
"Est-ce qu'on voit l'étiquette de mon caleçon depuis tout à l'heure ? Faut me le dire, ces choses-là !", sermonne gentiment Miki devant le public des Francofolies venu l'applaudir dimanche soir.
En première partie d'Orelsan, la chanteuse de 27 ans vit à La Rochelle une découverte, mais ni la canicule et son vent brûlant, ni la grande fosse entre tribunes et remparts ne semblent l'impressionner.
"J'avais un peu d'appréhension par rapport à d'autres festivals parce que celui-ci regroupe énormément de professionnels de l'industrie de la musique", confie-t-elle pourtant à l'AFP après sa performance.

"Les gens sont pas là pour s'ambiancer avec toi, ils sont un peu là pour observer, juger, savoir si on va parier sur toi... Et moi ce genre d'ambiance, ça me met un peu la rage", sourit l'autrice-compositrice-interprète à la frange rebelle, qui fera son premier Zénith de Paris en novembre.
Miki a créé la sensation en 2024 avec ses sons électro-pop, ses clips artisanaux et sa voix modulée. Sorti en octobre 2025, son premier album s'intitule "industry plant" (équivalent de produit marketing, en français), un pied de nez aux critiques sur son supposé formatage.
Or elle propose tout l'inverse: l'artiste signée sur le jeune label parisien Structure met en musique ses observations, ses fêlures et ses fantasmes dans un mélange désarmant de spontanéité et de provocation.
"Y a des bots qui font tout à notre place / A part tirer un coup quand on a rien à faire", chante cette digne représentante de la Gen Z dans "ça pik un peu quand même", métaphore de la "friendzone", ce banc de touche amical sur lequel sont relégués les soupirants.
"J'essaie d'écrire tous les jours, et la plupart du temps j'écris rien de bien", balaie Miki, qui voit dans sa récente ascension le résultat d'un "travail non-stop" et de nombreuses collaborations. Elle s'est notamment adjoint les services du producteur Tristan Salvati, artisan de certains tubes de Louane et Angèle.
Parfois, "je me rends compte quelques mois plus tard que cette phrase-là, elle veut dire énormément de choses", remarque-t-elle, estimant être davantage "en mode journal intime" que poésie.
Loin de ses débuts dans sa chambre, en 2020, à poster sur internet une chanson qu'elle a depuis effacée des plateformes, cette fille de mélomanes ayant grandi au Luxembourg est désormais entourée d'une équipe - "une famille" à ses yeux - d'une dizaine de personnes.
Née d'un père français et d'une mère coréenne, Miki (Mikaela Duplay de son vrai nom) est née à Nice, mais a vécu seize ans à Luxembourg dans le quartier Belair. Après avoir commencé le violon, elle s'est mise au piano et a passé dix ans au conservatoire, avant de partir pour Londres et faire des études de cinéma.
Miki était de retour au Luxembourg il y a peu, puisqu'elle était sur la scène des Francofolies en juin à Esch-sur-Alzette. Le festival avait attiré 45.000 personnes entre les 11 et 13 juin.
En festival, elle propose une performance scénique alliant un combo synthé-guitare-batterie, une création visuelle et même un scorpion géant gonflable sur scène.

Juchée sur un îlot au milieu de la foule elle lance, sur "particule", les spectateurs dans une ronde effrénée, clin d'œil au clip de ce morceau mais aussi au "circle pit", une danse propre aux sphères punk et metal.
"Je suis tombée sur des vidéos de Shaka Ponk qui fait ça et ils nous ont prêté leur cube. Frah (membre du groupe de rock aujourd'hui dissous, NDLR) m'a dit "vas-y Miki prends le cube, ça va être beaucoup plus pratique" ", raconte-t-elle.
Après environ une heure de concert intense, Miki ne s'éternise pas.
D'autres lieux l'attendent cet été: Delta festival, Cabaret vert, Rock en Seine... Mais pas question de prendre le melon: "J'ai toujours l'impression, dans tout ce que je fais, que je suis encore vraiment à l'état débutant, débutant, débutant", estime cette perfectionniste.