
Les enfants placés en foyers ou en familles d’accueil présentent une santé mentale nettement plus mauvaise que les enfants de la population générale. C’est ce qui ressort d’une étude de l’Université du Luxembourg, qui examine la santé mentale et le bien‑être des enfants et des adolescents au Luxembourg, en se concentrant sur ceux vivant dans des situations difficiles, en foyers ou en familles d’accueil.
Plus de 3.000 enfants et adolescents ont déjà participé à l’étude qui s’étend sur la période 2023 à 2027. Le projet vise à mesurer de manière concrète la santé mentale des enfants au Luxembourg et à comprendre comment les expériences difficiles de l’enfance influencent la santé psychologique et les apprentissages des enfants.
Comment les enfants vont‑ils réellement, et quels facteurs influencent leur santé mentale ? C’est la question que se sont posée des chercheurs de l’Uni.lu, qui, avec le projet de recherche CHAMP, pour “The Childhood and Mental Health Project”, ont interrogé des enfants et des adolescents au Luxembourg au sujet de leur santé mentale et de leur bien‑être.
Le Luxembourg manque de données sur la santé mentale des enfants en général, et encore plus pour ceux qui sont placés, explique Pascale Engel, responsable du projet de recherche. Professeure en psychologie de l’enfant, elle estime que ces chiffres sont indispensables pour pouvoir mieux évaluer les besoins en prise en charge psychothérapeutique.
“Nous pensons que la politique, la société mais aussi la recherche doivent se pencher ensemble sur cette question. On entend de plus en plus souvent que la psychiatrie pédiatrique et juvénile est surchargée et qu’il manque des places, mais sans chiffres solides il est difficile de planifier les besoins réels.”

Dans sa première partie, l’étude s’est concentrée sur des enfants et des adolescents de 4 à 17 ans. Les données concernant leur santé mentale ont été recueillies au moyen de questionnaires. Les enfants de 10 ans et plus ont répondu eux‑mêmes, tandis que pour les plus jeunes, le questionnaire a été rempli par les personnes les plus proches d’eux.
Ce sont des chiffres qui rassureront, au premier regard, de nombreux parents et enseignants. Dans le groupe des plus de 600 enfants du cycle 4, 92 % ont déclaré être satisfaits de leur vie et 84 % des enfants affirment se sentir toujours ou presque toujours en sécurité à l’école, tandis que 3 % déclarent que ce n’est jamais le cas pour eux.
Un tableau nuancé se dessine également concernant le temps passé devant les écrans. Selon les réponses des enfants du cycle 4, une grande majorité passe relativement peu de temps devant les écrans. Plus de la moitié (54 %) indiquent n’être jamais ou presque jamais actifs sur les réseaux sociaux. On retrouve des chiffres similaires pour les jeux vidéo : 49 % ne jouent jamais ou presque jamais à des jeux électroniques, et 47 % ne regardent que rarement la télévision ou des plateformes de streaming.
En même temps, il existe un plus petit groupe pour lequel le temps d’écrans est nettement plus élevé. Environ 10 % des enfants déclarent passer plus de quatre heures par jour sur les réseaux sociaux. Pour les jeux vidéo, ils sont 9 %, et pour la télévision ou le streaming, encore 5 %. Le sujet du harcèlement moral est particulièrement frappant. Près d’un enfant sur quatre a déjà vécu une expérience de harcèlement. Contrairement à ce que l’on pense souvent, cela ne se produit généralement pas en ligne, mais de manière classique, à l’école.
“Il est intéressant de voir ici, que chez les enfants de l’enseignement fondamental, le cyberharcèlement seul ne représente que 3 % des cas. Et le harcèlement se produit principalement par des moyens traditionnels dans le fondamental. 88 % des enfants ont dit, par exemple, qu’ils sont harcelés directement ou indirectement au moyen de méthodes traditionnelles. De tels résultats peuvent être utiles pour planifier des interventions dans les écoles contre le harcèlement.”
La recherche montre également que les enfants se font beaucoup de soucis, pas seulement au sujet de leur propre vie, mais aussi au sujet du monde.
Les guerres, le changement climatique ou la peur qu’il arrive quelque chose à une personne qu’ils aiment, figurent parmi leurs préoccupations les plus fréquentes.
Mais l’enseignement le plus important réside peut‑être ailleurs : les différences entre les enfants sont immenses.
“Chez les enfants vivant en foyers, les valeurs liées aux difficultés émotionnelles ou comportementales sont plus de deux fois plus élevées que dans la population générale, et presque trois fois plus élevées pour les troubles de l’attachement. Cela montre également très clairement que ce que vivent les enfants durant la petite enfance influence leur santé mentale et leur comportement.”
La prévention ciblée est essentielle. Même si les placements ne peuvent pas être totalement évités, tout doit être fait pour protéger les jeunes enfants en particulier des expériences traumatisantes.
“Il est également important de comprendre que les facteurs de stress externes peuvent représenter pour des familles une charge énorme, qui peut aussi affecter négativement le comportement d’attachement. La pauvreté en fait notamment partie. Cela signifie que la prévention de la pauvreté, par exemple, peut renforcer la santé mentale des enfants.”
En même temps, il est aussi important que les enfants puissent construire des relations d’attachement stables avec des personnes de confiance. Il ne suffit pas simplement de leur retirer le téléphone, l’ordinateur ou l’iPad. Il faut réfléchir de manière ciblée à la manière de permettre à tous les enfants de développer des liens sains et stables.
C’est pourquoi il est important de considérer tout cela dans son ensemble : économie, logement, éducation, santé. Tout cela est lié et influence le développement des enfants, qui sont l’avenir de notre pays.
L’étude se poursuit actuellement : des données sont encore en cours de collecte dans sept lycées du pays. Les premiers résultats issus de trois lycées, avec environ 2. 000 réponses, sont déjà disponibles.
De telles études ne doivent pas seulement couvrir un large échantillon, mais aussi aller en profondeur, ce qui nécessite des budgets de recherche ciblés, qui doivent évidemment parvenir réellement là où ils sont nécessaires.