Enquête de l'"OGBL Equality"À la maison, les femmes font encore (presque) tout le travail invisible

Dany Rasqué
traduit pour RTL Infos
Qui porte le poids invisible de la société ? Cette question est au cœur du Gender Mirror Survey, une enquête menée par OGBL Equality, le département des femmes de l’OGBL (syndicat indépendant). L’objectif : comparer les perceptions et les expériences des femmes et des hommes face au travail invisible, à la charge mentale et aux inégalités du quotidien.
© RTL Grafik

Les réponses ont été analysées séparément selon le genre afin de mettre en évidence les écarts de perception.

Sur la question du ménage, 75 % des femmes déclarent faire le rangement quotidien, contre seulement 25 % des hommes. À l’inverse, un homme sur deux estime que ces tâches sont partagées équitablement dans le foyer, une vision nettement plus optimiste que celle des femmes.

Lorsqu’on interroge les participant·es sur la répartition globale des tâches domestiques, 55 % des femmes jugent la situation “plutôt injuste” ou “pas du tout équitable”, contre 28 % des hommes.

Ce décalage entre vécu et perception traverse toute l’enquête. Selon Manon Meiresonne, responsable du groupe de travail OGBL Equality, les femmes décrivent davantage la réalité quotidienne : elles assurent la majeure partie du travail domestique et du soin aux enfants, souvent invisible mais bien réel. Les hommes, eux, tendent à surestimer l’équilibre des tâches au sein du foyer.

Le temps partiel, révélateur d’inégalités durables

L’enquête met aussi en évidence une forte disparité dans le recours au temps partiel : 45 % des femmes interrogées travaillent à temps partiel, contre 12 % des hommes.

Les raisons diffèrent également. Les femmes évoquent principalement les enfants et les responsabilités familiales, tandis que les hommes citent davantage des choix personnels comme les loisirs, les études ou le développement personnel.

Pour Milena Steinmetzer, responsable d’OGBL Equality, cette différence est révélatrice : le temps partiel féminin s’inscrit souvent dans une logique d’organisation familiale et de prise en charge du foyer, tandis qu’il correspond plus fréquemment à un choix individuel chez les hommes.

Au-delà du salaire immédiat, le temps partiel a des effets durables : carrières plus courtes, cotisations réduites et pensions plus faibles. Cela renforce mécaniquement la dépendance financière des femmes et les inégalités économiques entre les sexes.

Une charge mentale toujours très féminine

L’enquête met également en lumière une forte disparité concernant la charge mentale.

84 % des femmes interrogées estiment leur charge mentale liée à la vie privée comme élevée (8 à 10 sur 10), contre 26 % des hommes.

83 % des femmes déclarent que cette charge impacte leur santé, contre 53 % des hommes.

Au travail aussi, les femmes sont plus nombreuses à déclarer une charge mentale importante et des effets négatifs sur leur bien-être.

Moins de temps pour soi

Les écarts se retrouvent enfin dans le temps libre. 34 % des femmes déclarent ne disposer d’aucun temps personnel, contre 27 % des hommes.

Elles consacrent aussi davantage de temps aux tâches domestiques : 108 minutes par jour en moyenne, contre 71 minutes pour les hommes. À l’inverse, les hommes disposent plus souvent de temps pour le sport et les loisirs.

Une pénibilité encore largement invisible

Près de 80 % des salarié·es déclarent être exposé·es à au moins une forme de pénibilité au travail. Chez les femmes, la pénibilité psychologique domine, notamment le stress et la charge émotionnelle.

Conclusion : une inégalité structurelle persistante

Pour OGBL Equality, ces résultats confirment une réalité persistante : le travail invisible — domestique, émotionnel et organisationnel — repose encore majoritairement sur les femmes.

L’enquête appelle à une meilleure reconnaissance de ce travail dans les politiques publiques et les entreprises, ainsi qu’à des mesures concrètes pour réduire les inégalités de temps, de revenus et de santé entre les femmes et les hommes.

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