
Le Premier ministre, Jean Castex, qui était l’invité dimanche soir du journal de 20H00 de TF1, a donc arbitré cette question, alors que la polémique montait sur la fermeture des petits commerces pendant le confinement.
Il a tranché en faveur de la fermeture “des rayons de produits qui ne sont pas de première nécessité” dans les grandes surfaces à partir de mardi matin. Et cela afin de rétablir l’équité avec les commerces de proximité.
En revanche, le Premier ministre reste ferme sur la fermeture des commerces:"Nous ne reviendrons pas sur les mesures annoncées”.
La grande distribution avait déjà manifesté cet après-midi son hostilité à une telle mesure. La fédération de la grande distribution (FCD) a fait part de sa “totale incompréhension” et de son “opposition” à cette option.
Pour Intermarché, Leclerc, Carrefour ou Lidl, une telle mesure “manque de justification sur le plan sanitaire”, “compliquerait la vie des Français” et serait “techniquement très difficile à mettre en oeuvre dans de nombreux magasins”. Elle “entraînerait la mise au chômage partiel de plusieurs dizaines de milliers de salariés, sans aucune justification réelle”, a prévenu la FCD dans un communiqué.
Durement touchés au printemps, de nombreux commerçants sont entrés avec appréhension dans ce deuxième confinement, malgré un assouplissement qui leur permet de rester ouverts pour le retrait de commandes en magasin. Ils craignent notamment de rater la période de Noël, au profit du commerce en ligne et des grandes surfaces.
La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) assure que “le commerce de proximité, déjà fragilisé par le commerce en ligne, est aujourd’hui en danger de mort”.
La colère des libraires, notamment, s’était cristallisée vendredi autour de la Fnac, qui avait le droit de vendre des livres en tant que grande surface. Le groupe a réagi en annonçant vendredi soir la fermeture de ses rayons culture pour deux semaines.
Le gouvernement lui a emboîté le pas en annonçant la fermeture temporaire de tous les rayons livres et culture des grandes surfaces alimentaires et spécialisées, par “souci d’équité entre grandes surfaces et les librairies indépendantes”.
Mais de nombreux libraires exigent toujours de rester ouverts: certains ont décidé de braver l’interdiction, d’autres se sont mobilisés pour en appeler au président Macron, avec le soutien de nombreuses personnalités. Plusieurs prix littéraires ont été reportés en raison du confinement et par solidarité avec les librairies fermées, dont le très prestigieux Goncourt.
Des maires (à Longwy, Perpignan, Brive, Beaune, Valence, Chalon-sur-Saône, Colmar, etc.) ont pour leur part pris des arrêtés autorisant l’ouverture des commerces non-alimentaires sur leur commune, dénonçant l’"inégalité” de traitement face à la grande distribution et à la vente en ligne.
Bruno Le Maire a dénoncé dimanche “cette poignée de maires irresponsables qui prennent des arrêtés contraires aux décisions prises par l’Etat pour protéger la sécurité sanitaire des Français”. Ces élus “pensent qu’ils soutiennent les commerçants. En réalité, ils menacent la santé des Français”, a affirmé le ministre.
Plus de cinquante maires et présidents de grandes agglomérations urbaines (Paris, Nantes, Toulouse, Nice, Grenoble) ont également demandé samedi à Jean Castex de “travailler rapidement à une solution” pour les commerces de proximité.
Bruno Le Maire a précisé dimanche que le gouvernement pourrait décider d’ici au 12 novembre de “rouvrir un certain nombre de commerces si la situation sanitaire le permet”. En attendant, le produit des ventes retirées chez les commerçants en “click & collect” ne “rentrera pas dans le calcul du fonds de solidarité”, a précisé le ministre.
Ce fonds, réactivé pour le deuxième confinement et s’appliquant aux entreprises comptant jusqu’à 50 salariés, prévoit une indemnisation pouvant aller jusqu’à 10.000 euros par mois pour les commerces fermés par décision administrative.