qu'on ne fait pas à un être humain, ils le faisaient", ajoute Ayran.
La crainte devant les talibans: une grande partie de la population serait actuellement comme paralysée. C'est la raison pour laquelle de nombreux commerces sont fermés, pour laquelle on ne croise pratiquement plus aucune femme dans les rues. En compagnie de son épouse Safia, Aryan regarde la télévision afghane, où circule déjà la propagande des talibans.
"Ma famille vit encore en Afghanistan. Mes parents, mes sœurs, mes frères. Ils sont très stressés. Ils ont peur. Mes parents travaillent pour le gouvernement. A présent, ils ont peur de la réaction des talibans", explique Safira.
Que les talibans proposent maintenant aux fonctionnaires une amnistie générale ne les surprend pas. La base des combattants talibans serait simplement constituée de gens du pays. Leur éducation se limiterait souvent à l'apprentissage du Coran. C'est la raison pour laquelle les talibans sont actuellement dépendants des fonctionnaires. Mais à long terme, ni l'un, ni l'autre, n'ont confiance en un Emirat islamique dirigé par les talibans.
"Les vingt années où les Européens, les Américains étaient dans mon pays pour le faire avancer, si les talibans restent, alors tous ces efforts auront été vains. Des années perdues", selon Safira.
Les Européens et les Américains ont commis une grosse erreur au cours des vingt dernières années: ils ont totalement sous-estimé la situation géopolitique, le passé ethnique, les intérêts économiques dans la région.
"Quand les Américains et les Européens ont mis en place un nouveau gouvernement, les Iraniens, les Pakistanais, les Chinois et les Russes n'en ont pas voulu car l'OTAN avait tout sous contrôle", dit Aryan.
Vingt ans pour rien. Pour revenir une nouvelle fois en arrière, c'est trop tard à présent, conclut Safira.
Le reportage de nos collègues de RTL en langue luxembourgeoise: