Démographie galopante, logements, précarité...Quels sont les grands enjeux des élections communales à Esch ?

Maurice Fick
Quelles sont les préoccupations de la rue? Les grands défis de demain? Et quelle confrontation majeure se joue politiquement? Pour tout comprendre, voici les grands enjeux des élections communales à Esch-sur-Alzette.
"On ne peut plus se promener tranquille"
Nous sommes allés à la rencontre des habitants d'Esch-sur-Alzette à l'approche d'élections communales aux multiples enjeux.

Marquée par 130 années d'industrie lourde, la Métropole du fer continue sa mue et doit se réinventer un avenir. La deuxième ville du pays fait face à une explosion démographique, prévoit d'immenses projets de construction de logements, mais dans la rue, les Eschois disent simplement leurs préoccupations premières. Ils parlent de sécurité, de déplacements et bien sûr de logements qui font défaut.

À Esch-sur-Alzette la population va grimper de 37.000 habitants à "50.000, voire 55.000 habitants", estime le bourgmestre Georges Mischo (CSV). Et pour cause, Esch est sur le point d'"exploser" démographiquement.

© Domingos Oliveira / RTL

Le grand défi de la future coalition sera, tout comme dans la capitale, de créer des logements abordables. Mais aussi tous les réseaux souterrains, les infrastructures scolaires, sportives, culturelles et récréatives qui accompagnent cette urbanisation galopante.

Au sud, à la frontière française, la Ville est en train de développer la friche "Roud Lëns" ou "Lentille Terres Rouges". Le quartier accueillera 3.500 nouveaux habitants à l'horizon 2027. À l'Est, l'immense usine désaffectée de l'Arbed Esch-Schifflange dont les 63 hectares se trouvent à 91% sur les terres eschoises, sera créé le tout nouveau quartier à usage mixte "Metzeschmelz". Il accueillera 10.000 nouveaux habitants d'ici 2035. L'équivalent, à la louche, d'une commune comme Bettembourg!

Le nouveau quartier de la
Le nouveau quartier de la
© Domingos Oliveira / RTL

Dans un horizon plus lointain, au-delà de vingt ans, Esch pourra encore "pousser" du côté du "Crassier Terres Rouges", une immense friche industrielle appartenant à Arcelor-Mittal qui se trouve pour un tiers au Luxembourg et qui pourrait accueillir jusqu'à 5.000 habitants supplémentaires.

Les autres projets de construction ne manquent pas. Comme aux "Nonnewiesen" -quartier au nord-est en pleine expansion- où viennent d'être inaugurées 37 maisons unifamiliales et où la SNHBM a donné fin mai son premier coup de pelle pour la construction de 23 nouvelles maisons et 52 appartements.

Au nord-est d'Esch, le quartier des
Au nord-est d'Esch, le quartier des

Aujourd'hui, la commune gère "332 logements abordables et s'est engagée pour en acquérir 321 sur la "Roud Lëns" dans les années à venir", assure Georges Mischo.

La précarité et la sécurité en ligne de mire

L'autre défi des futurs élus communaux, sera de combattre la précarité. Car à Esch, il y a de plus en plus de personnes qui souffrent de la précarité et de la forte inflation, vient de révéler, à la veille des élections communales, l'Institut luxembourgeois de recherches socio-économiques (LISER) qui a pris la ville sous sa loupe en 2022, donc au lendemain du Covid.

Un autre défi est de développer le tissus économique local. Esch est aujourd'hui confrontée à de nombreuses cellules commerciales vides dans la rue de l'Alzette -la plus longue artère marchande du pays- et à des PME contraintes de s'en aller faute de terrains.
Un autre défi est de développer le tissus économique local. Esch est aujourd'hui confrontée à de nombreuses cellules commerciales vides dans la rue de l'Alzette -la plus longue artère marchande du pays- et à des PME contraintes de s'en aller faute de terrains.
© Domingos Oliveira / RTL

"C'est de plus en plus difficile de se payer un logement à Esch", atteste Valérie Feltgen chercheuse au Liser, puisque "les prix ont augmenté de près de 50 % depuis 2020". Les loyers explosent, mais "restent bas à Esch par comparaison au pays", comme le souligne Christian Weis, l'échevin CSV en charge des affaires sociales. Il sait qu' "une bonne politique sociale reste importante" tout en rappelant que cette responsabilité est aussi celle de l'État.

La sécurité reste un sujet de préoccupation majeur pour les Eschois. Le grand défi de toute coalition qui prendra demain les rênes de la commune sera de créer le sentiment de sécurité partout dans la ville. Le CSV affiche la sécurité comme une priorité et assure que "49 mesures" du nouveau Plan local de sécurité mis en place en mars, "seront mises en place sans compromis dans les six prochaines années".

