
La semaine dernière, le tribunal de Besançon a décidé qu’une série de documents saisis lors des perquisitions chez Goodyear il y a deux ans devait être retirée de la procédure engagée contre le fabricant de pneus. Goodyear est accusé d’homicide involontaire, de tromperie sur la qualité de son produit et de tromperie dans ses pratiques commerciales. Mais l’avocat de Sophie Rollet, qui avait dévoilé l’affaire, ne se montre pas inquiet pour autant.
Les documents qui doivent être retirés sont en réalité des échanges entre Goodyear et ses avocats, explique Maître Philippe Courtois.
“Les restes de documents sont toujours présents. C’est-à-dire les documents qui ont servi d’ailleurs, on va dire, à ces consultations juridiques qui ont été réalisées, sont toujours présents dans l’instruction.”
C’est normal, dit l’avocat de Sophie Rollet, car ces échanges sont couverts par le secret professionnel de l’avocat.
“Mais ces consultations-là se sont basées sur les documents qui ont été saisis. Donc en définitive, tout ce qui a été retiré, c’est un résumé, on va dire, des pièces que nous connaissons déjà dans la procédure, qui déterminent la responsabilité de Goodyear et également l’avis, ou en tout cas la stratégie proposée par les avocats de Goodyear.”
Maître Philippe Courtois espère que la procédure va désormais avancer plus rapidement. Il n’y a toujours pas d’acte d’accusation à ce jour. Sophie Rollet a déposé plainte il y a dix ans, après que son mari a perdu la vie dans un accident. Elle a rassemblé toute une liste d’accidents provoqués par l’éclatement de pneus de camion Goodyear. Une expertise a depuis établi que le pneu à l’origine de l’accident présentait un défaut de fabrication. C’est pourquoi son avocat, Philippe Courtois, déclare :
“C’est un produit qui est industriel, donc construit et fabriqué à la chaîne. Donc, le défaut d’un produit engendre inévitablement le fait que les autres produits de la même série sont concernés par ce défaut. Donc, il est quand même temps maintenant qu’on avance et qu’on puisse enfin avoir une audience correctionnelle, compte tenu des faits qui sont reprochés à cette société.”
Goodyear savait depuis 2014 que les pneus de camion fabriqués à Colmar‑Berg présentaient un problème de sécurité, mais n’a pourtant procédé à aucun rappel. Au lieu de cela, l’entreprise a proposé aux transporteurs un programme d’échange commercial pour remplacer les pneus.
“Et, semble-t-il, les preuves sont à l’instruction également, des pneumatiques qui sont toujours en vente, toujours en circulation, alors que ces pneumatiques ne devraient plus l’être.”
Il s’est avéré que beaucoup moins de pneus défectueux avaient été récupérés via le programme d’échange volontaire que prévu : seulement 25.000 sur une série complète de 75.000. C’est ce qu’un collaborateur de Goodyear a déclaré devant le tribunal de Madrid.
“Ces chiffres de la présence encore sur les routes des pneumatiques Goodyear, en tout cas du fait qu’ils n’ont pas tous été récupérés, provient d’un procès qui a lieu en Espagne tout simplement, pour lequel justement les chiffres ont été obtenus et ont été contrôlés, vérifiés. Donc on est loin de ce qu’avait annoncé Goodyear, c’est-à-dire d’avoir récupéré ou tenté de récupérer la totalité des pneus. Ce n’est qu’une partie. Il y en a encore qui sont dans la nature.”
Sophie Rollet, qui poursuit ses recherches, en a notamment découvert dans des pays d’Europe de l’Est. Mais les camions circulent dans toute l’Europe. A ce jour, Goodyear n’a procédé à aucun rappel de sécurité des pneus, insiste l’avocat.
Il y a deux ans, Goodyear avait indiqué à RTL que rien ne lui était plus important que la sécurité de ses clients. La société avait assuré que le programme d’échange était rigoureux, transparent et mené en collaboration avec les autorités compétentes, afin de récupérer le plus de pneus possible.