
Voilà des mois que les écarts de prix à la pompe ne sont plus aussi favorables au Luxembourg en comparaison à ceux pratiqués par ses voisins. En particulier la France.
Ce jeudi, le prix moyen du sans plomb 98 est de 1,853€ en France selon carbu.com. Soit 4,1 centimes de moins qu’au Grand-Duché. Le prix du diesel n’est plus que 6 centimes plus avantageux à la pompe au Luxembourg (1,894€) par rapport au prix moyen pratiqué dans les stations lorraines. C’est quatre fois moins que l’écart auquel les frontaliers étaient habitués durant des décennies.
Depuis un mois les prix moyens de tous les carburants ont baissé de manière plus nette en France qu’au Luxembourg. Le prix moyen du diesel a chuté de 2,3 centimes en France, alors que dans le même laps de temps il a augmenté de 5,50 centimes au Luxembourg. Mercredi le diesel y a augmenté pour la cinquième fois de suite. Le prix moyen du SP 98 a chuté de 10,5 centimes en un mois en France, mais seulement de 6,70 centimes au Grand-Duché.
Pas de doute, les stations luxembourgeoises se préparent à un nouveau coup dur. Déjà moins chers en Allemagne et partiellement en France au mois de juin, les prix des carburants vont chuter nettement en Lorraine le jeudi 1er septembre, jour de l’entrée en vigueur de la super remise sur les carburants. Elle passera de 18 à 30 centimes durant deux mois pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages français. Un coup de pouce de l’État qui ne sera plus que de dix centimes en novembre et décembre.
Sans oublier que l’effort supplémentaire annoncé par TotalEnergies (-20 centimes) fera chuter le prix du carburant à 1,50€ le litre dans certaines stations entre septembre et novembre.
À l’instar de son voisin allemand, le Luxembourg mettra fin le 31 août à la remise de 7,5 centimes par litre de carburants appliquée depuis le 13 avril et prolongée ce mois d’août in extremis par le gouvernement.
De sorte qu’”on aura une différence de plus ou moins 20 centimes par litre. Le carburant sera clairement moins cher en France qu’ici au Luxembourg”, relève Romain Hoffmann, président du groupement pétrolier luxembourgeois. Pas de doute à ses yeux: “Il est certain que des Luxembourgeois iront faire leur plein en Lorraine”. Payer 10€ de plus sur un plein de 50 litres fera évidemment réfléchir les automobilistes.
“La situation n’est pas bonne pour les pompistes situés à la frontière française”, sait bien Mike Schmitt, président de la fédération des exploitants des stations-service. Il sait déjà que “les ventes vont sûrement diminuer de façon considérable” et regrette que l’”Union européenne n’ait pas trouvé de solution commune”.
Suite à la baisse des prix intervenue en Allemagne au 1er juin (-30 centimes par litre sur l’essence, -14 centimes par litre sur le diesel), “l’impact était déjà de plus de 10% sur les ventes de carburants au Luxembourg”, rappelle Romain Hoffmann. Cette nouvelle secousse devrait “encore accentuer la perte de volumes” pour les stations-service, mais “le plus perdant sera l’État luxembourgeois”, glisse le patron des pétroliers.
Durant l’épisode de juin, l’”État a perdu en moyenne plus de 40 centimes par litre non vendu, sans parler des 17% de TVA” qui ne sont pas encaissés non plus. Même s’il reconnaît que la remise de 7,5 centimes “est une mesure qui n’a pas de sens”, “au niveau concurrentiel, le Luxembourg doit toujours s’adapter à ce que font ses voisins”. Romain Hoffmann estime que le gouvernement devrait “au moins prolonger la ristourne jusqu’à ce que l’État français mette fin à sa subvention, c’est-à-dire jusqu’à la fin de l’année”.
Mercredi, une semaine avant l’échéance, le CSV, principal parti d’opposition, est monté au créneau et a lancé aux décideurs gouvernementaux via Twitter: “Prolongez la remise sur le carburant! Maintenant! Ou les gens devront-ils bientôt se rendre à Longwy pour faire le plein?”
Ce jeudi démarrent les discussions bilatérales entre le gouvernement et les partenaires sociaux en vue de la future tripartite qui doit porter sur le pouvoir d’achat. Il s’agit de “connaître leur point de vue sur la situation du moment et de préparer déjà le dialogue social cet automne”, avait annoncé le Premier ministre Xavier Bettel via Twitter, il y a peu.
Face aux prix des énergies qui flambent, des prix des aliments et des taux d’intérêt, le renforcement du pouvoir d’achat est le cheval de bataille des syndicats OGBL et LCGB. L’Union luxembourgeoise des consommateurs (ULC) demande au gouvernement d’augmenter l’aide sur les carburants de 7 à 15 centimes par litre.
François Bausch, vice-Premier ministre et ministre de la Mobilité reste d’avis que la remise sur le carburant est socialement injuste, car ce sont surtout les personnes possédant des voitures puissantes qui en bénéficient. Il plaide pour la création d’un chèque énergie.
L’idée “n’a pas encore été discutée au sein du gouvernement”, mais François Bausch “pense personnellement” que le chèque énergie permet d’ “échelonner de manière très ciblée. On peut définir une aide substantielle en fonction de la catégorie salariale. Les catégories salariales les plus élevées en seront privées. Car je suis d’avis que les épaules les plus larges doivent être capables de porter davantage et que nous devons aider ceux, et il y en a beaucoup au sein de notre société, qui vont moins bien” a-t-il expliqué au micro de RTL.