Paulette Lenert, tête de liste socialiste, et Xavier Bettel, candidat du DP pour les élections législatives se sont retrouvés face à face ce mardi sur RTL Radio. Au programme: la future coalition, les impôts et la réduction du temps de travail.

Ni l'un, ni l'autre n'a pris le risque de trancher la question-clé que se posent nombre d'électeurs à moins de deux semaines des élections législatives du 8 octobre: La coalition DP-LSAP-Les Verts - au gouvernement depuis dix ans - pourrait-elle être reconduite dans l'hypothèse d'une majorité à la sortie des urnes? Toute réponse pouvant donner un indice sur l'entente réelle entre les trois partis au terme d'une seconde législature plus bousculée.

Claude Wiseler, coprésident du CSV, "n'a pas raison" quand il dit que "si l'actuelle majorité (DP-LSAP-Les Verts) devait conserver 31 sièges, alors elle se continuera tout simplement", a posé clairement la tête de liste du DP, Xavier Bettel. Car "ce n'est pas un programme de poursuivre simplement à trois. Il est question de contenus (de programmes électoraux), de ce que l'on veut faire". Xavier Bettel rétorque et constate que "le but principal du CSV - qui est politiquement passé à l'arrière-plan - est de dire: "Nous voulons à tout prix revenir au gouvernement".

"Je ne suis marié avec personne, à part avec mon mari", répond clairement Xavier Bettel au CSV en insistant que "c'est le fond" qui l'intéresse et "ce qu'il sera possible de réaliser avec un partenaire de coalition, si on sort renforcé de ces élections".

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Poursuive à trois quoi qu'il advienne "n'est pas une réalité", confirme pour sa part la tête de liste des socialistes, Paulette Lenert. Au contraire, "nous abordons ces élections avec une posture d'ouverture. Ce qui importe ce sont les contenus". Elle avoue "avoir un problème quand la première priorité est de vouloir casser quelque chose qui existe". Le LSAP ne se fixe pas de limite: "Nous n'avons de raison de dire que nous ne voulons en aucun cas poursuivre au sein de cette coalition", comme "de jeter les dés d'avance". Car "c'est à l'électeur de parler et il faudra voir ce qui est possible".

Et si Paulette Lenert devenait la première femme Première ministre au Luxembourg? "Avoir pour la première fois une femme à la tête du pays serait intéressant pour le pays, mais ça ne doit pas être ce qui est le plus crucial", sourit Paulette Lenert. "Je me présente avec une équipe, avec un programme et dans un premier temps ce qui compte, c'est de convaincre".

Moins d'impôt avec un revenu brut mensuel de presque 12.000 euros

"Si 80% des électeurs disent: "Nous voulons décider comment ça se poursuit"" (en référence à la question de la limitation à dix ans d'un mandat gouvernemental lors du référendum du 7 juin 2015), alors rien ne m'empêche de me présenter", d'autant que "j'ai l'énergie, l'envie et la motivation", lance Xavier Bettel tout en rappelant la législature était très compliquée (pandémie, crise énergétique, inflation). Mais "le 8, les gens dirons s'il veulent encore du Bettel ou pas".

L'enjeu pour Xavier Bettel est de "continuer à pouvoir renforcer le pouvoir d'achat des gens aussi loin que possible dans la classe moyenne" de "leur donner du temps" pour un meilleur équilibre entre vie professionnelle et familiale, mais aussi de parvenir à une "offensive historique dans la construction de logements".  Xavier Bettel verrait comme "dramatique" une politique familiale qui "affaiblirait davantage encore les plus faibles". À ses yeux, il faut œuvrer pour la compétitivité du pays car "la moitié du budget (de l'État) est un budget social et ces sommes doivent à nouveau rentrer".

Sur ce point, le LSAP est fondamentalement d'accord, déclare Paulette Lenert. Mais une réduction du temps de travail doit être discutée, en termes de compétitivité, dans le dialogue social, avec tous les acteurs.

Le LSAP "a fait des propositions très concrètes pour alléger fiscalement les gens de la classe moyenne  jusqu'à la classe moyenne supérieure. Les gens avec un revenu brut mensuel de presque 12.000 euros paieront moins d'impôts. Quelqu'un qui gagne 4.000 euros brut paiera 173 euros d'impôts en moins. Tandis que quelqu'un qui gagne 15.000 à 16.000 euros, paiera environ le même montant en plus", a rappelé Paulette Lenert.

"On ne doit pas promettre quelque chose aux gens qu'on ne peut pas financer", balance Bettel. Mais dans le programme du DP, "il n'y a pas de propositions concrètes, et pour cela c'est très compliqué de débattre avec vous", lui rétorque Paulette Lenert. "Si. l'individualisation. Car il ne se peut pas qu'en divorçant ou en devenant veuve on paie davantage d'impôts comme c'est le cas aujourd'hui. Et l'adaptation du barème fiscal, comme nous l'avons fait pour 2024", répond Xavier Bettel.

Xavier Bettel: "Travailler moins et gagner plus, ça ne fonctionne pas"

Le pays doit rester compétitif et "nous avons besoin de main-d'œuvre étrangère," mais "ce que les gens regarderont à l'avenir, c'est comment je peux travailler? Que me propose-t-on? Comment puis-je vivre dans ce pays? Et "le facteur "temps" est plus important pour les gens que par le passé", résume Paulette Lenert.

La semaine de 38 heures "est une tendance" aux yeux des socialistes, "et nous voulons nous engager pour l'imposer. Mais de façon conciliante, en regardant dans quel secteur ça fonctionne ou pas".

Juste avant les élections "le LSAP fait toujours un virage à gauche", taquine Xavier Bettel. Mais "travailler moins et gagner plus, ça ne fonctionne pas", d'autant que "nous sommes dans une situation économique qui n'est pas stable" et "pour le moment nous avons un souci de compétitivité: des entreprises quittent le Luxembourg".

L'entrepreneur qui pense que c'est plus attractif "peut le faire", lance Xavier Bettel, an parlant de la semaine de 38 heures. Mais pas question de l'imposer d'en haut. Il prône une "flexibilisation" du travail, mais rien qui soit rigide.

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