"Moi, je n'ai jamais eu l'intention de tuer"Fusillade de Villerupt : les dénégations floues de l'accusé

AFP
Au procès de la fusillade survenue à Villerupt en 2023, l'accusé continue de nier son implication directe dans l'attaque, qui a fait cinq blessés.
© Domingos Oliveira / RTL

Contestant depuis le début de son procès être l’auteur d’une fusillade ayant blessé cinq personnes près d’un point de deal en 2023 à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), Abdelkrim Bellot a affirmé jeudi qu’un autre homme était le tireur.

Jugé à Nancy, l’accusé de 40 ans avait les larmes aux yeux, en fin de matinée, lorsqu’il a été interpellé par la mère de l’une des victimes, Erwan, 22 ans. Elle avait détaillé pendant une trentaine de minutes comment la vie de la famille avait basculé dans un “cauchemar” depuis la fusillade.

Son fils, alors étudiant, jouait au foot sur “la place” centrale de la commune de 10.000 habitants quand il a été touché.

Lorsque cette mère s’adresse à l’accusé, celui-ci répond, ému, “votre peine je la comprends, elle est légitime”, disant lui-même avoir une fille encore mineure. Il continue toutefois à contester toute implication, comme depuis le début du procès mardi.

Interrogé par la cour, il explique que l’auteur de la fusillade est un mystérieux tireur “sans papiers”, qu’il avait rencontré autour d’un verre “au Luxembourg”, de l’autre côté de la frontière toute proche.

Cette personne qu’il “connaissait bien” se serait “portée volontaire” pour aller “rafaler” avec “son arme” sur la place centrale de Villerupt, gratuitement, pour rendre service à l’accusé, qui voulait se venger d’une agression qu’avait subie son frère.

“Résultat catastrophique”

Le président de la cour, Paul Hiernard, rappelle que l’accusé avait reconnu durant l’instruction être le tireur et qu’il avait donné durant ses différentes auditions “un luxe de détails”, disant par exemple qu’il avait eu “du mal à tenir l’arme”, ou en expliquant “à quelle distance” des victimes il se trouvait lorsqu’il a tiré.

“Vous avez une imagination très fertile”, commente le président. “On me le dit souvent”, répond M. Bellot. “Moi, je n’ai jamais eu l’intention de tuer”, assure-t-il. “Je voulais les tirs avec le canon vers le bas”, ce qu’il aurait bien spécifié au tireur. Mais “le résultat est catastrophique” avec cinq blessés. “C’est mon plus grand regret, ce n’était pas le résultat voulu, du tout.”

“Vous savez que vous encourez la même peine que si c’était vous qui aviez tiré ?”, soulève l’avocate générale, Sophie Partouche.

Avant les plaidoiries des avocats des parties civiles, Kenzo, la plus jeune victime de la fusillade, aujourd’hui âgé de 20 ans, a dû être transporté à l’hôpital, victime d’un malaise, “une des conséquences” de cette fusillade pour le jeune homme, qui vit désormais en fauteuil roulant, des fragments de balle dans le crâne, a souligné son conseil Me Thomas Kremser.

“Médiocrité”

Gianni, Sabrina, Erwan, Kenzo et Alexandre, les cinq victimes âgées de 20 à 32 ans, ont livré des témoignages poignants, tout en soulignant qu’ils sont tous des “victimes collatérales”.

En agissant comme cela à l’audience, “vous leur refusez le statut de victime” a dit à l’accusé Me Nicolas Braun, avocat de Sabrina et Gianni. Or, “se voir reconnaître le statut de victime, c’est une fondation de la reconstruction”.

“C’est insupportable” et cela revient à “nier la douleur” des victimes, a renchéri l’avocat d’Erwan et de ses parents, Me Pierre Amadori. “Cela témoigne de la médiocrité d’une personnalité”, selon lui.

L’accusé avait pendant toute l’instruction reconnu être l’auteur de la fusillade et l’avait expliqué par un désir de venger son frère, victime quelques jours avant d’une agression et d’une humiliation, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Sur des vidéos enregistrées en direct sur le réseau social TikTok depuis sa cellule, M. Bellot se “gargarise de son palmarès” judiciaire composé, comme le rappelle Me Kremser, de “40 mentions au casier judiciaire” pour “140 infractions”.

Après avoir vu cette humiliation, où son frère s’est fait uriner dessus, cracher dessus, avant d’être déshabillé par “une bande de jeunes” du point de deal, l’accusé a redit à l’audience que “s’ils ont fait une dinguerie, il fallait faire une dinguerie” pour “laver l’honneur de la famille”.

Accusé de “tentative d’assassinat”, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu vendredi.

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