
C’est un fait divers tragique qui a bouleversé bien au-delà des frontières suisses. Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2026, un violent incendie s’est déclaré dans le bar Le Constellation, à Crans-Montana, dans le canton du Valais, alors que les clients célébraient la nouvelle année. Le sinistre a fait plusieurs morts et de nombreux blessés, dont certains grièvement brûlés. À plusieurs centaines de kilomètres de là, en Moselle-Est, l’émotion s’est traduite par une mobilisation municipale inattendue.
À L’Hôpital, commune d’environ 6 000 habitants, la municipalité a décidé d’agir. Depuis la fin du mois de janvier, elle rembourse jusqu’à 50 euros toute coupe de cheveux réalisée dans le cadre d’un don d’au moins 20 centimètres, destiné à la fabrication de perruques pour les grands brûlés, victimes de l’incendie.
L’initiative est portée par le maire, Emmanuel Schuler, qui explique avoir été profondément marqué par le drame. “Cette catastrophe m’a touché au cœur, d’abord en tant que père. Face à un tel événement, on se dit que cela pourrait arriver à n’importe qui”, confie-t-il. Selon l’édile, ce sont ses propres enfants qui l’ont encouragé à transformer cette émotion en action concrète. “Notre geste est peut-être modeste, mais ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières”, poursuit-il.
Concrètement, le dispositif repose sur un partenariat entre la municipalité et les salons de coiffure de la commune. Les habitants volontaires se rendent dans l’un des cinq salons participants afin d’effectuer une coupe répondant aux critères du don. La facture est ensuite présentée en mairie, où le remboursement est effectué, dans la limite de 50 euros par personne.
La municipalité assure également la logistique liée à l’opération : collecte des cheveux, conditionnement et envoi vers des associations spécialisées dans la confection de perruques pour les grands brûlés, telles que Fake Hair Don’t Care ou Solidhair. “La commune ne se contente pas de financer, elle s’occupe aussi de toute l’organisation matérielle”, précise-t-on en mairie.
Si l’engagement des professionnels de la coiffure est réel, la dimension financière solidaire reste, pour l’heure, individuelle. À ce stade, un seul coiffeur réfléchit à aller plus loin. “J’envisage de proposer aux autres salons partenaires de reverser collectivement le montant des remboursements municipaux à une structure venant en aide aux victimes“, propose Thierry Urschel, installé à L’Hôpital. La proposition sera bientôt à l’étude d’ici la fin de l’opération, prévue fin avril.
Des consignes stricts
Pour que les cheveux puissent être utilisés, plusieurs conditions doivent être respectées. Ils doivent mesurer au minimum 20 centimètres minimum, être naturels ou simplement colorés, et en bon état. Les cheveux méchés ou comportant un balayage ne sont pas acceptés. L’opération est ouverte à tous depuis le 1er février et se poursuivra jusqu’au 30 avril.
Au fil des semaines, l’initiative a commencé à dépasser le cadre communal. Après la parution d’un article dans la presse nationale, la mairie a reçu des messages spontanés de personnes souhaitant envoyer des dons de cheveux depuis d’autres régions. “Certains témoignages nous ont particulièrement touchés”, confie la commune, évoquant notamment celui d’une femme proposant de donner la perruque de sa petite-fille décédée d’un cancer du sein. À ce jour, plusieurs mèches ont déjà été collectées et d’autres sont attendues dans les prochaines semaines. Sans ambition spectaculaire, la commune de L’Hôpital assume une démarche volontairement sobre : transformer un geste du quotidien en un soutien concret, à destination de victimes d’un drame survenu bien au-delà de ses frontières.