Lettre ouverte contestéeDes doctorants dénoncent des pressions à l’Université du Luxembourg

Michèle Sinner
traduit pour RTL Infos
Ce qui devait être une initiative spontanée de soutien à l’Université du Luxembourg s’est transformé en controverse, alimentée par des accusations de pressions, des procédures de recrutement contestées et un climat tendu entre une partie du corps académique et le rectorat.
© Maurice Fick / RTL

Une lettre ouverte censée montrer l’unité de l’Université du Luxembourg face aux révélations médiatiques s’est retournée contre ses initiateurs. Le texte, diffusé mercredi, se voulait un message de soutien à l’institution et à ses missions. Mais derrière ses 250 à 300 signatures, plusieurs doctorants affirment avoir ressenti une pression implicite pour signer, notamment lorsqu’ils l’ont reçue de leurs propres encadrants.

L’initiative est aussi remise en question car son auteure, Skerdi Zanaj, a été nommée par le recteur au poste de Gender Equality Officer, ce qui alimente les doutes sur son caractère réellement spontané.

Des tentatives antérieures d’organiser un soutien

Selon des informations obtenues par RTL, ce n’était pas la première tentative de rassembler des déclarations de soutien. L’an dernier, après des révélations sur des problèmes de promotions et des accusations de harcèlement au sein de la Faculté de droit, d’économie et de finance (FDEF), son directeur, Dirk Zetzsche, avait rédigé un texte de soutien au recteur. Plusieurs membres du personnel s’y étaient opposés, critiquant une procédure jugée problématique.

Un second projet de lettre, porté par le président du Conseil universitaire Georg Mein et Zetzsche, invitait le personnel à ne pas porter ses griefs dans la presse. Envoyé un vendredi après‑midi, le texte stipulait que l’absence de réponse avant le lundi vaudrait accord. Face à la résistance, l’initiative a finalement été abandonnée.

Ces démarches successives ont mis certains employés dans une position inconfortable. Selon des informations de RTL, lors d’une réunion en janvier, le recteur Jens Kreisel aurait déclaré que les personnes qui critiquent publiquement l’institution “ne méritent pas d’y travailler”. La possibilité d’actions légales contre des journalistes ou leurs sources aurait également été évoquée.

© Benoît Majerus

Des problèmes minimisés, selon les critiques

Certains estiment que ces lettres minimisent la gravité des situations ayant poussé plusieurs membres du personnel à contacter la presse. Les sources à l’origine des révélations ne sont pas anonymes pour RTL et bénéficient de la protection légale des sources journalistiques.

Lors d’une audition parlementaire le 27 janvier, le recteur a assuré qu’il n’existait aucun problème systémique et a présenté des chiffres de promotions… mais en mélangeant deux procédures distinctes, donnant une image trompeuse des cas litigieux. Les quatre employés ayant déposé un recours font en réalité partie d’une petite cohorte où le taux d’échec est très limité — et représentent donc un signal d’alerte significatif.

Procédure de recrutement annulée

Lors de la même audition, Kreisel a confirmé l’annulation d’un recrutement pour un poste d’assistant-professeur en droit international public et droit spatial. Une enquête interne a révélé que la doyenne de la FDEF, Katalin Ligeti, présidente du comité de sélection, n’avait pas déclaré des conflits d’intérêts comme l’exige le règlement. Le comité avait en outre utilisé une grille d’évaluation non conforme, incluant des critères vagues favorisant des appréciations subjectives.

Bien que le rectorat ait été informé plus tôt, la faculté n’a appris l’annulation que le 2 février — après une demande d’information de RTL alors que les entretiens étaient prévus deux jours plus tard. L’université n’a pas précisé si Ligeti ou Zetzsche participeraient à la nouvelle procédure, ce qui préoccupe plusieurs candidats.

RTL est également au courant d’un autre cas problématique au Luxembourg Centre for European Law, où un superviseur de thèse aurait présidé un comité de recrutement incluant son ancien doctorant.

Une résistance interne qui s’organise

Alors que certains soutiennent publiquement la direction, une critique plus structurée émerge. L’historien Benoît Majerus (C²DH) a publié un message détaillé sur LinkedIn dénonçant la stratégie consistant à discréditer les plaignants et mettant en garde contre une culture dangereuse de “tirer sur le messager”.

Un collectif baptisé “Organise Uni.lu” a publié un manifeste affirmant que des étudiants et employés ont été réprimandés, poussés vers la sortie ou sanctionnés pour avoir exprimé des désaccords avec le rectorat. Un meeting de la FDEF est prévu le 11 février.

Back to Top
CIM LOGO