
“Nous avons été choqués par les déclarations qui ont été faites, selon lesquelles nous empoisonnerions quasiment nos enfants avec les pommes que nous produisons”, a déclaré lundi sur RTL le président de la Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin, l’Association luxembourgeoise des fruiticulteurs, en réaction aux accusations du Mouvement écologique, qui s’appuie sur une nouvelle étude du PAN (Pesticide Action Network Europe) révélant que 85 % des pommes en Europe contiennent au moins cinq résidus de pesticides. Jean‑Claude Muller parle carrément de diffamation à l’égard d’une profession entière qui fait cependant, honnêtement et objectivement, du bon travail. Le MouvEco aurait également confondu pommes et poires en écrivant que les pommes dépasseraient les limites fixées pour l’alimentation infantile. Ces valeurs limites concernent les aliments transformés pour enfants, mais pas une pomme en tant que telle. “La pomme présente tellement d’avantages pour la santé qu’il serait presque, comment dire, très mauvais de ne plus en manger du tout.”
Tout d’abord, il faut préciser que ces résidus se situent tous largement en dessous d’une valeur maximale autorisée à partir de laquelle ils seraient problématiques. Les analyses vont aujourd’hui très loin. Jean‑Claude Muller donne un exemple : “si l’on jette aujourd’hui un morceau de sucre dans le lac de la Haute‑Sûre, une analyse pourra sans doute détecter la présence de sucre dans l’eau, mais cela ne voudra pas dire que l’eau est contaminée ou que le lac est saturé de sucre. Il en va de même pour les résidus que l’on trouve dans les pommes. Les valeurs sont extrêmement faibles.”
Le Mouvement écologique a aussi critiqué le fait que ni l’administration européenne ni l’administration luxembourgeoise de la sécurité alimentaire (l’ALVA, l’Administration luxembourgeoise vétérinaire et alimentaire) ne prennent en compte l’effet “cocktail” des substances chimiques. Certaines substances sont examinées individuellement avec leurs valeurs limites, mais il faudrait aussi étudier les effets à long terme d’une combinaison de pesticides. Peu de recherches sont effectuées sur ce point, critique Mouveco.
Le président de l’Association luxembourgeoise des fruiticulteurs ne voulait toutefois pas laisser cette affirmation sans réponse. L’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), qui s’occupe de l’autorisation des produits phytosanitaires, a bien cette problématique en vue et examine également où se situent les risques.
“On a un peu donné l’impression que nous passions tous les deux jours dans les vergers avec une sorte de cocktail toxique. Et c’est faux”, a souligné
Jean‑Claude Muller. De manière générale, il faut toutefois garder à l’esprit qu’on ne peut pas se passer totalement de pesticides. Nous avons une certaine empreinte alimentaire et nous devons fournir une certaine quantité. Tout le monde ne peut pas cultiver des pommes dans son propre jardin. Si nous travaillons à grande échelle, l’utilisation de certains produits phytosanitaires est incontournable. “Que ce soit bien ou mal, c’est une autre question”, selon l’invité de la rédaction.
Nous essayons cependant déjà aujourd’hui de trouver d’autres méthodes. Par exemple, nous travaillons avec la “confusion sexuelle” [c’est‑à‑dire empêcher que les mâles et les femelles des insectes nuisibles se trouvent pour qu’ils ne pondent pas], ou dans la production intégrée, par exemple, on ne traite pas lorsqu’il y a suffisamment de coccinelles pour manger les pucerons.
On tente également de substituer autant de produits que possible. C’est pourquoi un service de conseil a été mis en place au Luxembourg, permettant à des instituts étrangers de conseiller les agriculteurs luxembourgeois afin de réduire l’utilisation de pesticides, explique le président de la Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin.