Il y a une semaine, il s’était déjà rendu au tribunal de commerce de Val-de-Briey avec deux déléguées du personnel et “espérait avoir été convaincant”. Ce jeudi soir, il n’y a plus de doute. Le patron et les 35 salariés de la fameuse Manufacture des Émaux de Longwy ont été convaincants sur toute la ligne.
Après des mois de bataille, de stress et une vague de solidarité rare au sein de la population, ils peuvent souffler. La manufacture bicentenaire au savoir-faire unique au monde est sauvée ! Vers 16h ce jeudi, le verdict du tribunal de commerce de Val-de-Briey est tombé et a donné son feu vert au plan de continuation de la manufacture qui va pouvoir continuer à produire ses superbes émaux et... bien d’autres.
Avant de se présenter devant les journalistes impatients de savoir si le petit message du greffe était bien positif, “on a bien lu le jugement du tribunal de commerce et on s’est pris le temps de prévenir les salariés (restés dans les ateliers), chacun a pris le temps de prévenir la famille, les amis”, raconte Martin Pietri. Cette nouvelle, synonyme de délivrance, “ça fait énormément plaisir”, lâche-t-il, sans s’emballer complètement.
Martin Pietri se sent “soulagé” mais aussi “redevable de toute cette mobilisation qui a eu lieu” et sait bien que “sans toutes ces personnes tout cela n’aurait pas été possible”.
Le nouvel avenir de l’entreprise s’appuie sur “une augmentation de capital de 450.000 euros, sur la mobilisation exceptionnelle autour de la cagnotte Ulule ayant réuni plus d’un million d’euros ainsi que sur un prêt accordé par la région Grand Est”.
Cette bouffée d’argent frais va permettre d’investir dans l’outil de production et la modernisation des équipements. L’embauche de quatre à cinq nouveaux artisans est d’ores et déjà prévue.
“Nous avons maintenant les moyens d’écrire une nouvelle page de l’histoire des Émaux de Longwy et c’est ça qui est excitant”, glisse Martin Pietri. Avant de rapporter qu’”il y a maintenant une certaine impatience à passer à la suite”.

Malmenée par les crises, victime en particulier d’une flambée de sa facture énergétique consécutive à la guerre russe en Ukraine débutée le 24 février 2022, l’entreprise s’était placée en redressement judiciaire depuis septembre 2024. Cette procédure a permis de geler et remettre les dettes et d’obtenir des délais de paiement.
Le plan de continuation mis en place par le patron de l’entreprise a permis à la faïencerie de poursuivre son activité tout en rééchelonnant son endettement.
Les salariés de l’entreprise, fondée en 1798, fabriquent à la main des céramiques colorées à l’émail, uniques en leur genre. Son âge d’or remonte à l’entre-deux-guerres, aux grandes heures de l’Art déco.
En 2015, l’entreprise avait été sauvée de la liquidation en étant reprise par la société de mobilier d’art Emblem, cofondée et gérée par Martin Pietri.