Du Luxembourg à la NASA"Dans 10 ou 20 ans, il sera possible d'acheter un ticket pour l’espace"

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Née en Angleterre et ayant grandi au Luxembourg, Hannah Rana a su gravir les échelons au point de figurer aujourd’hui parmi les 30 lauréats scientifiques du magazine Forbes. Portrait.
© Hannah Rana/Forbes

Malgré son parcours remarquable, Hannah Rana retrace les temps forts de sa vie avec beaucoup d'humilité. Née à Londres, la chercheuse est cependant très attachée au Luxembourg, où elle est arrivée à l’âge de sept ans. "Le Luxembourg, c’est ma maison fixe. J’ai mes amis de l’école et ma famille ici." Depuis la maison de ses parents où elle revient de temps en temps, elle nous raconte comment son parcours l'a menée à figurer dans Forbes, le prestigieux magazine économique américain.

 Parce que je suis une femme, je dois surpasser les autres pour être prise au sérieux. 

UN DOCTORAT EN CRYOGÉNIE SPATIALE

Dès son plus jeune âge, la petite fille se passionne pour les sciences et les mathématiques. "J’ai toujours su que je travaillerais dans ce milieu".

Après des études secondaires à l’École Européenne du Luxembourg (Kirchberg), elle retourne dans son pays natal afin d’entamer des études d'ingénieure.

À force de détermination et, elle l’admet, grâce à quelques privilèges, la jeune femme cumule les expériences prestigieuses. Du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Genève en passant par l’Agence Spatiale Européenne aux Pays-Bas, elle est finalement recrutée par la NASA, en analyse et conception de vols spatiaux. En parallèle, elle obtient son doctorat en cryogénie spatiale à l'Université d'Oxford, et est l'auteure de plusieurs publications scientifiques.

Mais se faire une place en tant que femme dans un milieu majoritairement masculin n’est pas toujours simple. "Parfois, des entreprises très connues en Angleterre organisent des stages avec des places limitées. Tous les étudiants veulent postuler. Lorsqu’une fille est retenue, certains garçons disent que c’est pour la diversité. J’ai toujours ressenti cela comme une pression en plus. Parce que je suis une femme, je dois surpasser les autres pour être prise au sérieux." 

FORBES: "JE N'ÉTAIS MÊME PAS AU COURANT"

Ses recherches sur le développement d'instruments et de détecteurs cryogéniques retiennent l'attention. "La cryogénie, ce n’est pas refroidir les gens (=cryogénisation). Les détecteurs qu’on utilise dans l’espace pour faire des découvertes produisent des radiations électromagnétiques. Mais il faut éliminer ce "bruit thermique" pour qu'il ne fasse pas interférence avec ce qu’on essaie de détecter. Pour cela, on a besoin de refroidir très très fort ces détecteurs."

Le magazine économique Forbes la nomme dans sa liste "30 under 30" Europe 2022 (qui réunit trente personnalités influentes âgées de moins de 30 ans), catégorie Science et Santé. "Des gens ont mis une nomination pour moi, je n'étais même pas au courant." 

© Hannah Rana/Forbes

Cette sélection est le résultat de milliers de candidature européennes triées sur le volet par un jury d'experts. Pour chaque catégorie, 30 personnes seulement sont retenues. "Je suis vraiment honorée qu'un magazine aussi prestigieux me nomme dans l'un de ses classements. Cela me donne la responsabilitéet l'envie de pousser mes recherches encore plus."

 Le Luxembourg est devenu une Silicon Valley de l’espace en Europe. 

UN RETOUR AU GRAND-DUCHÉ ?

Aujourd’hui, l'espace est devenu le nouveau terrain de jeux luxembourgeois. En 2017, le gouvernement lançait une loi garantissant aux entreprises d'extraction spatiale la pleine propriété de leurs trouvailles, favorisant le développement du secteur. Depuis, énormément de start-up spécialisées dans le domaine y élisent domicile: "Le Luxembourg est devenu une Silicon Valley de l’espace en Europe".

Et selon la chercheuse, industrialiser l'espace aurait bien des avantages. "Par exemple, la fabrication de certains métaux nécessite des températures très élevées. Dans l'espace, les rayons du soleil arrivant sur une surface la rendent extrêmement chaude. Cela permet donc de produire en polluant moins que sur terre."

"Je crois que dans 10 ou 20 ans, il sera possible d'acheter un ticket pour aller dans l’espace." Mais Hannah Rana regrette que cela puisse devenir quelque chose d’exclusif aux riches. "J’aimerais qu’il y ait des chances pour tous de s'y rendre, par exemple en gagnant des places par mérite."

Au vu de cette offre croissante, la chercheuse pourrait bien envisager un futur au Luxembourg. "J’ai eu des offres pour travailler ici, mais je ne pouvais pas dire non à la NASA. Je pense que c’est inévitable pour moi dans le futur de venir m’installer au Luxembourg pour y travailler."

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