Le mystère demeureLes chenilles urticantes, un coupable un peu trop facile, estime une experte

Romain Van Dyck
En Lorraine comme au Luxembourg, la population est victime d'une épidémie de démangeaisons. S'il existe bien une invasion de chenilles urticantes, on oublie vite d'autres coupables potentiels, estime une experte citée par le Républicain Lorrain.
Si l'invasion des chenilles urticantes est bien réelle, d'autres insectes sont suspectés de provoquer des démangeaisons.
Si l’invasion des chenilles urticantes est bien réelle, d’autres insectes sont suspectés de provoquer des démangeaisons.
© RTL Grafik

“Je ne crois pas du tout aux chenilles processionnaires”, déclare le Pr Anne-Claire Bursztejn, citée par le Républicain Lorrain.

Une affirmation qui détonne, alors que la plupart des médias ne parlent que de ces chenilles urticantes font des ravages tant au Luxembourg qu’en Lorraine. Rappelons que la menace est bien réelle, car les poils microscopiques de ces insectes peuvent s’avérer très irritants pour les humains et les animaux, voir dangereux pour les sujets les plus sensibles. Il existe donc

des solutions pour s’en protéger et se soigner.

L'invasion des chenilles processionnaires du chêne serait dû à de nombreux facteurs, dont le climat et l'extinction de certains prédateurs naturels... à cause de l'homme!
L’invasion des chenilles processionnaires du chêne serait dû à de nombreux facteurs, dont le climat et l’extinction de certains prédateurs naturels... à cause de l’homme!
© DR

Mais, poursuit le RL, le Pr Anne-Claire Bursztejn sait de quoi elle parle. Chef du Pôle dermatologie-allergologie du CHRU de Nancy, elle livre un diagnostic beaucoup plus nuancé: cette épidémie de boutons... ne s’explique pas. Du moins, pas complètement.

Pour dire les choses très clairement, je ne sais pas très bien ce qu’il se passe et je ne suis pas sûre que quelqu’un puisse réellement répondre à cette question. Ce que je constate, c’est que la plupart de ces lésions ne sont pas urticariennes. Elles ne peuvent pas être provoquées par des chenilles. Quand il y a un problème de chenilles, on voit des lésions urticariennes qui siègent essentiellement sur les zones découvertes du corps” explique-t-elle au RL. Or, certains se font piquer aussi sur des zones couvertes du corps!

Elle met ainsi en doute la théorie selon laquelle les poils urticants voyageraient à des kilomètres à la ronde, et qu’ils seraient sélectifs en frappent certains individus et pas d’autres (même lorsqu’ils sont côte à côte). Bref, il manque des coupables dans cette équation. C’est pourquoi la dermatologue pense que ça pourrait être aussi “des insectes piqueurs qui se sont manifestés quand il a fait très chaud et humide”.

ACCUSÉS AOÛTATS ET SIMULIES, LEVEZ-VOUS!

Les aoûtats sont des acariens d’extérieur que l’on peut rencontrer surtout au mois d’août dans les jardins.
Les aoûtats sont des acariens d’extérieur que l’on peut rencontrer surtout au mois d’août dans les jardins.
© DR

D’autres noms circulent en effet déjà dans la presse. Notamment l’aoûtat, un petit insecte dont on connaît depuis longtemps le caractère irritant. Normalement, seule la larve de cet acarien pique, et uniquement à la fin de l’été, note l’experte. Mais l’insecte pourrait être une piste plausible, en raison de boutons observés sur des régions du corps qu’il affectionne, dans les plis de la peau et les zones plus chaudes du corps. Cela pourrait expliquer pourquoi certaines personnes se font piquer sur des zones couvertes, qui ne devraient donc pas être atteintes par les poils des chenilles.

Des piqûres d'aoûtats observées trois jours après.
Des piqûres d’aoûtats observées trois jours après.

Et la météo chaude et humide des derniers jours pourrait aussi désigner un autre coupable: les simulies. Déjà en 2015, on parlait d’une invasion en Lorraine de ces petites mouches noires, dont les piqûres sont douloureuses. Elles attaquent souvent par temps d’orage. Une preuve de leur possible implication serait le fait que les piqûres observées sont souvent “très purpuriques sur les membres inférieurs”, constate l’experte. Comprendre que ces piqûres se manifestent par une éruption de taches rouges ou bleues, qui ne s’effacent pas lorsqu’on appuie dessus, ce qui prouve qu’il y a eu des petites hémorragies au niveau de la peau. Ce qui serait caractéristique des attaques des simulies, car elles injectent une substance anti-coagulantes qui est allergisante.

Les simulies sont un véritable fléau pour ceux qui les croisent...
Les simulies sont un véritable fléau pour ceux qui les croisent...

L’experte exclue d’ailleurs les allergies et les boutons de chaleur, car ces derniers ne se répètent pas autant dans le temps.

Enfin, contrairement à ce qu’on a pu lire ailleurs, l’experte ne préconise pas systématiquement des antihistaminiques, qui n’auraient “pas beaucoup d’intérêt dans ces situations”, et suggère plutôt “d’utiliser des dermocorticoïdes de classe 3 pour soulager la sensation de piqûre. Chez les enfants, la classe 2 suffit” peut-on encore lire sur le Républicain Lorrain.

Rappelons que les recherches se poursuivent toujours, et qu’il faut donc se garder de conclusion hâtive. En attendant, il reste préconisé de suivre des conseils de base pour se prémunir et soulager ces satanés démangeaisons...

Back to Top
CIM LOGO