Même au LuxembourgDiesel: le début de la fin?

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Longtemps plébiscités, les moteurs diesel ne sont plus en odeur de sainteté. Scandale des moteurs truqués, rejets polluants, particules fines, interdiction dans les grandes villes et prix qui atteignent désormais des sommets pourraient bien sonner le glas de cette technologie. Explications.
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Depuis longtemps, le Luxembourg carbure au diesel. Il s'est vendu 1.425.780 tonnes de gazole en 2021, ce qui représente 81% du carburant routier vendu dans le pays. Mais la tendance est en train de s'inverser ici comme ailleurs. En mars 2021, le nombre de véhicules électriques ou hybrides a dépassé pour la première fois celui des motorisations diesel vendues au Luxembourg.

Cela fait déjà quelques années que les véhicules à motorisation diesel n’ont plus bonne presse et que leurs propriétaires sont souvent pointés du doigt. Ce sont pourtant ces moteurs qui dominaient le marché depuis longtemps, reconnus pour leurs nombreux avantages: consommation réduite, plus grande efficience et frais kilométriques réduits par rapport aux moteurs à essence. Alors, pourquoi un tel basculement ?

ÉMISSIONS POLLUANTES

Le début du déclin du diesel remonte à 2015, lorsqu’une ONG américaine met la main sur une gigantesque fraude: Volkswagen aurait équipé 11 millions de ses véhicules d’un logiciel capable de tromper les contrôles antipollution. Le scandale est planétaire, et entraîne une prise de conscience générale.

Tous les regards se tournent alors vers ces moteurs accusés d'être polluants: émission de monoxyde de carbone, de dioxyde d’azote et de particules fines, nocives pour le système respiratoire. Bref, un carburant dont la réputation ne fait qu'empirer alors que le monde commence à prendre conscience de la crise climatique.

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Le discrédit est jeté, et les premières restrictions visant le gazole voient le jour en Europe. Un peu partout, les zones à faible émission se multiplient. Certaines villes comme Paris, Berlin ou Bruxelles adoptent des réglementations visant à interdire la circulation des vieux diesel dans leur agglomération. Les normes européennes ‘Euro’ se montrent également très strictes à l’égard des moteurs diesel, incitant de plus en plus de constructeurs à abandonner le développement de ces derniers.

Après avoir forcé les constructeurs à réduire leurs émissions de CO2, la Commission européenne vise même une interdiction à la vente des voitures essence et diesel en 2035. Au sein de l'UE, la Suède, les Pays-Bas ou l'Irlande se montrent encore plus ambitieux en fixant une date butoir pour 2030.

L'usine Stellantis de Trémery en Moselle, numéro un mondial de la production de moteurs diesel, accélère son passage à l'électrique. Ouverte en 1979 par Citroën sur 89 hectares près de Metz, elle avait pourtant établi son record en 2017 avec près de deux millions de moteurs produits, dont 80% de Diesel.

Mais depuis que l'étoile de cette motorisation a pâli avec le spectre d'une interdiction européenne des moteurs thermiques en 2035, Trémery et ses 2.500 salariés ont été convertis aux moteurs essence, et de plus en plus vite à l'électrique.

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DIESEL, LA DÉGRINGOLADE

Ainsi, la part de ventes de voitures diesel ne cesse de chuter depuis ces dernières années. À tel point que fin 2021, comme au Luxembourg, les ventes européennes de voitures hybrides dépassent celles des voitures diesel.

Une récente étude menée par la Banque européenne d'investissement (BEI) révélait que 51% des Luxembourgeois interrogés se disaient intéressés par une voiture hybride ou électrique lors de leur prochain achat, ce qui représente toutefois un intérêt moindre que dans les pays voisins.

COUP DE GRÂCE 

La guerre en Ukraine pourrait bien être le dernier clou dans le cercueil du diesel. Ursula von der Leyen présentait cette semaine devant le Parlement européen un plan visant à interdire complètement l’importation de pétrole brut et raffiné depuis la Russie.

Seulement voilà: l'Europe est dépendante des énergies fossiles de ce pays qu’elle s’apprête à sanctionner. Et avec un tel embargo, les prix des carburants, déjà à des sommets, devraient continuer d’augmenter.

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Mais si la dépendance pétrolière de l’Europe envers la Russie est plus que jamais mise en lumière, elle l’est encore plus concernant le diesel. Chaque jour, la Russie exporte 1,5 million de barils de gazole. Moscou a assuré plus de la moitié des importations européennes l'an dernier (54 %) loin devant le Moyen-Orient (27%). Autant dire qu'il va être difficile de s'en passer et que les prix ne sont pas prêts de redescendre durablement.

La preuve, au Luxembourg, le prix du diesel a même dépassé il y a peu celui de l’essence! À titre comparatif, le prix du diesel au litre (1,828€) y est aujourd’hui deux fois plus élevé qu’il y a deux ans jour pour jour (0,835€).

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DÉSINTÉRÊT JUSTIFÉ ?

Cette campagne de décrédibilisation à l’égard du diesel est-elle réellement justifiée? En réalité, il semblerait que les voitures à essence ne soient pas forcément moins polluantes. Si ces moteurs émettent en effet moins de dioxyde d'azote et de particules fines, ils émettent toutefois plus de CO2. Ajoutons à cela que les derniers modèles diesel, récemment équipés de filtres à particules plus efficaces, seraient bien plus respectueux de l’environnement.

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Pour les consommateurs, le choix vire au casse-tête: le diesel? Décrié pour ses rejets polluants. L'essence? Taxée pour ses émissions de CO2. L'électrique? Trop cher. De nombreux automobilistes ne savent plus quelle voiture acheter, au point de retarder leur décision, voire de renoncer, une tendance qui inquiète la filière.

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