
Il y a exactement 80 ans aujourd’hui, l’Allemagne nazie capitulait, mettant fin à la Seconde Guerre mondiale, du moins en Europe. Au Luxembourg, les hostilités avaient définitivement pris fin à la mi-février avec la libération de Vianden. Mais même après la capitulation de l’Allemagne, le chapitre de la Seconde Guerre mondiale était loin d’être terminé au Grand-Duché, car la reconstruction allait s’éterniser jusqu’aux années 50. Le fait est moins connu, mais les prisonniers de guerre allemands y ont joué un rôle important. Certains d’entre eux étaient détenus dans ces mêmes camps où des Luxembourgeois avaient été internés auparavant.
Le Luxembourg avait en fait déjà été libéré par les Alliés en septembre 1944, mais pendant l’offensive allemande des Ardennes, l’est et le nord du pays furent à nouveau durement touchés de la mi-décembre 1944 à la fin janvier 1945. Plusieurs villages furent presque entièrement détruits. Non seulement à cause de cela, mais aussi parce qu’il y avait une pénurie massive d’ouvriers agricoles, l’idée est venue d’avoir recours aux prisonniers de guerre allemands, comme l’explique Benoît Niederkorn, directeur du Musée national d’Histoire militaire:
“Car leur nombre était passé de plus de 2.500 à 150 pendant la guerre. Et Nicolas Margue, alors ministre de l’Agriculture, y a réfléchi et a écrit une lettre en mai, disant: ‘Je pense que la meilleure idée serait que nous demandions aux Américains de recevoir des prisonniers de guerre’. La demande a ensuite été transmise au chef du Haut Commandement allié, qui a finalement accepté la demande. Et où sont-ils allés chercher leurs prisonniers de guerre? En fait, directement dans les départements français voisins, où se trouvaient des camps de transit pour un grand nombre de soldats allemands faits prisonniers de guerre au cours des derniers mois.”
Début 1946, environ 4.500 prisonniers de guerre allemands se trouvaient sur le territoire luxembourgeois. Au départ, ils étaient principalement emprisonnés dans des camps, dont le plus grand se trouvait à Moutfort et un autre à Ettelbruck. L’armée n’ayant pas les moyens de surveiller tous ces prisonniers, beaucoup furent hébergés dans les fermes où ils devaient travailler. C’est de là, mais aussi des camps qu’un certain nombre d’Allemands ont réussi à s’échapper.
Les camps dits RAD, que les Allemands dirigeaient au Grand-Duché pendant l’occupation, étaient un peu plus strictement gardés. RAD pour “Reichsarbeitsdienst”, le service de travail du Reich, une mesure qui ciblait les jeunes hommes et femmes âgés de 18 à 25 ans. L’objectif principal était de les sensibiliser à l’idéologie nazie.
“Et il ne s’agissait pas seulement de les éduquer avec des livres et des cours magistraux, mais aussi de véritablement les endoctriner dans la dynamique de groupe, y compris par des activités sportives. Car nous le voyons aussi d’un bout à l’autre de l’idéologie nazie: tu ne peux renforcer ou endurcir ton corps, comme ils le disaient, que si tu le fais en groupe et si tu suis un programme strict du matin au soir.”
L’un des camps RAD se trouvait à Schrassig. La particularité de ce camp est qu’après la fin de la guerre, d’abord des collaborateurs luxembourgeois, puis des prisonniers de guerre allemands y ont été emprisonnés. Mais en plus, à partir de la mi-46, le site est utilisé par l’armée luxembourgeoise.
“Le premier bataillon, constitué en 1945, n’était pas seulement stationné au château de Walferdange, comme certains s’en souviennent encore, là où se trouve aujourd’hui l’IFEN, l’Institut de formation de l’Education nationale, mais [l’armée] avait aussi ici une caserne, qui abritait tellement de monde avec toute la flotte de véhicules, qui allait des chenillettes, ces véhicules motorisés de combat équipés de chenilles, aux voitures, tout était stocké là.”
Il fallut en effet encore un certain temps avant que la caserne de Bitburg soit remise en état. Le camp de Schrassig fut définitivement abandonné courant 1947. Parce qu’ils pouvaient être facilement remontés dans un autre endroit grâce à leur construction modulaire, les baraquements furent démontés et connurent une seconde vie à travers tout le pays. L’un est par exemple allé à Diekirch, où il a été utilisé comme chalet pour les scouts, un autre a fini à Senningerberg et a été intégré à la nouvelle chapelle Loretto.
Il subsiste toujours aujourd’hui des vestiges du camp à Schrassig. En entrant dans la localité depuis Schuttrange, vous trouverez à l’entrée de la forêt, côté droit, des dalles en béton de la caserne, un petit escalier a même été conservé. La commune de Schuttrange a installé des panneaux d’information à cet endroit.