Alors que l’on peut observer de loin, et sous tous les angles, la construction du nouveau bâtiment de la direction générale des CFL qui jouxte la gare centrale, celui que RTL Infos a pu visiter pour vous, est pour l’instant soigneusement caché des regards par une palissade.
Depuis juin 2023, l’imposant premier bâtiment administratif de la sécurité sociale accueille les assurés au 4, rue Mercier. Juste à côté, dans l’immense trou béant va pousser, dans les mois qui viennent, un second bâtiment. C’est le chantier de la “phase 2" du vaste ensemble de la future “Cité de la sécurité sociale”.

Le nouvel immeuble de plus de 35.000 m2 est construit le long de la rue du Commerce, “en miroir” du premier. “C’est un bâtiment administratif similaire, il sera un peu plus petit et ne disposera pas d’une tour. À la jonction des deux bâtiments, il y aura le jardin de la Cité. Un grand jardin avec des arbres, des arbustes, des fleurs”, explique Romain Betz, responsable du Service Immobilier du Fonds de compensation.
Avant de rajouter un gros détail qu’on ne peut pas encore voir aujourd’hui: “La particularité de la future grande Cité c’est que, vu d’en haut, toutes les toitures seront vertes, comme les cours intérieures des deux bâtiments”. Il met en avant les atouts du non-scellement des sols qui permet une meilleure infiltration des eaux de pluie et surtout de la qualité de vie qui attend les nombreux salariés qui travaillent déjà là, et de ceux qui les rejoindront à l’horizon mi-2029.
Vue très globalement, c’est “un grand chantier pour le Luxembourg si on considère que c’est quand même un bâtiment avec plus de 87.000 m2 de surface construite brute. C’est la raison pour laquelle on l’a construit en deux phases”, pose Romain Betz.
Pour l’instant, des containers de chantier sont empilés à l’endroit de ce qui doit devenir le beau jardin central. Et à la place du bâtiment historique de l’Office des publications de l’Union européenne, il y a un immense trou, profond de 18 mètres. Dans un vacarme et un va-et-vient indescriptibles, y compris des poches de béton et d’imposantes armatures métalliques transportées dans les airs par deux grues, pas loin d’une quarantaine d’ouvriers sont affairés à la construction des quatre niveaux du sous-sol. Jusqu’à 300 ouvriers y travailleront en même temps à l’apogée du chantier.
Au départ, “on a creusé le trou plus profond que ce qui existait. On construit sur le grès de Luxembourg qui est vraiment bleu, c’est-à-dire très très dur”, montre Romain Betz. Des murs ont été coulés pour stabiliser le fond de fouille et des ancrages ont été enfoncés dans le sol, en particulier du côté de rue du Commerce, pour ne pas que ça s’écroule.
Le gros œuvre a démarré en septembre 2025. Si du côté de la rue du Fort Wedell apparaissent déjà les premiers voiles du rez-de-chaussée, ce n’est pas la même histoire à l’autre bout du chantier -côté place de la gare- où seuls deux étages du sous-sol ont émergés. En cause: les prestigieux vestiges historiques qui “frôlent” le sous-sol du futur bâtiment. Romain Betz raconte: “Les amateurs de Champagne savent peut-être qu’il y avait ici les Caves Mercier. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on trouve ici la rue de Reims et la rue d’Épernay par exemple”.
“Dans le temps on produisait ici du Champagne à partir du vin qui était stocké dans ces caves. La plupart des Luxembourgeois ne le savent plus, mais ces caves existent encore et on a dû les conserver. Avec l’aide de l’Institut national de recherches archéologiques (INRA), on a fait un répertoriage de tout le réseau de ces caves pour en conserver le maximum”, assure le responsable du Service Immobilier du Fonds de compensation.
Pour la petite histoire, c’est en 1895 qu’Eugène Mercier a installé une succursale de sa production de Champagne à Luxembourg-Ville parce que les droits de douanes étaient plus avantageux pour le vin en fût que les bouteilles déjà remplies. En 1890, près de 475.000 bouteilles étaient exportés du Luxembourg. La Maison Mercier est repartie en France après la Première Guerre mondiale.
Si le chantier est, malgré tout, “bien en avance par rapport au planning”, selon Cristophe Dos Santos, chef de projet chez Perrard, c’est pour plusieurs raisons. C’est l’accumulation d’expériences: “C’est la même équipe qui a construit la phase 1, alors elle a appris” et “en plus, nous avons une bonne organisation de notre côté”, estime le maître d’œuvre.
Il reconnaît que le chantier avance “plus vite” grâce “au sous-traitant qui pose les armatures. On travaille d’une nouvelle façon”, explique Cristophe Santos, confessant que “c’est la première fois en quinze ans de chantiers” qu’il voit procéder de cette manière.
“Normalement les ferrailles sont livrées par barres sur les chantiers. Ici les barres arrivent déjà soudées. Tout ce travail est fait en usine et quand les armatures métalliques arrivent ici, on n’a plus qu’à les poser les unes à côtés des autres, et à les souder entre elles. Et ça fonctionne bien”, explique le chef de projet. C’est dans les usines de CAAE de Woippy, en Moselle, que sont fabriqués “sur mesure” les chaînages, treillis ou semelles destinés au vaste chantier de la Cité de la sécurité sociale luxembourgeoise.
La Cité de la sécurité sociale centralisera à terme tous les acteurs de la sécurité sociale sur ce seul et même site. Dans le bâtiment actuel on trouve la Caisse nationale de santé (CNS), le Centre commun de la sécurité sociale (CCSS), l’Association d’assurance accident (AAA), l’Administration d’évaluation et de contrôle de l’assurance dépendance (AEC) et le Contrôle médical de la sécurité sociale (CMSS). Ce deuxième bâtiment accueillera la Caisse nationale d’assurance pension (CNAP), la Caisse pour l’avenir des enfants (CAE) et le Fonds de compensation commun au régime général de pension (FDC).
Propriétaire du terrain, le Fonds de compensation commun au régime général de pension (FDC) finance entièrement la construction de la future Cité de la sécurité sociale. Les travaux de la phase 1 avaient nécessité un investissement de 176 millions d’euros. Ceux de la phase 2 s’élèveront à 141 millions d’euros, auxquels il faut rajouter 55 millions d’euros pour l’aménagement locatif, les travaux concernant tout le Plan d’aménagement particulier et toute la Cité, c’est-à-dire l’aménagement de la grande place devant la Cité, le jardin central, etc... Soit un coût global de 372 millions d’euros. Les locaux seront ensuite loués par le Fonds aux acteurs qui sont s’installeront dans l’immense Cité.
