"Plan d'urgence" au LuxembourgFrelons asiatiques : désormais, l'État va vous verser une aide financière

Romain Van Dyck
Le redoutable frelon asiatique est bien installé au Luxembourg. À tel point que l'État met en place un "plan d'urgence", avec des aides financières pour faire enlever un nid sur un terrain privé. Un professionnel du secteur nous explique pourquoi cet insecte est si invasif et dangereux.
Le frelon asiatique se distingue aisément : son corps est noir à l’exception d’un anneau et de la tête qui sont oranges, et de ses pattes qui sont jaunes.
© AFP

Si un jour, un frelon asiatique se pose près de vous, un conseil : ne l’écrasez pas.Les frelons, dès qu’ils sentent un danger, ou lorsqu’on les écrase, ils libèrent des phéromones dans l’air. C’est un message adressé aux autres frelons qu’il y a une menace imminente, et qu’il faut intervenir. Donc tuer un frelon, c’est la meilleure façon de rameuter tout ses petits copains prévient Eddy Boland.

Ce responsable de la société RHS Hygiène Service pratique depuis plus de 30 ans la désinsectisation au Luxembourg. Il y a quelques années, c’était surtout les nids de guêpes qui posaient problème. Désormais, c’est le frelon asiatique qui donne des sueurs froides aux résidents.

Une vraie “mitraillette à piqûres”

Car sa dangerosité est bien supérieure aux insectes locaux (abeilles, guêpes et frelons européens...). C’est une vraie mitraillette à piqûres, prévient Eddy Boland : “Le frelon asiatique a un venin bien plus puissant et la quantité émise est plus élevée, sachant qu’il peut piquer plusieurs fois d’affilés”. C’est pourquoi il est totalement déconseillé d’essayer de se débarrasser soi-même d’un nid de frelons asiatiques. Sauf que faire appel à des professionnels peut facilement coûter plusieurs centaines d’euros. Mais bonne nouvelle, le Luxembourg vient de décider d’apporter un soutien financier aux particuliers.

De 50 à 300€ d’aides

Le plan d’urgence 2026 traduit notre volonté d’agir tôt, efficacement et de manière solidaire face à cette menace croissante” explique dans un communiqué Serge Wilmes, Ministre de l’Environnement. Car ce frelon menace les pollinisateurs (en particulier les abeilles), perturbe les écosystèmes locaux et, comme si cela ne suffisait pas, possède une forte capacité d’expansion.

Carte représentant la colonisation du frelon asiatique, depuis son introduction accidentelle en France en 2004.
Carte représentant la colonisation du frelon asiatique, depuis son introduction accidentelle en France en 2004.
© © MNHN - Q. Rome

La détection précoce des nids au printemps, et leur destruction, est donc essentielle, car cela va réduire considérablement le nombre de colonies susceptibles de se développer durant l’été.

L’une des mesures phares de ce plan d’urgence est le soutien financier offert aux particuliers pour neutraliser au plus vite ces nids. Le montant dépendra du stade de développement du nid:

  • 50 € maximum pour un nid précoce : “c’est le premier stade du nid, lorsque la reine forme une première colonie. Ce sont des nids qui ont la taille d’une orange environ, et qui peuvent renfermer quelques frelons”. Ce nid apparait généralement entre février et avril. L’aide sera donc fournie pour tout nid d’un diamètre inférieur à 10 cm, à partir du 15 mars.
  • 100 € maximum pour un nid au stade avancé, c’est à dire d’un diamètre supérieur à 10 cm, et neutralisé au plus tard le 1er juin : “une fois que la reine a suffisamment d’ouvrières, elle quitte le premier nid pour construire un nid primaire, de taille intermédiaire” explique Eddy Boland. L’envergure de ces nids nécessite du matériel spécifique. Les particuliers sont donc tenus de solliciter une entreprise spécialisée du type “chasseur de nuisibles”.
  • 300 € maximum pour un nid secondaire neutralisé entre le 1er juin et le 15 novembre: “c’est le nid le plus volumineux, souvent situé en hauteur”, par exemple dans un arbre. Mais attention, on peut aussi en trouver à hauteur d’homme, dans une pelouse non tondue, dans une haie, contre un bâtiment... Donc les accidents ne sont pas rares! A la fin de l’été, vers septembre-octobre, jusqu’au stade de reproduction des femelles, le risque est élevé car les colonies sont très actives et surpeuplées. Ensuite, les femelles fécondées vont quitter le nid pour chercher des cachettes ou elles passeront l’hiver, à la différence des ouvrières qui succomberont au froid. Les femelles ressortiront au printemps suivant pour commencer un nouveau cycle.

