Reconfinement en FranceLa fronde des maires pour les petits commerces

RTL Infos
Les maires de nombreuses villes, comme Longwy, Chalon-sur-Saône ou Colmar, ont pris vendredi des arrêtés autorisant l'ouverture des commerces non alimentaires, en contradiction avec les mesures gouvernementales de confinement.
La fronde des maires en France
Les élus et les commerçants dénoncent “le privilège accordé à la grande distribution face aux commerces de proximité” lors du reconfinement.

Ils dénoncent “le privilège accordé à la grande distribution face aux commerces de proximité” lors du reconfinement. Partout en France, des maires ont décidé de désobéir à l’Etat.
Mais plusieurs préfectures, comme celles de la Manche ou de Saône-et-Loire ont très vite demandé aux maires en question de retirer leur arrêté “illégal” car en contradiction avec le décret fixant le reconfinement.

Pour la ville et pour les commerçants de Perpignan dont la santé économique est déjà plus que dégradée, ce reconfinement est un nouveau coup dur qui pourrait s’avérer fatal pour beaucoup d’entre eux”, a déclaré le maire de la cité catalane Louis Aliot (RN), lors d’une conférence de presse.

Très dubitatif sur l’efficacité d’un confinement qualifié d’"incohérent”, il a en conséquence signé un arrêté d’ouverture des commerces non alimentaires du centre-ville à compter de mardi matin, a ajouté l’édile de cette ville de plus de 100.000 habitants, la plus importante à avoir prise ce genre de décision à ce jour.

Cette ouverture des commerces sera en vigueur “jusqu’à ce que le gouvernement revienne de façon juste et sérieuse sur l’inégalité de traitement qu’il a créé entre les petits commerces, les plates formes de vente en ligne de type Amazon et les grandes surfaces”, a affirmé M. Aliot.
D’autres villes avaient pris des arrêtés similaires un peu plus tôt dans la journée.
La fermeture des commerces de proximité non alimentaires est injuste et inéquitable et “crée une rupture d’égalité entre petits commerces et grandes et moyennes surfaces”, a expliqué Frédéric Soulier, maire LR de Brive (47.000 habitants), dans un message sur Facebook.
À Chalon-sur-Saône, le maire Gilles Platret (LR) a autorisé “la réouverture de tous les commerces de vente au détail non alimentaires pour lutter plus efficacement contre la propagation du virus”. Un arrêté qualifié “d’illégal” par la préfecture.

ÉGALITÉ DE TRAITEMENT

Selon M. Platret, “l’accumulation de clientèle, notamment aux caisses”, dans les supermarchés et hypermarchés, où se vendent également des produits non essentiels, “va automatiquement générer une situation de nature à encourager la propagation de l’épidémie, là où il faut au contraire tout mettre en oeuvre pour la ralentir”.
Des clients pouvant librement accéder à l’ensemble des petits commerces de la ville seront moins susceptibles de se contaminer”, écrit-il.

La préfecture rappelle dans un communiqué qu’un maire ne peut pas “prescrire par arrêté municipal des règles contraires à un texte de portée générale, pris par le gouvernement qui s’applique à l’ensemble du territoire”.
Des démarches semblables ont été faites à Fresnay-sur-Sarthe (3.000 habitants), Barneville-Carteret (Manche, 2.500 habitants), Décize (Nièvre, 5.000 habitants) et Malemort-sur-Corrèze (7.500 habitants) selon la presse locale. L’arrêté étant illégal, le préfet de la Manche a demandé au maire au Barneville de le retirer.

La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a estimé vendredi que les commerces de proximité contraints de fermer durant le confinement étaient “en danger de mort” malgré les aides gouvernementales.

GRÈVE DE LA FAIM

Une commerçante de prêt-à-porter de Blotzheim dans le Haut-Rhin a entamé une grève de la faim pour obtenir, sinon la “réouverture des commerces de proximité”, du moins “l’arrêt de la vente des articles non essentiels par les grandes surfaces”, a-t-elle expliqué.

© SEBASTIEN BOZON / AFP

Je porte le deuil pour mon magasin et pour tous les commerces de proximité qui ont déjà mis la clé sous la porte après le premier confinement”, a déclaré Véronique Weingarten qui a entamé son mouvement jeudi.
Gérante du seul magasin de prêt-à-porter féminin de Blotzheim, une bourgade de quelque 4.500 habitants, elle s’est vêtue symboliquement de noir.
Dans l’idéal, je veux pouvoir rouvrir notre commerce comme tous les commerces de proximité. On ne peut pas plus attraper le virus chez nous que dans une grande surface. C’est même plutôt l’inverse”, fait-elle valoir.

LE GOUVERNEMENT SOUS PRESSION

Mais le gouvernement semble sur le point de céder au moins sur une des revendications des commerçants. Le Premier ministre pourrait décider la fermeture dans les grandes surfaces “des rayons de produits qui ne sont pas de première nécessité”, a annoncé dimanche le ministre de l’Economie Bruno Le Maire sur BFMTV.

Après une journée de consultations, Jean Castex devrait effectuer “dans la soirée” cet arbitrage qui doit “rétablir l’équité” avec les petits commerces, a précisé Bruno Le Maire.
Il pourrait être, selon lui, accompagné d’un durcissement des “jauges” de clients dans les grandes surfaces, c’est-à-dire le nombre de personnes admises en même temps.

Le gouvernement pourrait également décider d’ici au 12 novembre de “rouvrir un certain nombre de commerces si la situation sanitaire le permet”, a dit M. Le Maire.
En attendant, le produit des ventes retirées chez les commerçants en “click & collect” ne “rentrera pas dans le calcul du fonds de solidarité”, a précisé le ministre.
Vous me permettrez de dénoncer au passage cette poignée de maires irresponsables qui prennent des arrêtés contraires aux décisions prises par l’Etat pour protéger la sécurité sanitaire des Français”, a poursuivi M. Le Maire.
Ces maires “pensent qu’ils soutiennent les commerçants. En réalité, ils menacent la santé des Français”, a-t-il affirmé.

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