Ce week-end et contre toute attente, ils ont créé l'exploit. Les cinq élèves du makerspace MS20 du Lycée Vauban ont hissé le Luxembourg sur la deuxième marche du podium du FIRST Global Challenge, une compétition internationale de robotique qualifiée de "Jeux olympiques" de la discipline, réunissant 190 pays et qui s'est déroulée cette année à Incheon, en Corée du sud. Le temps de découvrir Séoul, avec leur médaille d'argent autour du cou, et les voilà de retour au Luxembourg.
Le décalage horaire, le vertige de la hauteur de l'exploit et toutes les marques de reconnaissance et de sympathie qui leur arrivent et leur vont droit au cœur, leur donnent à tous les cinq, cette vague impression de ne plus toucher Terre. Tout ça est tellement fou "qu'on a vraiment du mal à réaliser. Je crois qu'il nous faudra du temps", glisse Cléa Bultot, la benjamine de la bande et élève de première.

Passionnés de technologie, de codage, de robotique, de stratégie, de coaching, mais aussi de communication, nos vice-champions du monde sont tout, sauf des robots. Ce sont juste cinq ados, avec la tête sur les épaules, leurs préoccupations face au monde, une curiosité de tout instant et, ce qui est frappant, une maturité inspirante.
Capitaine de l'équipe, Estéban Anézo, 17 ans, confie "avoir vécu une expérience unique, pour l'instant, dans sa vie qui, certainement, restera gravée dans sa mémoire". Bien sûr, il y avait cette ambiance cosmopolite et foisonnante créée par la présence de jeunes de son âge issus des "quatre coins du monde et réunis autour d'une même passion" -la robotique est devenue un vrai sport- mais Estéban est surtout "fier de ce qu'on a pu accomplir ensemble". Un dernier mot, dont il mesure, bien plus encore depuis son retour d'Incheon, la portée.
En tant que tout jeune leader du groupe, il s'est "rendu compte de la charge de travail" qu'impliquait ce genre d'aventure, notamment dans des situations plus stressantes, comme lors de la préparation improvisée du robot avant les compétitions. Si l'équipe a su rester soudée, malgré les tensions et les échecs, c'est aussi parce que chacun à mis un peu d'eau dans son vin, et que les défis de tailles bien plus imposantes que les petits robots, étaient de "comprendre nos tords, les régler entre nous, les apaiser". Estéban, comme tous les autres "auront énormément appris et fait de progrès dans cette aventure", glisse Jérôme Metzler, avec son sourire complice en coin d'œil.
"Ils ont été quasiment irréprochables. Tous ont eu une attitude exemplaires. L'équipe a toujours été au rendez-vous", reconnaît l'intraitable coach, professeur de physique-chimie et initiateur du MS20 au Vauban, très reconnaissant envers ses amis et collègues luxembourgeois qui lui font confiance... depuis dix ans.
"On était loin de croire qu'on finirait à la deuxième place mondiale. Même quand on a attaqué les matchs finaux. On était un peu l'outsider de la finale. Et de la troisième on a réussi à monter à la deuxième place. Ce qui est incroyable! Je pense que c'est le fruit de leurs efforts qui est récompensé".
Cléa Bultot, 16 ans, vit plus cette fin d'aventure très heureuse comme un "soulagement" qu'un exploit sportif. Cheville ouvrière du sponsoring en coulisses, elle confie que rien n'était joué jusqu'à la dernière minute: "Début septembre on a appris que notre voyage ne serait pas financé. Alors on a fait des collectes auprès des parents, lancé des appels aux dons, des mails aux sponsors... pour collecter 25.000 euros en un mois. On a acheté les billets d'avion deux semaines avant de s'envoler! C'était un mois de tension totale", lâche-t-elle.
La médaille d'argent mondiale est le résultat d'un gros investissement, d'une aventure technologique de tous les instants dans l'atelier du MS20 au fond du couloir, mais les cinq ados, y liront toujours ce qui les a frappé le plus: l'aventure humaine. Celle vécue au sein du petit groupe, mais aussi avec tous les autres ados de la planète. "Je suis revenue avec beaucoup de photos" et "beaucoup de contacts des autres équipes. Celles des Emirats arabes unis et du Japon avec qui ont a fait alliance", raconte Léonore Gibert.

"C'était une expérience humaine absolument incroyable", souligne Cléa, encore étonnée d'avoir "découvert des pays tellement amicaux". Avec leurs mots, les ados témoignent de l'humanité profonde ressentie en Corée du sud, tout le contraire de ce q'ils voient sur leurs écrans de téléphone au quotidien. Oui il y a "ce contexte actuel des guerres" dans le monde, mais "pourtant quand on arrive là-bas, ils sont tous super sympas. On peut même parler politique", rapporte Côme Citton, 17 ans, qui témoigne d'une "ambiance magique" où tous les Hommes, finalement, ne sont que des frères prêts à partager.
Plus discret, Alix Lion, 17 ans, a aussi senti qu'un autre monde était possible. Il se dit marqué par ce moment si particulier qui s'est offert à l'équipe juste avant la grande finale où "il y a eu cette effervescence, avec des danses traditionnelles et une profusion de lumières. Ça m'a vraiment ému. J'étais un peu emporté par l'esprit et la compétition à ce moment-là. J'étais dans une sorte d'euphorie", confie le jeune homme, tout en douceur. Un témoignage puissant qui raconte l'aventure autrement qu'avec des tournevis, des moteurs et des points collectés.
La suite de cette aventure a déjà commencé en coulisses. "Comme ce sont des élèves qui sont majoritaiement en terminale, eux vont partir, donc il faut tout de suite former la relève pour les futurs concours. Je suis déjà en train de relancer la future génération", glisse Jérôme Metzler qui, lui, ne perd jamais le nord.