Sportifs d'élite et soldatsCes champions luxembourgeois ont tous signé... chez le même patron !

Maurice Fick
Sarah De Nutte, Bob Bertemes, Christine Majerus ou Dylan Pereira. Tous ont "éclaté" aux yeux du monde dans leur discipline et portent hautes les couleurs du Luxembourg. Ce que peu savent, c'est que ce sont d'abord des militaires.
Les sportifs d'élite de l'armée luxembourgeoise
Sarah De Nutte, Bob Bertemes, Christine Majerus ou Dylan Pereira ont porté hautes les couleurs du Luxembourg. Tous sont des sportifs, mais aussi des soldats.

Quel est le point commun entre le pilote de course Dylan Pereira (Vainqueur de la Porsche Supercup 2022), la pongiste Sarah De Nutte (3e au championnat du monde 2021 en double dames), la judokate Marie Muller (5e aux Jeux olympiques de Londres) ou encore le cycliste Fränk Schleck (3e au Tour de France 2011)? Tous sont des sportifs qui ont porté hautes les couleurs du Luxembourg et tous sont issus des mêmes rangs de l'armée luxembourgeoise.

Comme les cyclistes Christine Majerus, Kim Kirchen, Fränk Schleck ou Tom Flammang, le nageur Raphaël Stacchiotti, les athlètes David Fiegen et Charles Grethen, le triathlète Dirk Bockel, le lanceur de poids Bob Bertemes et une armée d'autres sportifs émérites, tous sont -ou étaient- membres de la section de sports d'élite de l'armée luxembourgeoise (SSEA). La "fabrique de champions" fête ce jeudi ses 25 ans, en présence du grand-duc Henri, au centre militaire sur les hauteurs de Diekirch.

S'ils réussissent, ils ont des avantages par rapport aux autres soldats. Ils sont libérés du service pour se concentrer sur leur sport - Dany Papi

L'objectif de cette section est de "donner les possibilités à de jeunes sportifs d'être, un jour, capables de participer aux jeux olympiques". Car ce sont des personnes "qui ont beaucoup de talent et qui peuvent, grâce à l'entraînement et aux possibilités offertes par l'armée, encore augmenter leur niveau pour réellement entrer dans le top des sportifs du monde", résume le général Steve Thull, chef d’État-major de l’armée.

la section sportive compte actuellement 29 soldats et un nouveau-venu: Loïc Bettendorf, 21 ans. Le tout jeune coureur cycliste professionnel de l'équipe danoise Riwal, terminera dans quelques jours ses quatre mois d'instruction de base au Herrenberg.

Champion du Luxembourg de cyclisme Espoir, sur la route et dans la boue (cyclo-cross), Loïc Bettendorf compte parmi les espoirs du cyclisme luxembourgeois.
Champion du Luxembourg de cyclisme Espoir, sur la route et dans la boue (cyclo-cross), Loïc Bettendorf compte parmi les espoirs du cyclisme luxembourgeois.
© Maurice Fick / RTL

Dans les courses internationales, "je cours pour les autres pour le moment, car je suis encore plus jeune", glisse humblement le jeune homme. Il a la tête sur les épaules et veut construire son parcours, sans griller les étapes. De sorte que cette année, il a "préféré suivre comme il faut l'instruction de base plutôt que de participer au championnat du monde de cyclisme pour lequel il était pourtant sélectionné".

Un diplôme d'éducateur en poche, Loïc Bettendorf mise tout sur le vélo, mais pense déjà à l'après. S'il s'est engagé à l'armée, c'est "pour le futur" et clairement "se construire une carrière à l'armée, après le vélo". Le déclic s'est produit lors de son instruction de base justement. Car "toujours être dehors, mettre les mains dans le cambouis ou avoir des journées très variées, ça me plaît beaucoup", confie-t-il.

Comme lui ou le basketteur Malcolm Krebs dès janvier 2023, tous les grands sportifs sont d'abord sélectionnés par leurfédération sportive et le Comité olympique et sportif luxembourgeois (COSL), pour se perfectionner. Mais c'est de la réussite de son instruction de base -une rude épreuve de quatre mois pour trier et former les futurs soldats volontaires- que dépend son avenir de sportif de haut niveau. Le cap passé, il signera un contrat "en or" qui lui donnera une latitude inouïe.

DES SOLDATS LIBÉRÉS DU SERVICE

"S'ils réussissent, ils ont des avantages par rapport aux autres soldats", explique l'adjudant-chef Dany Papi, instructeur sportif. "Le contrat leur permet d'avoir un salaire (entre 1.800 € et 2.200 € net selon le grade), d'être couvert par la Sécurité sociale et de cotiser pour leur pension", mais "ils sont libérés du service pour se concentrer sur leur sport et augmenter leur niveau", résume le chef de la section de sports d'élite.

