
Diminuer les risques d'inondations, faire face au réchauffement climatique... le jardin-forêt ne manque pas d'atouts. Les initiatives en faveur de l'environnement éclosent au Luxembourg, comme en témoigne le dernier projet du jardin communautaire de Mersch.
C’est en effet un tout nouveau genre de jardin qui y est expérimenté depuis début décembre. Les membres de ce lieu communautaire avec l'aide du CELL (Center for Ecological Learning Luxembourg) ont planté le premier jardin-forêt du Grand-Duché. Un concept novateur qui pourrait bien gagner en popularité.
"C'est un nouveau concept de permaculture qui va se développer de plus en plus", affirme d'entrée de jeu Aline Ouvrard, jardinière itinérante du CELL passionnée par son métier. Et deux jardins-forêts sont déjà en préparation à Junglinster et Hesperange.
Les jardiniers de l'espace communautaire de Mersch se sont armés de courage en affrontant le froid de ce mois de décembre. Le thermomètre affichait pas moins de 0°C lorsqu’ils se sont réunis pour mettre sur pied leur dernier projet en date. Entre plantation des arbres, mise en place des tuteurs et création des chemins, c'est un esprit collectif et motivé qui se dégageait du groupe.
Cela faisait plusieurs mois que les participants travaillaient sur la conception de leur jardin-forêt. Ils bénéficient de l'accompagnement du CELL sur ce projet, avec notamment des formations sur le sujet et les précieux conseils d'Aline. "Lorsqu’on fait un jardin-forêt, le but c’est vraiment d’imiter le plus possible la forêt. Donc on intègre des espèces comestibles: des arbres, arbustes et plantes basses comme des herbes."
Appelée aussi "forêt nourricière" ou "forêt comestible", les arbres locaux et fruitiers y sont privilégiés et sont choisis pour s'adapter au mieux à la région. Au Luxembourg, ce sont donc plutôt des pruniers, pommiers, poiriers ou encore des cerisiers qui sont plantés.
"En fait, l’atout du jardin-forêt c’est qu’on va travailler moins et plus naturellement. Il n’y aura plus besoin de travailler le sol, de désherber ou de semer parce que les plantes sauvages se reproduisent toutes seules et sont moins sensibles aux limaces."
Les raisons de se lancer dans l’aventure du jardin-forêt ne manquent pas: faire face au réchauffement climatique grâce à des écosystèmes plus stables, diminuer les risques d’inondation, travailler de manière naturelle et surtout, travailler moins!
Même si la conception et la plantation demandent beaucoup de temps et de réflexion, à terme, ce type de jardin demande très peu d’investissement, puisqu'il entraîne l'autogestion des plantes.
"Un jardin-forêt est organisé en trois étages", nous explique Aline: l’étage supérieur avec les arbres, l’étage intermédiaire avec les arbustes et l’inférieur pour les plantes basses comme les herbes ou les champignons.
Tous ces éléments se complètent et l'importante variété des espèces garantit une production riche. "Comme on a une plantation diversifiée, on est toujours sûrs de récolter quelque chose."

"Les légumes sauvages sont beaucoup plus riches parce que de nos jours on sélectionne tout, on pratique par rapport à l’esthétique et pas la qualité.", confie Aline.
Ce projet de jardin-forêt peut aussi contrer un problème plus vaste d’une ampleur non négligeable: ces 100 dernières années, un nombre important de variétés de plantes a disparu, sous l’effet de l’industrialisation de l’agriculture. En résulte une véritable catastrophe pour la diversité des cultures.
En imitant la nature et en la laissant prendre les commandes, les jardiniers de Mersch espèrent contribuer à la lutte contre l’appauvrissement des variétés de semences.
"Voir un arbre qui pousse, ça rapproche de la nature, c'est vital aujourd'hui, et puis rassembler les gens aussi, c'est important.", conclut Aline.