
Mardi matin, l’émission de RTL “L’invité de la rédaction” s’intéressait à la pionnière luxembourgeoise Marie‑Paule Molitor‑Peffer. L’historienne et chercheuse indépendante Anne Schaaf donnera mercredi soir une conférence* sur la gynécologue au Luxembourg City Museum, dans le cadre de l’exposition consacrée aux menstruations. “Pour le dire en bon luxembourgeois : à cette époque, cette dame ne gardait pas sa langue dans sa poche”, Marie‑Paule Molitor‑Peffer a brisé des tabous et, avec son émission d’éducation sexuelle sur RTL Radio Lëtzebuerg, elle a informé le public sur la sexualité sous toutes ses formes, explique l’historienne.
“Elle disait qu’il fallait donner des informations aux gens, qu’il ne fallait pas les prendre pour des idiots et qu’il fallait éduquer les personnes à leur autonomie, ou les aider à y parvenir.”
Les émissions d’éducation sexuelle de Marie‑Paule Molitor‑Peffer, qui travaillait alors pour le Planning familial, ont été diffusées pendant cinq à six ans. Les auditeurs pouvaient envoyer des lettres avec des questions ou même téléphoner pour proposer leurs sujets et leurs questions.
Que cette émission ait pu voir le jour est lié à une loi de 1978, explique Anne Schaaf. Cette loi portait sur la grossesse et sur la manière de prévenir les avortements et les grossesses non désirées. Il avait donc été décidé d’informer la population, même si le terme éducation sexuelle n’était pas encore utilisé à l’époque. La loi parlait d’“information sexuelle”, qui est ensuite devenue obligatoire dans les écoles.
La gynécologue remettait en question les normes. Il ne faut pas empêcher les gens de se connaître eux‑mêmes : la sexualité existe dès la naissance et se manifeste simplement sous différentes formes et évolue différemment selon les personnes. Il ne faut pas oublier que les personnes âgées ont elles aussi une sexualité, “elle n’est peut‑être pas la même que celle d’un adolescent de 15 ans, mais elle a sa raison d’être, et nous devons réfléchir à la manière d’aborder la ménopause, etc.”
Elle s’engageait également pour que les personnes en situation de handicap puissent vivre leur sexualité, et pour que les personnes homosexuelles soient reconnues comme faisant pleinement partie de notre société et ne puissent pas être jugées. “Et pour l’époque, c’était extrêmement, extrêmement progressiste.”
Marie‑Paule Molitor‑Peffer parlait souvent du vocabulaire, explique l’historienne. “Elle disait : nous devons réfléchir à la manière dont nous exprimons les choses en luxembourgeois, car nous savons tous qu’il existe énormément de termes pour désigner les organes génitaux, qui sont très négativement connotés. Et elle répétait toujours que le corps est une œuvre d’art, que ce sont de belles parties du corps, dont il faut profiter.” On devrait, en plus des termes biologiquement corrects, utiliser aussi des petits noms affectueux. Les organes génitaux ne sont rien de honteux. Elle était par ailleurs une grande défenseuse de la masturbation.
Marie‑Paule Molitor‑Peffer n’avait évidemment pas que des supporters : elle avait même parfois reçu des menaces de mort par téléphone. Mais malgré cela, elle n’a jamais gardé le silence. Au début, l’émission diffusée sur RTL était d’ailleurs organisée conjointement par le Planning familial et l’Action familiale et populaire. Mais cela a tourné au “conflit terrible”, parfois même dans les émissions. Les deux organisations avaient des visions totalement différentes, ce qui a mené à de véritables affrontements. Et dans ce contexte, la gynécologue rappelait régulièrement que le catholicisme causait, selon elle, beaucoup de tort.
A l’époque, politique et opinions étaient étroitement mêlées. Le catholicisme était très influent, surtout au Luxembourg, et ce n’est qu’en 1974 qu’il y a eu le premier gouvernement sans le CSV depuis la Seconde Guerre mondiale. Chez Marie‑Paule Molitor‑Peffer, tout cela se rejoignait pour former un tout. “Elle s’était beaucoup informée, et elle ne considérait pas la sexualité comme un sujet que l’on traite uniquement au cours de biologie.”
Si la gynécologue avait participé aujourd’hui à la discussion sur les toilettes non genrées, elle aurait probablement levé les bras au ciel, mais elle aurait sûrement aussi “remis certains politiciens à leur place, avec des arguments très solides”, estime l’historienne. Mais avant tout, elle aurait inclus les personnes directement concernées : “tant d’adultes se disputent sur ces sujets sans parler aux personnes concernées. Et cela a toujours été essentiel pour elle. Allons demander aux enfants non binaires s’ils ont besoin de ces toilettes, et pourquoi ils en ont besoin.”
*La conférence prévue mercredi soir est malheureusement déjà complète, mais l’historienne est disposée à organiser d’autres conférences.