
La directive européenne 2019/6 régule l'usage des médicaments vétérinaires. Au Parlement européen, les Verts viennent de déposer une résolution qui demande l'interdiction des antibiotiques de réserve dans les élevages intensifs d'animaux.
Selon le président de l'Association des médecins vétérinaires du Grand-Duché de Luxembourg, Jean Schoos, cette mesure n'irait pas dans le sens du bien-être animal. La députée européenne verte Tilly Metz pense en revanche que beaucoup de malentendus circuleraient.
La résolution appelle à interdire l'utilisation d'antibiotiques dits de réserve chez les animaux. Cette forme d'antibiotique particulièrement puissante devrait être réservée en priorité à l'homme à l'avenir. En raison de ses multiples utilisations, en particulier dans l'élevage intensif, de plus en plus de résistances à la substance active apparaissent.
"Le but de la résolution est que les antibiotiques de réserve ne soient plus utilisés à titre prophylactique dans l'élevage de masse", explique Tilly Metz. L'agriculture biologique montrerait déjà qu'une utilisation plus parcimonieuse d'antibiotiques fonctionnerait. L'objection des Verts au Parlement européen, ne concernerait cependant en aucun cas les animaux de compagnie et le traitement individuel des animaux par un vétérinaire. En cas de maladie, lorsque d'autres antibiotiques doivent être exclus, des antibiotiques de réserve pourront également être utilisés à l'avenir.
Les vétérinaires tirent cependant la sonnette d'alarme à propos de la dernière proposition des députés verts. Ils disent que certaines maladies chez les animaux ne pourraient plus être traitées si elle passait dans son état actuel. Le règlement européen sur les médicaments vétérinaires ne ferait en effet aucune différence entre les animaux domestiques et les animaux d'élevage. Un ajustement ne serait plus possible à court terme. Une interdiction de ces médicaments s'appliquerait alors à tous les animaux. Et même si des exceptions étaient prévues pour les traitements individuels, aucun groupe pharmaceutique ne serait plus intéressé à produire ces médicaments pour animaux. Or les antibiotiques de réserve de la médecine humaine n'ont pas été préparés pour être ainsi simplement donnés à un animal.
Des statistiques montrent que 66% de l'ensemble des antibiotiques sont utilisés dans l'élevage d'animaux de ferme, dont 90% dans l'élevage intensif. Aucun intérêt économique ne peut être placé au-dessus de la santé humaine et d'un élevage qui respecte les besoins des animaux, dit Tilly Metz. Jean Schoos affirme par contre que 95% des résistances aux bactéries proviendraient des hommes et seulement 5% du monde animal. On ne pourrait pas utiliser les antibiotiques pour faire une politique agricole et aller éventuellement à l'encontre de l'élevage intensif. Ce problème devrait être réglé autrement.
La directive européenne 2019/6 entrera en vigueur en janvier 2022. Il reste à voir si la résolution des députés européens verts sera retenue.