Projet Living Memory Les dernières témoins luxembourgeoises racontent la Shoah

Marc Hoscheid
adapté pour RTL Infos
Malgré toutes les injustices vécues, les entretiens avec ces témoins de la Shoah révèlent un attachement profond au Grand‑Duché.
Marc Schoentgen et Betty Hirschbein évoquent le passé.
Marc Schoentgen et Betty Hirschbein évoquent le passé.
© Marc Hoscheid

Il y a 81 ans se terminait la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est qu’après la défaite de l’Allemagne nazie que le monde a appris que six millions de Juifs avaient été assassinés dans les camps de concentration. Aujourd'hui, il ne reste plus beaucoup de témoins de l’Holocauste. Afin que la mémoire de cette période tragique ne se perde pas, l’Université du Luxembourg a lancé le projet "Living Memory" en collaboration avec le Zentrum fir politesch Bildung (Centre pour l’éducation politique) et d’autres partenaires.

Celui‑ci s’inscrit pleinement dans la démarche de l’histoire orale. Des entretiens ont en effet été menés avec quelque 60 témoins. Il s’agit de personnes ayant vécu l’Holocauste, ou la Shoah, au Luxembourg. Alors que la plus jeune de ces personnes a aujourd’hui plus de 80 ans, la plus âgée a 102 ans. Au début, certaines personnes ont éprouvé des difficultés à raconter leur histoire, mais par la suite, tous se sont dits heureux de l’avoir fait, explique Blandine Landau, chercheuse au Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History.

Dans certains cas, il n’aurait pas été possible d’attendre beaucoup plus longtemps pour mener l’entretien avec ces témoins. "L'un d'entre eux en particulier nous a même dit : je n'avais jamais osé raconter tout ça, maintenant, grâce à vous, je vais pouvoir aller dans les écoles témoigner, et en fait il est décédé vraiment quelques semaines plus tard. Et du coup, son témoignage fait ce que lui aurait voulu faire. C'est‑à‑dire que lui, en tant que personne, n'est plus là, mais sa parole, son récit, eux, sont disponibles. Et c'est là où il y a le deuxième aspect du projet. C'est‑à‑dire qu’au‑delà de l'enregistrement pur, tous ces témoignages sont désormais, pour certains sur des plateformes publiques, pour d'autres sur des plateformes où il faut une autorisation pour accéder, mais qui sont quand même disponibles pour tous ceux qui le souhaiteraient."

L'illustration de "Living Memory"
L'illustration de "Living Memory"
© Marc Hoscheid

 Une partie de ces personnes vivent encore aujourd’hui au Luxembourg, mais la plupart ont trouvé une nouvelle patrie ailleurs dans le monde, que ce soit dans d’autres pays européens, en Israël ou aux États‑Unis. Malgré cela, elles ressentent toujours un attachement très fort envers le Grand‑Duché, et ce, bien qu’elles et leurs familles n’aient souvent pas été traitées de manière tout à fait correcte par la société civile luxembourgeoise.

"Tous parlent de leur enfance, de leurs amis, de la relation avec leurs voisins, de tout ça. Il y a évidemment des chapitres moins heureux, notamment liés à la question du retour et de la spoliation, qui reste aussi un sujet sur lequel j'avais travaillé précédemment. Mais en tout cas, pour la plupart, voire même pour tous les témoins qui ont parlé, ça n'a pas terni l'image du Luxembourg pour eux."

Tous les interlocuteurs interviewés ne sont d’ailleurs pas juifs, même si la majorité l’est. Et lorsqu’on parle du traitement réservé à la population juive, le lien avec le présent n’est pas très loin. En raison des développements au Moyen‑Orient, les préjugés à l’égard des Juifs sont à nouveau plus présents au Luxembourg également. Mais pour Marc Schoentgen, directeur du Zentrum fir politesch Bildung, le projet aborde des questions plus fondamentales, qui vont au‑delà du conflit au Moyen‑Orient.

"Pourquoi des personnes sont‑elles discriminées, exclues, persécutées, déportées, jusqu’à être systématiquement assassinées ? Ce sont des réalités que l’on retrouve partout dans le monde. C'est pourquoi l’aspect historique est une chose, mais qu’en tirons‑nous ? Pourquoi organise‑t‑on une exposition sur les étrangers dans la Résistance, où des Juifs s'étaient également engagés dans la Résistance ? Pourquoi fait‑on cela ? Évidemment pour établir un lien avec aujourd’hui. Il ne s’agit pas de faire de l’histoire pour l’histoire, ni de la cantonner à un manuel scolaire."

Les informations issues des entretiens seront donc également intégrées dans d’autres projets. Le premier exemple concret est le livre "Betty. Die Geschichte eines jüdischen Mädchens" ("Betty. L'histoire d'une petite fille juive"), qui raconte l’histoire de Betty Hirschbein, qui était à Cinqfontaines lorsqu’elle était enfant. Le livre sera présenté le jeudi 7 mai à l’abbaye de Neimënster, et l’auteur, Roland Meyer, partira ensuite en tournée de lectures dans des écoles primaires.

Les personnes qui souhaitent visionner les témoignages recueillis dans le cadre du projet Living Memory peuvent en consulter une partie via des liens disponibles sur le site internet du Zentrum fir politesch Bildung. Le reste des entretiens est accessible en se connectant au système sur le campus de l’Université du Luxembourg.

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