
Les élèves du pays enregistrent leurs plus mauvais résultats depuis le début des évaluations internationales : plus de 30% d’entre eux n’atteignent même plus le niveau minimal en lecture, en mathématiques et en sciences. Un recul massif qui interroge autant les directions de lycée que les représentants des élèves.
Pour Steve Manderscheid, président du Collège des directeurs, et Semir Honsic, vice-président de la conférence nationale des étudiants, il faut d’abord analyser les données plus finement. Mais tous deux pointent un phénomène devenu central : l’usage intensif du smartphone et des outils numériques, qui modifie les habitudes de travail, favorise la distraction et entraîne une lecture plus rapide, mais plus superficielle. Selon eux, écrire à la main et lire sur papier restent des conditions d’apprentissage nettement plus efficaces.

La décision du ministre de l’Éducation, Claude Meisch, de renforcer l’interdiction du téléphone jusqu’en classe de 5e est jugée trop simpliste par les représentants des élèves. Ils estiment qu’un simple bannissement ne prépare pas les jeunes à gérer les risques liés aux médias numériques ou à l’intelligence artificielle. Ils plaident pour une véritable formation à la maîtrise des outils digitaux, afin de préserver le sens critique.
Les directions d’établissement, elles, accueillent favorablement le durcissement du règlement, déjà appliqué dans plusieurs lycées depuis 2024. Steve Manderscheid souligne des effets positifs : davantage d’échanges entre élèves, moins de distraction, plus d’activités durant les pauses. Mais il rappelle que la lutte contre la surconsommation de smartphones doit aussi se jouer à la maison, avec l’implication des parents.
Face à la baisse du niveau en lecture, les élèves proposent de rendre la lecture plus attractive, par exemple en mettant des journaux gratuits à disposition dans les lycées. Manderscheid insiste : la lecture est une compétence fondamentale, indispensable pour comprendre un texte, organiser sa vie ou simplement lire un contrat.
Le ministère, selon lui, a identifié les problèmes et avance dans la bonne direction, notamment avec la révision des programmes du secondaire et le développement d’un cadre pour l’usage de l’IA. Une large consultation doit se tenir jusqu’en 2028 pour redéfinir ce que l’école doit transmettre, alors qu’un tiers des jeunes affirme ne plus voir l’utilité de l’enseignement actuel.
À l’étranger, certains modèles inspirent : Singapour mise sur des programmes centrés sur les bases, tandis que l’Estonie investit massivement dans le soutien précoce aux élèves en difficulté. Autant de pistes pour un pays où la réussite scolaire reste fortement liée au milieu socio-économique.
Enfin, les organisations syndicales et les jeunesses politiques de la majorité critiquent ouvertement la politique éducative du ministre. Elles demandent une réévaluation des réformes, un renforcement du soutien obligatoire pour les élèves en difficulté et une remise en question de la promotion automatique dans les classes inférieures.