Abusée à l'âge de 12 ans"Je n'ai pas détruit la famille, c'est mon grand-père"

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Abusée par son grand-père lorsqu'elle avait 12 ans, une jeune fille raconte son expérience et veut redonner espoir aux autres personnes dans la même situation. Interview exclusive.
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Aujourd'hui, vous êtes âgée de 20 ans, comment allez-vous ?

Je vais mieux désormais, ces dernières années j'ai beaucoup parlé de ce qui m'était arrivé et j'ai également cherché une aide spécifique. 

Vous avez été abusée par votre grand-père lorsque vous étiez petite, pouvez-vous nous raconter votre histoire ? 

Mon grand-père m'a toujours réprimée, depuis que j'étais toute petite, mon frère était son préféré. Lorsque j'ai fêté mon 12e anniversaire, il a commencé à devenir de plus en plus gentil avec moi. J'avais une maladie dermatologique et j'avais besoin que l'on me mette régulièrement de la crème sur la peau. Comme ma mère travaillait, elle m'envoyait chez mon grand-père, c'est là que tout a commencé. Il a été de plus en plus loin, jusqu'à se déshabiller... et me déshabiller.

Comment vous sentiez-vous à ce moment-là ?

Bizarrement, je trouvais tout cela normal au début, pour une fois il me donnait l'impression de m'accepter, de m'apprécier... Il a toujours dit que personne ne devait être au courant, sinon la famille serait détruite. Il m'a toujours fait comprendre qu'il était un gentil. Mais au fur et à mesure, il a continué, jusqu'à m'enlever le pantalon. Mais il m'a rassurée en me faisant croire qu'il faisait ça pour moi, qu'on était à deux.

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Quand avez-vous pris conscience que tout cela n'était pas normal ?

J'ai commencé à comprendre quand je me suis rapprochée pour la première fois d'un homme, toutes ces images ont refait surface: mon grand-père nu devant moi, me touchant, se touchant. C'est là que j'ai eu le plus de fil à retordre. J'ai d'abord essayé de refouler tout cela, mais le reste de ma famille a été mis au courant deux ans plus tard. Jusque là tout se passait bien avec mon grand-père jusqu'au moment où le contact a été complètement interrompu, du jour au lendemain.

Pourquoi vouliez-vous en parler aujourd'hui ? 

Je veux qu'on en parle, à l'époque j'ai appris ce qu'était un acte sexuel à l'école, mais personne ne m'a dit quelles étaient les limites et comment on dit "non" quand on ne veut pas.

Le nombre de femmes touchées est beaucoup plus élevé que l'on ne pense, et c'est important de dire "ça m'est arrivé".

Avez-vous entamé des poursuites judiciaires ?

Je voulais déposer plainte mais cela a duré un an avant que je ne reçoive une réponse de la police afin de pouvoir me rendre au commissariat. Cela m'a complètement surmenée, j'étais à l'université à l'époque et à chaque fois que je parlais à quelqu'un, j'étais à nouveau propulsée dans mon propose passé. Mon avocat m'a bien fait comprendre que je ne pouvais que raconter mon histoire sans pouvoir avancer de preuves, même chose à la police qui m'a même demandé si je voulais vraiment continuer. Il se pourrait, qu'à la fin, sa culpabilité ne pourra même pas être prouvée.

Comment allez-vous aujourd'hui ? 

Mon grand-père est décédé il n'y pas longtemps. Je peux enfin mieux prendre mes distances par rapport à tout cela.

Il m'a toujours fait comprendre que si je disais quelque chose, je détruirais la famille. Mais je sais aujourd'hui que c'est lui qui a tout cassé. Il m'a cassée, et je suis une partie de la famille. En allant chercher de l'aide, j'ai agi pour mon bien-être. Si je pouvais donner un conseil à d'autres personnes concernées, parlez-en à des spécialistes, faites-vous entendre, faites-vous aider.

Le site violence.lu vient en aide aux victimes mais également aux auteurs afin qu'ils puissent être pris en charge.

Vous avez une histoire à partager ? Un témoignage ? Nous vous proposons de prendre contact avec la rédaction via l'adresse mail dossier@rtl.lu.

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