Les experts en technologie et en neurosciences affirment en effet que la réponse n’est pas simple. L’IA n’affaiblit pas la pensée en soi, mais son utilisation peut influencer les capacités cognitives.
Les outils d’IA sont conçus pour soutenir les tâches cognitives, et non pour les remplacer. Ces systèmes fonctionnent comme une “extension” de l’esprit. Lorsqu’ils sont utilisés de manière active, par exemple pour apprendre, réviser des idées ou explorer différentes perspectives, ces outils peuvent même améliorer le raisonnement et la productivité.
Le problème survient lorsque la technologie commence à remplacer complètement l’effort mental. Certains experts appellent ce phénomène “externalisation cognitive”.
Cela peut conduire à un moindre effort pour résoudre des problèmes, à une dépendance vis-à-vis de réponses toutes faites, à une diminution de la pratique du raisonnement critique et à une moins bonne mémorisation des informations. Les recherches en psychologie cognitive indiquent que le cerveau fonctionne comme un muscle : moins on l’exerce, plus certaines capacités peuvent s’affaiblir avec le temps.
L’autre effet pervers de l’IA est qu’elle crée un nouveau type de charge mentale. De nombreux utilisateurs intensifs de l’IA font état de saturation ou de fatigue malgré les promesses de l’outil.
Les consultants du cabinet Boston Consulting Group ont donné un nom au phénomène, le “AI brain fry”, le cerveau cuit par l’IA, traduisez “la fatigue mentale liée à l’utilisation ou la supervision excessives d’outils d’intelligence artificielle, au-delà de nos capacités cognitives”.

L’IA est à la fois un poison ou un remède, selon ce que vous en faites. L’IA peut rendre “bête” si elle est utilisée passivement, entraînant une atrophie cognitive (dette cognitive) et une baisse de l’esprit critique, selon une étude du MIT (Massachusetts Institute of Technology).
L’usage abusif de l’IA pour rédiger, penser ou analyser à notre place réduit l’exercice de nos propres capacités cognitives. C’est un peu similaire à l’effet de l’amnésie numérique du GPS. À force de l’utiliser, vous n’exercez plus votre mémoire et vous perdez à terme une capacité à vous conduire seul.
L’IA n’est donc pas intrinsèquement nocive, mais elle agit comme un catalyseur de paresse intellectuelle si l’on délègue la pensée. En résumé, penser avec l’IA peut nous rendre plus intelligent, mais penser par l’IA risque de nous rendre plus bête en atrophiant nos capacités cérébrales.