
Ceux qui sont passés par là savent qu'obtenir une place dans une crèche publique n'a rien d'un jeu d'enfant au Luxembourg. C'est d'ailleurs souvent la course. Certains parents s'y prennent très tôt et n'attendent même pas de savoir si la grossesse arrivera à terme, de peur de se retrouver sans solution lorsqu'il faudra reprendre le travail.
C'est le cas de Mathieu et Julie (prénoms d'emprunt) qui ont fait les frais d'un système manifestement perfectible. Ils vivent dans un quartier appartenant à la commune de Luxembourg avec leur fille en bas âge et n'ont pas attendu longtemps avant d'introduire une demande auprès de l'administration communale.
"Le Service Crèches savait que ma femme était enceinte avant ma famille", nous raconte le père de famille, courrier officiel à l'appui. Dans cette correspondance, la Ville de Luxembourg notifie le couple qu'il est "actuellement impossible de faire droit" à leur demande de préinscription à la crèche. Ils sont néanmoins placés sur une liste d'attente. C'est le début d'une longue et infructueuse attente pour le couple.
Pour ne pas être évincés de la liste d'attente, ils sont priés de contacter le "Service Crèches" de la VDL tous les trois mois, ce qu'ils affirment avoir fait religieusement. "On a été naïfs, on a pensé que vu qu'on s'y était pris très tôt, on aurait une place dans une crèche publique", se lamente la mère de famille. Elle était loin de s'imaginer la tournure que prendraient les événements.
Les mois passent, leur enfant naît et le couple s'arrange pour être aux côtés de leur fille aussi longtemps que possible. Julie réussit à combiner congé maternité, congé parental et congés réguliers pour l'accompagner jusqu'à l'âge d'un an, dans l'espoir qu'une place se libère dans une des 6 crèches publiques de la capitale.
Malheureusement, rien ne va pas se passer comme prévu. Deux mois avant la fin des congés de Julie, le couple n'a toujours pas de nouvelles du Service Crèches de la Ville de Luxembourg. "On était désespérés", témoigne Mathieu qui, à ce stade, n'a plus d'autre choix que de faire appel à des crèches privées.
Ils paient donc un acompte de 500 euros et placent leur fille dans un établissement qui leur coûte aujourd'hui 1.500 euros par mois, "après déduction des chèques-service". L'équivalent d'un loyer dans une grande partie des communes environnantes de la capitale. Une mensualité qui aurait vraisemblablement été divisée par deux s'ils avaient obtenu une place dans une crèche publique.
Et ça ne s'arrête pas là. En effet, il faut savoir qu'au Luxembourg, une grande partie des crèches privées imposent une mensualité fixe, indépendamment des congés ou du nombre d'heures de garde. Concrètement, cela veut dire que vous payez même lorsque votre enfant n'est pas gardé.
Ce n'est pas le cas dans le secteur public où "on paie les heures prestées", comme nous l'explique la responsable d'une crèche publique dans l'est du pays. Dans le privé, "ils savent qu'on n'a pas le choix. C'est un contrat de 60 heures (de garde) par semaine ou rien", commente le père de famille.
Cela fait maintenant plus de 18 mois que leur fille figure sur les listes d'attente de la VDL mais cela n'a plus d'importance. Mathieu et Julie ont fait une croix sur les crèches publiques. Ils puisent pourtant dans leurs réserves pour payer l'établissement privé qui garde leur fille.
Le père de famille explique cette décision: "On a un préavis de 3 mois dans la crèche actuelle. Ça nous coûterait donc 4.500 euros de la replacer dans une crèche publique. Et c'est sans parler du fait que ma fille s'est habituée à son environnement, ses éducateurs, ses amis."
Le couple est déçu et fustige le manque de suivi de la part des administrations compétentes. "On nous a laissés dans le flou pendant des mois. Il n'y a absolument aucun accompagnement ou suivi pour les jeunes parents", commente Julie.
Si aujourd'hui, ils ne se trouvent pas dans une situation financière précaire, c'est parce qu'ils ont été prévoyants en faisant des réserves. Pour autant, ils ont dû faire des sacrifices. "On voulait rembourser une partie de notre crédit immobilier qui est à taux variable mais là, ce ne sera pas possible", regrette Mathieu.
Un problème connu au sein de l'administration de la Ville de Luxembourg. "La Ville de Luxembourg a connaissance de la situation", nous écrit un responsable communication de la VDL. Christopher Probst nous confirme que 655 enfants figurent actuellement sur la liste d'attente.
Un problème qui ne risque pas de disparaître puisque les six crèches municipales de la Ville de Luxembourg ne peuvent accueillir que 416 enfants. M. Probst nous assure que malgré la longueur "considérable" de la liste d'attente, les délais pour obtenir une place sont "très variables".
Dans ce contexte, il souligne "les efforts continus" qui sont réalisés dans la capitale pour "augmenter le nombre de places disponibles". Le responsable communication évoque notamment la construction de nouvelles infrastructures telles que celle qui doit voir le jour dans le quartier Cents. Elle affichera une capacité d'accueil de 81 enfants.
Le problème, c'est que le chantier est au point mort. En effet, le chantier aurait dû s'achever en décembre 2022. 13 mois plus tard, la crèche n'est toujours pas en mesure de lancer ses activités. Une situation d'autant plus exaspérante pour les parents du quartier qui comptaient sur l'ouverture de cette crèche pour faire garder leurs enfants.
Dans l'absolu, la Ville de Luxembourg recommande aux parents concernés de "s'inscrire le plus rapidement possible" sur la liste d'attente du Services Crèches. Une recommandation qui ne règle pas le problème de disponibilité au sein des crèches d'une capitale qui a vu sa démographie exploser ces dernières années.
Faute de solution, les nouveaux parents n'auront qu'à espérer de ne pas vivre la même mésaventure que Mathieu et Julie. "Ils feront comme tout le monde et inscriront leur enfant sur les listes d'attente de plusieurs crèches privées, bloquant éventuellement l'accès à celles-ci pour d'autres enfants", conclut Mathieu.