
Quant à la relève, 30% des étudiants en médecine luxembourgeois ne reviendraient pas au Grand-Duché, après leur formation à l’étranger, selon un avis de la Chambre des Salariés sur l’exercice de professions médicales daté de décembre 2021.
Le docteur Theisen est pédiatre depuis 60 ans. Même en cette fin d’été, sa salle d’attente est bien remplie. Le docteur Theisen ne pense pas à la retraite. Il n’en va cependant pas de même pour de nombreux autres médecins au Luxembourg. La moitié d’entre eux sont en effet âgés de plus de 53 ans. Les mentalités ont aussi énormément changé, selon la pédiatre. Pendant 40 ans, elle a été disponible jour et nuit. Aujourd’hui, les visites à domicile sont devenues une exception.
Généralement, on considère que pour deux médecins qui prennent leur retraite, il faudrait trois jeunes professionnels qui débutent. Simon Van Hauwermeiren n’est pas encore l’un d’entre eux. Après ses études en Belgique, il exerce maintenant en Suisse. Le généraliste trouve intéressant d’acquérir de l’expérience à l’étranger. S’il n’exclut pas de revenir un jour au Luxembourg, il a constaté chez nombre de ses amis étudiants qu’il est fréquent que ceux-ci restent dans le pays où ils ont poursuivi leurs études. Que ce soit parce qu’ils y ont rencontré une compagne ou un compagnon, ou qu’ils s’y sont implantés après un stage. Pour le docteur Van Hauwermeiren, le fait est aussi que les étudiants en médecine effectuent leur stage dans le pays où ils étudient et par conséquent, ils ne connaissent absolument pas le système luxembourgeois.
D’où l’idée des responsables politiques de proposer une formation en médecine au Luxembourg. Il est ainsi possible depuis 2020 d’effectuer un bachelor à l’Université du Luxembourg. Cet été, 13 premiers étudiants et étudiantes ont terminé leur bachelor en médecine générale au Grand-Duché. Un master est dans les tuyaux, mais est-ce la solution? Pour le Docteur Van Hauwermeiren, ce serait une bonne chose. Mais il note aussi qu’à son époque, le stage était moins bien rémunéré au Luxembourg qu’en Belgique. Il y a toutefois eu une adaptation depuis, selon le jeune généraliste. Mais en général, les jeunes sont très préoccupés par la situation en matière de logement, à cause des prix élevés de l’immobilier. Ce point entre aussi en ligne de compte quand il s’agit de faire un choix entre revenir s’installer au Luxembourg ou rester dans le pays de ses études.
Pour le docteur Theisen, il faut davantage promouvoir la profession en général. Une formation universitaire au Luxembourg n’est pas la solution à elle seule. La pédiatre considère aussi qu’il ne faudrait pas offrir une formation complète au Grand-Duché, car une expérience à l’étranger constitue toujours un avantage. Et le Luxembourg est trop petit pour offrir toutes les spécialisations.
Des adaptations pourraient éventuellement être apportées au système. Les exigences en matière de notes pourraient être reconsidérées afin de permettre à davantage de personnes intéressées de suivre la formation.
Il existe un certain nombre de leviers qui peuvent être actionnés. En tout cas, il faut entreprendre quelque-chose pour lutter contre la pénurie de médecins.