LogementConstruire moins cher: c'est possible, même au Luxembourg

Gaël Arellano
Peut-on construire moins cher? Est-ce également possible au Luxembourg? Entretien avec deux architectes qui ont contribué à la construction de projets tels que Wooden (Leudelange), Roots (Luxembourg) ou encore Livingstone (Luxembourg). Pour eux, réduire les coûts de construction n'est pas de l'ordre de l'impossible.
Construire moins cher, c'est possible
Journaliste: Gaël Arellano
Montage: Jérôme Didelot

Le Luxembourg se confronte depuis trois ans à une crise du logement sans précédent. Une crise trouvant son origine dans le déséquilibre structurel entre offre et demande qui existe depuis des décennies sur le marché immobilier. Une demande forte et une offre trop restreinte qui a fait grimper les prix jusqu’à atteindre un point de bascule, à la fin de l’année 2022, avec la hausse des taux d’intérêt. La demande qui subsistait encore s’est alors évanouie du jour au lendemain.

Trois ans plus tard, l’heure est (enfin) à la remise en question. Du côté du gouvernement, on revoit la législation, les aides et même le modèle de construction. Sur le terrain, on cherche des solutions concrètes pour réduire les coûts. D’autant plus alors que la situation géopolitique menace, une nouvelle fois, de faire grimper les prix de l’énergie et de la construction. Dans ce contexte, Christoph Lang, architecte et senior partner chez Artbuild, insiste sur le fait qu’on “ne peut pas revenir en arrière”.

Il s’agit désormais de trouver des solutions concrètes afin de relancer la construction de logements sur un marché qui en a cruellement besoin. Tout le secteur doit se réinventer”, affirme-t-il avant d’évoquer des pistes dont le Luxembourg ne voulait rien entendre il y a à peine dix ans. “Le foncier est trop cher, il faut donc construire plus haut. Il faut densifier les centres-villes, rehausser les bâtiments (même historiques) et repenser la manière d’exploiter l’espace”, défend l’architecte.

Christoph Lang fait remarquer que les seules tours de logements installées au cœur de la capitale sont celles qui se situent place de l’Europe. À la question de la sensibilité des résidents et surtout des communes à ce genre de constructions, il admet “ne pas savoir” d’où elle vient. On sait, via d’autres sources, que certaines communes craignent ce qui accompagne généralement la densification: infrastructures insuffisantes, manque de places dans les écoles et les crèches, réseaux routiers pas adaptés.

Mais l’urgence de la situation sur le marché et surtout dans le secteur de la construction pourrait forcer la main aux décideurs récalcitrants. Car la crise du logement a sévèrement remis en question l’attractivité du Luxembourg. Et alors même que les prix de construction risquent d’augmenter, le Grand-Duché se doit d’innover ou, au moins, d’avoir recours à des solutions moins populaires mais efficaces. On voit d’ailleurs que les a priori sur certains modes de construction commencent à s’effacer.

Le bois et la construction hors site

Au Luxembourg comme ailleurs, des entreprises ont recours au bois pour construire de grands immeubles. Wooden à Leudelange en est un bel exemple luxembourgeois. Claire Bonnaventure, architecte et directrice associée chez Artbuild, ne doute pas une seconde de la place du bois dans le secteur de la construction. “À l’époque, on avait souvent recours à l’analogie des trois petits cochons (avec les maisons en paille, en bois et en brique). Il a fallu que le bois s’impose comme étant tout aussi efficace pour que ces a priori disparaissent”, explique-t-elle.

L’architecte fait le parallèle avec la construction hors site, qui présente des avantages évidents. Jadis on parlait de préfabriqué, avec toutes les connotations que cela impliquait. “On peut réduire les temps de chantier et travailler sur des sites moins accessibles en préfabriquant tout ou une partie du bâtiment ailleurs. Ça nous permet, par ailleurs, de mieux contrôler l’objet construit et surtout de le fabriquer dans des conditions idéales. Et c’est sans parler des avantages pour les ouvriers auxquels on peut garantir des conditions de travail beaucoup plus favorables. Ça rend également ces métiers plus accessibles aux femmes”, souligne-t-elle.

En bref, la construction devient plus prévisible, prend moins de temps et coûte donc moins cher. Claire Bonnaventure est spécialisée dans le tertiaire, c’est-à-dire, la conception et l’aménagement d’espaces de bureaux, de commerces et autres. Néanmoins, elle affirme que “les savoirs du tertiaire s’étendent de plus en plus au logement. “On va revoir la manière d’occuper les espaces, réduire les surfaces sans nécessairement tomber dans une densité atroce”, rassure-t-elle.

“Le logement est en train de vivre cette transformation”, déclare-t-elle avec assurance. En effet, une des pistes les plus souvent mentionnées lorsqu’on parle de la crise, c’est la taille moyenne des logements. Expliqué brièvement, cela donne: les résidents du Grand-Duché vivent à trop peu dans des espaces trop grands. Une problématique qui peut être résolue en construisant moins grand, plus haut et surtout moins cher.

Les solutions sont là, mais le Luxembourg est-il prêt à y avoir recours?

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