Les producteurs d'EKABE devront être patientsArla hésite à intégrer rapidement les 68 exploitations laitières

Marc Hoscheid
adapté pour RTL Infos
La raison ne serait pas tant que la quantité de lait supplémentaire soit trop élevée, que le fait que la coopérative souhaite d’abord se concentrer sur ses membres actuels.
© Domingos Oliveira / RTL

Quel avenir pour les 68 exploitations agricoles luxembourgeoises qui livrent encore leur lait à EKABE ? Comme le groupe Lactalis, auquel appartient EKABE, n’acceptera plus de lait luxembourgeois à partir du 1er avril 2027, les membres de la coopérative Prolek cherchent désormais une autre laiterie. Cette recherche pourrait cependant durer si l’on en croit le secteur. Certaines voix estiment d’ailleurs que la situation actuelle constitue une opportunité de remettre fondamentalement le système en question.

Luxlait, Hochwald et Arla (anciennement Muh) sont les trois noms qui reviennent régulièrement lorsqu’il s’agit d’évoquer qui pourrait reprendre les 68 producteurs de lait d’EKABE. Du côté de Luxlait, on indique que, compte tenu du volume d’environ 50 millions de litres de lait par an, la reprise pourrait s’avérer difficile : il faut en effet aussi pouvoir écouler les produits. Chez Arla, dont le plus grand site se trouve à Pronsfeld dans l’Eifel, cela pose moins problème : la coopérative compte 11.200 membres qui produisent chaque année un “pool laitier” de 19,4 milliards de kilos. Cela ne signifie toutefois pas qu’une décision rapide soit à attendre, comme l’explique le président des producteurs Arla luxembourgeois, Alain Schaack :

"Il faut tout simplement une certaine structure ou un certain temps pour réunir des structures. C’est ce qu’il faut également prendre en compte ici. Pour en arriver à dire : 'Oui ok, venez, nous allons peut-être construire quelque chose ensemble", cela peut aller relativement vite. En l’espace de six mois, on voit déjà dans quelle direction cela évolue. Mais jusqu’à ce que tout soit intégré et opérationnel, il s’agit de processus à long terme, plus d’un an au minimum, et il faut prendre le temps nécessaire."

Étant donné qu’il s’agit d’une coopérative, Arla cherche d’abord à s’assurer que les membres actuels ne soient pas lésés. C’est pourquoi l’intégration de nouveaux membres ne sera pas précipitée.

Lactalis a annoncé qu’à l’avenir, le groupe souhaitait collecter moins de lait en France. Actuellement, il y en aurait tout simplement trop sur le marché, ce qui entraînerait un prix trop bas. Au Luxembourg, celui-ci se situait autour de 40 centimes le litre en avril. Alain Schaack estime toutefois qu’il n'y a pas trop de lait sur le marché, et que, dans les faits, Lactalis ne verrait pas non plus les choses de cette manière :

"Le lait est un produit qui est utilisé quotidiennement et pour lequel on observe encore une croissance annuelle mondiale entre 1 et 2 %. Mais il est clair qu’ils [les dirigeants de Lactalis, ndlt] ne voient plus leur avenir en Europe centrale. Nous, en tant que coopérative, puisque nous sommes ancrés ici et que nos membres se trouvent ici, nous avons une responsabilité envers nos membres en Europe centrale. C’est pourquoi nous ne quitterons pas l'Europe centrale, car nous avons tout simplement besoin de lait. Lactalis continuera à travailler dans le secteur laitier, mais se tournera vers d’autres régions où il est possible d’obtenir la matière première 'lait' avec moins de contraintes, ou de ce qui les cause."

C’est par exemple le cas en Australie ou encore en Europe de l’Est, notamment en Ukraine.

Certaines voix remettent d’ailleurs en question cette concurrence mondiale et la logique de croissance, comme Raymond Aendekerk, cofondateur et porte-parole de la plateforme “Meng Landwirtschaft”, qui regroupe plusieurs ONG. L’alternative au système actuel serait la suivante :

"Travailler à la mise en place d’un réseau fort de consommateurs dans la région. Au Luxembourg, nous faisons déjà certaines choses en ce sens : nous avons nos projets leader, nous avons nos marques luxembourgeoises, notre Luxlait, si je peux l’appeler ainsi, en tant que grande coopérative. Beaucoup d’initiatives visent à travailler avec le régional, et pour moi, c’est une solution pour écouler autant que possible via ce marché. Et que les consommateurs fassent également preuve de solidarité et se demandent : “Qu'est-ce qui se joue réellement dans tout cela ?

Aujourd’hui, ce sont les agriculteurs luxembourgeois qui souffrent, mais en temps normal, ce sont ceux du Sud global, ce qui n’intéresse guère en Europe.

Alain Schaack estime lui aussi que le système peut-être remis en question dans son ensemble. Toutefois, celui-ci ne pourrait pas être changé uniquement à partir du Luxembourg, ni probablement même à partir de l’Europe.

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