
Le président sortant Jean Rottner (LR) est arrivé dimanche en tête de l’élection régionale en Grand Est, à l’issue d’une quadrangulaire marquée par le plus fort taux national d’abstention (69,76%) consacrant le recul du RN et l’arrivée des écologistes dans l’hémicycle régional.
Comme au premier tour, Jean Rottner se classe en tête du scrutin, accentuant son score avec 40,30% des voix selon les résultats définitifs. A la barre depuis 2017 de cette vaste région rassemblant Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne, il avait obtenu 31,15% des voix au premier tour.
Le candidat RN, Laurent Jacobelli, subit un revers cuisant, arrivant en deuxième position avec 26,30% des voix, alors que des sondages l’avaient donné vainqueur en cas de quadrangulaire. En 2015, Florian Philippot, sous l’étiquette du FN, avait recueilli 36% des votes.
A la tête d’une liste d’alliance EELV-PS-PC, Eliane Romani termine troisième avec 21,22% des suffrages, en progression de 6,6 points par rapport au premier tour. Cette orthophoniste libérale permet aux écologistes d’entrer au conseil régional du Grand Est, alors qu’ils n’avaient pas atteint le second tour il y a six ans.
La ministre déléguée à l’Insertion, Brigitte Klinkert, ex-LR et défendant une candidature “sans étiquette” soutenue par la majorité présidentielle, enregistre une progression minime de son score, avec 12,17% des voix (+1,4 points), et termine en quatrième position.
Comme au premier tour, la région Grand Est est celle où la proportion de votants est la plus faible: seuls 30,24% des électeurs se sont déplacés, une hausse insignifiante par rapport au premier tour (+0,6 points).
A l’issue d’un second tour qui l’a vu creuser l’écart avec le Rassemblement national, Jean Rottner a prudemment exprimé sa satisfaction. “Je reste modeste quand je vois l’abstention, c’est le signal d’une crise démocratique”, a-t-il estimé. Il a plaidé pour davantage de décentralisation et souhaite faire de la région “le quartier général du retour à la vie normale et de la relance”.
Au cours de sa campagne, il avait écarté toute idée d’alliance avec la liste de Brigitte Klinkert, ex-LR engagée sous les couleurs macronistes. “Ma liste du premier tour sera ma liste de second tour, la question de la fusion ne se pose pas”, avait-il martelé.
En manque de notoriété après avoir remplacé Philippe Richert, démissionnaire, à la tête du Conseil régional en 2017, cet urgentiste de formation avait gagné en stature avec la crise du Covid-19, qui l’a propulsé dans la lumière en même temps qu’un des premiers clusters était signalé à Mulhouse, dont il est originaire.
“Je suis avant tout un médecin, un médecin qui, par les hasards de la vie, a fait de la politique”, assurait pendant la campagne celui qui a exercé aux urgences pendant plus de 10 ans et qui a prêté main forte à la régulation du Samu lors de la première vague d’épidémie.
Observateur privilégié de la crise, le président de région s’est rapidement mué en lanceur d’alerte, prévenant l’Élysée de la tension hospitalière, se démenant pour récupérer des masques et des tests ou lançant un fonds de soutien aux entreprises. “Le coronavirus lui a permis de combler un déficit de notoriété, c’est évident”, analyse Sébastien Michon, sociologue et directeur de recherche au CNRS, à Strasbourg. “Il était légitime pour prendre la parole”.
“Pour avoir envie de voter ce soir, il fallait être un mercenaire”, a attaqué de son côté Laurent Jacobelli, pointant les défaillances d’organisation de l’élection. “On n’a pas reçu son bulletin de vote à la maison, on ne sait pas s’il y a un 2e tour, il n’y a pas eu de clips gouvernementaux pour inciter à voter. Ce soir, il y aura une grande perdante, c’est la démocratie”.
Eliane Romani, elle, s’est réjouie de son score après une campagne “qui a trop souvent réduit le scrutin à un face à face entre la droite et le Rassemblement national”. “Il n’en a rien été, et nous redoublerons de pugnacité dans les débats pour faire entendre nos propositions”, a-t-elle assuré.
Brigitte Klinkert n’a pas manqué de mettre en avant “l’abstention massive” et la “prime au sortant” observée dans “toutes les régions”. “Je suis aussi la seule candidate de la majorité à progresser” entre les deux tours, a-t-elle fait valoir.