L'une des mesures-phares, qui est loin de faire l'unanimité, est l'installation de caméras de surveillance en huit lieux stratégique de la Ville comme sur la Place de l'hôtel de ville, la rue de l'Alzette ou la gare routière. Tout aussi clivant et la création d'une "police municipale" "dans les prochaines années" et qui sera "soumise au bourgmestre et au collège échevinal", voulue par le CSV et le DP. Le LSAP préconise "d'engager des agents municipaux" -comme déi Gréng- et d'adapter le règlement de police. Pour combattre la criminalité, les socialistes accorde une "priorité absolue à la prévention" et au travail des communes "avec les travailleurs de rue, les associations à caractère sociale et la police".

La mobilité

Depuis décembre 2022, Esch peut s'énorgueillir de posséder le "Vëlodukt", la plus longue passerelle surélevée pour vélo d'Europe qui relie Esch à Belval. Déi Gréng placent les déplacement à pied et à vélo au centre de leur politique de mobilité et veulent carrément "créer une piste cyclable express tout autour d'Esch". Le vélo est présent dans la plupart des programmes électoraux cette fois. Le CSV entend "étendre le réseau de pistes cyclables".

Le DP préconise une "renaissance du vélo" qui commence par "un revêtement de couleur spécifique" des pistes cyclables à Esch et la création de "rues à sens unique". Pour le LSAP, il faut introduire "des pistes cyclables sûres".

Esch s'est doté en avril du Plan local de mobilité 2035. Le cycliste et le piéton sont au centre des attentions. Les Verts prévoient clairement de mettre en place "un responsable chargé de la mobilité" et "un budget pour les chemins piétons et pistes cyclables". "Pour la sécurité des piétons, tous les passages piétons d'Esch seront éclairés de manière optimale", écrit le CSV dans son programme électoral.

Ce nouveau plan fait aussi la part belle au tram et au train. Deux nouvelles gares ferroviaires devraient voir le jour à "Roud Lëns" et "Metzeschmelz". Un tram rapide reliera la Cloche d'Or à Luxembourg-Ville à Leudelange avant d'arriver à Esch par la "Metzeschmelz", passer le boulevard Grande-Duchesse Charlotte avant de foncer vers Belval. "Il devrait être à Esch en 2028", estime Georges Mischo.

La connexion entre la liaison Micheville est l'A4 sera pleinement opérationnelle d'ici fin 2023 et permettra aux frontaliers de contourner Esch-sur-Alzette et Belval. Dès que ce sera effectif "nous fermerons le boulevard Kennedy au trafic transfrontalier car l'idée de la liaison c'était bien de contourner Esch", prévient le bourmestre.

Le CSV confirmera-t-il ou non?

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et jusqu'au départ de la charismatique bourgmestre Lydia Mutsch en décembre 2013 (elle est devenue ministre de la Santé), Esch était le fief incontesté des socialistes. En raflant six sièges (autant que le LSAP) le CSV de Georges Mischo avait créé la grosse surprise aux élections communales de 2017.

La question qui se pose à Esch pour ces élections du 11 juin 2023 est de savoir, primo, si la percée historique du CSV n'était qu'un coup de poker. Et secundo, si la coalition inédite formée par le CSV (6 sièges), déi Gréng (3 sièges) et le DP (2 sièges) a convaincu les électeurs ? Malgré deux ans de Covid et une guerre en Ukraine.

© Diana Hoffmann / RTL

Emmené par Steve Faltz, le LSAP chasse un septième siège, voire plus, qui lui perrmettrait de "donner un nouvel élan à Esch" comme l'annonce son slogan. Et surtout d'être en position de force arithmétiquement pour essuyer la défaite historique de 2017.

Mais la tâche s'annonce ardue pour la jeune équipe. Les "mastodontes" électoraux du parti comme l'ancienne bourgmestre Vera Spautz ou les anciens échevins Henri Hinterscheid et Dan Codello, ont tous délaissé la politique depuis. La ministre de l'Intérieure, Taina Bofferding (3.333 voix en 2017) n'est plus dans la course. Seul Jean Tonnar la poursuit.

Pim Knaff, échevin sortant reste une tête de liste solide pour le DP aux côté de Daliah Scholl.

Meris Sehovic, co-président du parti écolo au niveau national et tête de liste des Verts aux côtés de Mandy Ragni, emmène déi Gréng qui veulent faire d'Esch une "capitale de la transition". Ils pourront compter sur la popularité de l'échevin Martin Kox.

Également dans la course, les Pirates guidés par Sam Vagnarelli, déi Lénk emmenés par la conseillère communale Line Wies (2 sièges actuellement), l'ADR qu'incarne Bernard Schmit et le KPL.

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