Si les deux premiers stades de nid représentent généralement un coût d’intervention inférieur à 200 €, les nids secondaires posent bien plus de problèmes, explique Eddy Boland : “Quand vous avez un nid qui est à 20 mètres de haut et qui fait la taille de 5 ballons de football, ça peut nécessiter une nacelle, des équipements spécifiques et plusieurs interventions.” Il arrive même que la facture dépasse les 1.000 euros quand la situation est vraiment délicate, précise l’expert.

Car vu la dangerosité de l’insecte, les techniciens doivent notamment porter des combinaisons épaisses, et des visières rigides pour protéger les yeux, car “le frelon peut projeter du venin” à travers la maille de protection.

Les frelons asiatiques ont la fâcheuse manie de s'installer (très) en hauteur... Ce qui complique souvent la tâche des professionnels.
Les frelons asiatiques ont la fâcheuse manie de s’installer (très) en hauteur... Ce qui complique souvent la tâche des professionnels.
© RHS

Une obligation : retirer le nid après traitement

Mais cette aide financière est conditionnée à une règle stricte : tout nid traité avec un biocide devra être retiré rapidement, explique Eddy Boland. “Je trouve que c’est une bonne idée de l’Etat, car effectivement, on traite le nid avec un biocide, c’est à dire un insecticide, donc il ne faut pas que ça reste comme ça, sinon ca va polluer la nature et empoisonner d’autres insectes. Donc ça veut dire que rapidement après le traitement, il faudra revenir une deuxième fois pour retirer le nid.

L’État exige en effet le recours à des méthodes sans biocides ou qui garantissent l’arrivée du biocide sur la cible, sans risque de dispersion environnementale. Mais Eddy Boland affirme qu’il n’existe pas beaucoup d’alternatives à ces traitements biocides : “il existe aussi des traitements thermiques, avec de la vapeur qui va les ébouillanter, ou avec des sortes de lance-flammes” mais c’est “moins répandu et pas toujours utilisable”.

Les nids des frelons asiatiques peuvent rapidement prendre des proportions gigantesques et renfermer des centaines de spécimens. Et mieux vaut ne pas envisager de les déloger soi-même !
Les nids des frelons asiatiques peuvent rapidement prendre des proportions gigantesques et renfermer des centaines de spécimens. Donc mieux vaut ne pas envisager de les déloger soi-même !
© BORIS ROESSLER/dpa Picture-Alliance via AFP

Une aide financière sous conditions

Pour obtenir l’aide financière, il faudra communiquer à l’État plusieurs éléments, comme la photo du nid neutralisé, la géolocalisation du nid et des informations sur la méthode utilisée. De plus, l’opérateur qui a retiré le nid “doit avoir participé à une formation nationale de base qui couvre la biologie et l’écologie de cette espèce”. Attention donc à bien se renseigner avant de signer avec un professionnel.

À noter que ces aides financières concernent exclusivement les particuliers sur des terrains privés. Les interventions en zones publiques restent assurées par l’Administration de la Nature et des Forêts (ANF).

Retrouvez toutes les explication et un formulaire en ligne sur MyGuichet.lu.

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