Sarah De Nutte:
Sarah De Nutte:
© Maurice Fick / RTL

De sorte qu'au quotidien, ces sportifs s'entraînent chacun de leur côté. Comme par exemple le 1er soldat-chef De Nutte qui vient régulièrement faire ses "gammes" sur les tables de La Coque au Kirchberg, quand elle ne défend pas les couleurs du Luxembourg ou du Tennis de table de Saint-Quentin (France) en Pro A féminine. En moyenne, elle s'entraîne "entre huit et neuf fois durant deux heures et deux heures trente par semaine", assure Sarah.

"Mais en cas de crises et selon les besoins, l'armée peut mettre fin aux privilèges accordés pour disposer des ressources nécessaires", prévient  l'adjudant-chef Papi. C'était notamment le cas lors de la pandémie liée au Covid-19: "Les sportifs d'élite ont travaillé dans les centres de distribution de masques, puis les centres de tests".

DES EXPLOITS QUI AIDENT L'ARMÉE

En contrepartie de la liberté de pouvoir s’adonner à plein temps au sport et d'organiser leur saison sportive comme bon leur semble, les sportifs d'élite s'engagent à participer aux championnats militaires organisés par le Conseil international du sport militaire et aux jeux mondiaux qui ont lieu tous les quatre ans. Leur grande mission est d'aider l'armée à développer son image de marque. L'objectif de la SSEA, résume l'adjudant-chef Papi est d'"augmenter la visibilité de l'armée à travers les prestations et exploits de ces sportifs", qui se doivent de soigner leur image sur les réseaux sociaux.

"Nous sommes des ambassadeurs de l'armée à l'étranger, mais aussi au Luxembourg", résume Sarah De Nutte qui cumule déjà huit ans et demi d'expérience sous les drapeaux. Elle considère qu'il existe un lien évident entre ses deux statuts: "Être sportif et être soldat va ensemble car dans les deux cas, on cultive les mêmes valeurs: la discipline, l'engagement et représenter son pays".

© Maurice Fick / RTL

Pour le général Steve Thull, disposer de sportifs hors normes au sein de son armée représente une vraie plus-value. D'abord parce que ces sportifs de haut niveau, qui sont "en général très motivés", viennent "réhausser le niveau de l'instruction de base" en boostant les jeunes recrues. Ensuite parce que leurs résultats ont un impact réel pour l'armée "et font également augmenter l'image de marque de l'armée". D'autant que l'institution a de gros besoins de recrutement dans les années qui viennent.

"J'ÉTAIS BEAUCOUP PLUS DISCIPLINÉ"

Pour l'ancien coureur cycliste Kim Kirchen, qui avait crevé l'écran et monté de plusieurs crans le sentiment de fierté nationale en portant le maillot jaune durant six jours en Tour de France 2008, l'armée et la section de sports d'élite restent, avec le recul, une bonne école. Lui-même avait fait ce choix "tout simplement parce que j'avais la possibilité de continuer à être soutenu si jamais ça ne devait pas fonctionner  dans le sport. Et pourquoi pas faire carrière dans l'armée".

Je ne peux pas dire que je n'aurais pas fait la même carrière, mais beaucoup de choses ont été plus simples - Kim Kirchen

En 1997, Kim Kirchen a fait partie des toutes premières recrues de cette nouvelle section créée au Herrenberg. À l'époque l'instruction de base durait trois mois seulement. "Nous devions avoir une certaine discipline, respecter les autres et je crois que tout cela était un apprentissage. Tout devait se dérouler comme prévu, il fallait apprendre à s'organiser, et je crois bien que cela à contribué ensuite à la manière dont je me suis débrouillé dans le vélo, comment je m'entendais avec mes coéquipiers. Mais aussi à la maison. La première chose que j'ai faite c'était de ranger ma chambre et j'étais beaucoup plus discipliné", se souvient l'ancien champion.

Avec le recul d'une belle carrière et de son parcours professionnel aujourd'hui, Kim Kirchen estime que "cette section a été  très clairement d'une grande aide" pour lui. Il "ne peut pas dire qu'il n'aurait pas fait la même carrière, mais beaucoup de choses ont été plus simples", mesure Kim Kirchen. Ce parcours avec l'aide de l'armée "a favorisé le déroulement de ma carrière et m'a permis d'intégrer que tout n'est pas toujours aussi simple".

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