Un jeudi matin pluvieux de décembre, au centre-ville de Thionville. Au bas de la rue de Paris, nombreux sont les commerces à avoir baissé pavillon depuis plusieurs mois. La situation n’est pas nouvelle: cela fait plusieurs années que le cœur commerçant et l’artère principale souffrent d’arythmie. Les affiches de location placardées sur des locaux vides voient passer les saisons... Thionville porte l’étiquette de “ville endormie” -quand ce n’est pas “ville morte"- et a encore bien du mal de s’en défaire.
Au bout de la rue, Marie-Pierre, vendeuse dans la boutique de vêtements M’alis, fait des piges dans la cité nord mosellane, mais elle travaille le plus souvent à Metz. “Je ne sors plus entre 12h et 14h car il n’y a rien à faire. Il faudrait que je prenne ma voiture pour aller au Linkling...”, nous répond t-elle, avant d’en venir à la fréquentation de la boutique. “On travaille bien le vendredi et le samedi, on a aussi des clientes luxembourgeoises, beaucoup plus qu’à Metz. Sinon, c’est calme. À côté, le traiteur carbure et les cafés aussi...” Une dernière remarque qui fait écho à la volonté du maire, selon qui “il faut faire revenir les commerces de bouche.”
Le centre commercial Géric, crée en 1971 par une soixantaine de commerçants, y est pour beaucoup dans la réputation du centre-ville. Mais à en croire le maire, les choses vont changer. En poste depuis 2016, Pierre Cuny s’est lancé dans le plan d’action national “cœur de ville” main dans la main avec l’APECET, l’association des commerçants (voir notre interview en vidéo). L’État français va ainsi verser cinq milliards d’euros en 5 ans à 222 villes en France, dont Thionville. Fin septembre, un nouveau poste a même été créé: celui de manager de commerce. Le but: augmenter le nombre de résidents et donc, de commerces, puis animer le centre-ville. Si tout va bien, à l’horizon 2030, 5.000 nouveaux logements devraient sortir de terre et le nombre d’habitants devrait atteindre les 50.000 (Thionville en compte 42.000 actuellement).
Notre tour au centre-ville nous a d’ailleurs suffi pour constater à quel point l’arrivée de la Poste dans la rue piétonne était sur toutes les lèvres. “Elle arrive juste en face de chez moi, ce qui va générer beaucoup de passage. Je crois que ça représente 800 personnes en plus chaque jour qui vont arpenter le centre-ville. Plusieurs franchises sont aussi sur les locaux vacants des alentours” croit savoir Suzanne, qui tient l’épicerie Au Suz’tenté depuis deux ans. Les bureaux de la Poste devraient effectivement s’installer d’ici un an, à côté de la banque LCL. “En dehors de la pharmacie et des Capucins, tout ce qu’il y a autour de mon épicerie était déjà fermé à mon arrivée ici” raconte t-elle, mais elle reste convaincue d’avoir fait le bon choix.

Un peu plus haut dans la rue, Marie et son époux “peuvent bien vivre” car monsieur tient une autre cordonnerie dans le centre commercial à Fameck. Madame gère celle du centre-ville: “La Grande Cordonnerie rapide” installée là depuis 2014. “Dans les centre-villes, c’est compliqué... La situation s’est dégradée, on ne va pas se mentir. Il y a de moins en moins de boutiques de vêtements, donc quand les gens viennent, c’est vraiment pour des commerces spécifiques: le fromager ou le cordonnier, comme nous. Et puis, les gens voudraient que le parking soit gratuit tout le temps. C’est aussi un problème, même si la Ville fait des efforts” positive t-elle.
Si Pierre Cuny, le maire, explique qu’il s’agit d’une critique infondée (voir notre vidéo), d’autres commerçants partagent ce sentiment que trop de places sont aujourd’hui payantes. “Au Linkling, les parkings sont gratuits. Forcément, cela nous fait de l’ombre” estime ainsi Gauthier Roy, qui a ouvert son Concept Store “Le88" il y a 8 mois. “Chez moi, c’est calme de temps en temps mais ça va. Je gère ma boutique tout seul, je n’ai pas à me plaindre.”
Le discours est optimiste chez les Opticiens Pieraut, où la responsable Anaïs estime qu’après être “descendu assez bas, on est maintenant sur la pente ascendante.” “Le centre-ville commence à se redynamiser. Les frontaliers s’arrêtent chez nous pour chercher leurs lunettes le soir, en revenant de la gare. Il faut dire qu’on mène des actions sur les réseaux sociaux pour attirer les gens... Je reste confiante car le maire est un hyper-actif et la manager de ville est compétente”, estime celle qui fait par ailleurs partie du comité de l’APECET. Avec un bémol, tout de même: “Ce qui est embêtant, c’est que des marques ne veulent pas s’implanter car elles estiment qu’il y a encore trop de logements vides en ville.”
Tous ces commerçants vont être invités à se rassembler afin d’harmoniser, par exemple, leurs horaires d’ouverture. Ouvrir plus tard en semaine est envisagé. La plupart de ceux que nous avons rencontrés étaient ouverts à cette idée.