
“Nous recrutons en permanence. Mais nous constatons également que le taux d’occupation des prisons a augmenté constamment au cours des deux dernières années” a déclaré la ministre de la Justice, Elisabeth Margue, jeudi matin sur RTL. Lundi, le président de l’Association des agents pénitentiaires avait souligné sur RTL qu’il fallait davantage de personnel pour garantir la sécurité, en évoquant les prisons saturées, qui entraînent davantage d’altercations. Pour la période 2024 à 2026, 60 recrutements supplémentaires au total ont été prévus.

La ministre a également expliqué que les prisons à Schrassig et à Sanem n’étaient certes pas encore “pleines pleines”, mais qu’une tendance très nette se dessinait. Ce serait notamment dû au fait que davantage de policiers ont été recrutés : plus il y a d’effectifs, plus les poursuites augmentent, et plus les prisons se remplissent.
En ce qui concerne la sécurité, avec la nouvelle loi sur les établissements pénitentiaires, les gardiens disposeront de davantage de moyens pour mieux lutter contre la drogue en prison. Le fait que du Spice, une variante synthétique du cannabis, parvienne à l’intérieur des prisons via divers courriers, constitue en effet un problème majeur. L’utilisation de gel au poivre devrait bientôt être possible, à condition d’avoir suivi la formation nécessaire. Actuellement, ce matériel resterait inutilisé dans les armoires et prendrait la poussière, selon les critiques formulées lundi par Samir Djennas, le président de l’Association des agents pénitentiaires. “Un problème technique lié au matériel d’entraînement aurait causé du retard dans les formations”, mais ces formations vont se poursuivre et le gel au poivre sera bel et bien utilisé, a assuré Elisabeth Margue.
“Personne n’est content lorsqu’il faut placer des jeunes en prison”, a indiqué la ministre au sujet du cas de l’adolescente de 14 ans qui avait poignardé une camarade de classe et s’était ensuite retrouvée dans une prison pour adultes. Le centre Unisec de Dreiborn ne dispose que de 12 places : il atteint donc très vite sa limite, ce qui oblige, dans des cas exceptionnels, particulièrement lorsque les jeunes sont violents, à les transférer à Schrassig. Dans ce cas, on veille toutefois à assurer l’encadrement nécessaire adapté.
La ministre a affirmé attendre avec beaucoup d’impatience l’avis du Conseil d’Etat concernant les amendements sur les lois relatives à la protection de la jeunesse et au droit pénal des mineurs. “Nous attendons vraiment nous-mêmes ce projet avec une certaine impatience désespérée”. Les amendements ont été transmis au Conseil d’Etat en mai de l’année dernière. “Mais c’est réellement une priorité, car nous devons pouvoir travailler différemment, y compris avec de jeunes auteurs, car nous n’avons pas encore de véritable droit pénal des mineurs. Cela signifie que nous devons avoir d’autres garanties. Le droit pénal des mineurs prévoit d’autres garanties, d’autres sanctions”, explique Elisabeth Margue.
Avec les nouvelles lois, il sera possible de prévoir des mesures alternatives. La privation de liberté deviendra la solution de dernier recours. Le nouveau texte doit également fixer définitivement à 13 ans l’âge à partir duquel un jeune devient pénalement responsable. Le site de Dreiborn doit aussi être transformé en établissement pénitentiaire pour mineurs, et un autre projet de construction est également en cours, a précisé la ministre. Le calendrier prévu est respecté (30 places d’ici 2031, ndlr).
La coalition CSV‑DP a prévu dans son programme l’introduction d’une comparution immédiate. Il s’agit d’une procédure pénale rapide permettant de juger un prévenu majeur après sa garde à vue. L’objectif d’une telle “procédure accélérée” est d’apporter une réponse rapide à une situation pénale tout en respectant les droits de la défense
Une réunion est encore prévue en avril avec les autorités judiciaires et le barreau, avant le dépôt du projet de loi. “L’idée n’est pas de passer devant le juge dans les deux jours, car nous pensons que, surtout du point de vue du respect des droits de la défense, c’est peut‑être difficile. Mais dans un délai de quelques semaines.” Cela concernerait surtout les affaires où il y a un flagrant délit, par exemple un vol ou des infractions liées à la drogue. Ce n’est toutefois pas la seule mesure destinée à accélérer les procédures. A la fin de l’année dernière, le projet de loi sur la “mini‑instruction” a été adopté. “Cela permet aussi d’éviter qu’une instruction doive systématiquement être ouverte, en donnant au parquet la possibilité d’ordonner plus d’actes, une perquisition, par exemple, sans qu’une instruction soit ouverte”, a expliqué la ministre de la Justice, Elisabeth Margue.