
Le loup est là. Et à terme, il devrait s'installer de manière durable au Luxembourg ou plus probablement, au sein des forêts transfrontalières. C'est ce qu'estime le Dr. Laurent Schley, biologiste et directeur adjoint de l'Administration de la nature et des forêts (ANF), qui a répondu à nos questions il y a 15 jours. Expert de la question, celui-ci est fortement sollicité depuis que le canidé a été aperçu dans le secteur de Wincrange, il y a trois semaines.
Si l'on anticipe le retour du loup au Grand-Duché depuis un moment, cette apparition a été suffisante pour susciter une nouvelle fois la crainte des éleveurs. Ainsi, le président de la fédération des éleveurs d'ovins, Raymond Baulesch, a estimé dans nos colonnes que "les éleveurs de moutons de l'Oesling peuvent se faire du souci", ajoutant au passage que "le soutien de l'État devrait être plus important."
Depuis la mise en place d'un plan d'action et de gestion du loup en 2017, des aides étatiques sont prévues en cas d'attaque de loup sur des animaux d'élevage, notamment des moutons. Ce plan contient également une série de mesures de prévention, destinée à réduire les attaques. Mais il est "très difficile pour les éleveurs de se protéger préventivement", juge Christian Wester, président de la "Bauerenzentral" (la Centrale Paysanne Luxembourgeoise), qui s'est également exprimé dans nos colonnes il y a trois semaines.
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En 2017, 2018 et 2020, la procédure destinée à dédommager des éleveurs luxembourgeois après une attaque de loup a ainsi été activée. "Ils ont à chaque fois été indemnisés à 100%",prétend Laurent Schley. "Les budgets sont en place depuis cinq ans et ça fonctionne bien. Ces trois agriculteurs ont bien apprécié que la procédure aille au bout, même si, évidemment, la présence du loup reste un problème pour eux", admet-il.
De son côté, Christian Wester a toutefois regretté des procédures "longues et difficiles", et le fait que l'éleveur était "seulement dédommagé pour la perte de l'animal quand la mort de celui-ci était attribuée avec certitude au loup." Regardons cela de plus près.
L'ANF évalue d'abord l'étendu des dégâts en présence de l'éleveur et prélève si nécessaire des échantillons sur les bêtes, au niveau des morsures, "en espérant qu'il y ait assez d'ADN pour identifier le prédateur", explique le directeur adjoint de l'ANF. Si le loup est identifié, l'agriculteur est déclaré "indemnisable" par l'ANF. "Si les analyses ne donnent rien et que la responsabilité du loup n'est pas confirmée, mais qu'il ne peut pas être exclu non plus, l'éleveur est tout de même indemnisé à hauteur de 75%", détaille Laurent Schley.
Mais sur quelle valeur est appliqué ce pourcentage d'indemnisation ? C'est là qu'intervient l'Administration des services techniques de l'agriculture (ASTA), une fois le constat de l'ANF réceptionné. C'est elle qui chiffre les dégâts, en fonction du nombre d'animaux attaqués, de leur race, de la finalité de l'élevage, etc. Les aides étatiques sont ensuite versées en fonction. "Je peux vous garantir que l'ASTA fait ses calculs dans un esprit favorable aux éleveurs", prétend le directeur adjoint de l'ANF. Alors, "dire qu'on n'est jamais bien indemnisé après une attaque de loup, c'est faux", conclut-il.
Contrairement aux règles mises en place dans certains pays, il n’est pas obligatoire d’installer des mesures de prévention pour obtenir des dédommagements suite à des dégâts causés par le loup, au Luxembourg. Cela est précisé dans le plan d'action.
Néanmoins, après une troisième attaque, il est obligatoire de mettre en place des dispositifs de protection. Une participation de l'État allant jusqu'à 75% peut être demandée pour aider à financer ces mêmes protections. Seule condition: que la présence du loup dans un rayon de 10 km, pendant 12 mois, soit prouvée.