Le CSV critique la politique de la SantéLes "non-décisions" de Paulette Lenert pénalisent l'avancée de la médecine

Maurice Fick
"Dix ans de politique de santé socialiste ne nous ont pas fait avancer d'un millimètre", constate Claude Wiseler. Le président du CSV est d'avis que les blocages créés suite à des non-décisions de Paulette Lenert retardent l'avancée du Luxembourg vers une médecine moderne.
© Laurent Weber / RTL

"Si j'étais à la place de madame Lenert, ça fait des années que j'aurais pris un autre chemin. On court vers une impasse!", lâche Claude Wiseler, président du CSV, qui a eu la dent dure ce mardi, à l'encontre de Paulette Lenert, ministre de la Santé, personnalité politique la plus appréciée des électeurs luxembourgeois depuis près de trois ans.

"Dix ans de politique socialiste ne nous ont pas fait avancer d'un millimètre", lâche-t-il, en avouant un "ras-le-bol complet". À cinq mois des élections législatives, le ténor du plus grand parti d'opposition fustige la politique de la Santé des socialistes qui détiennent ce portefeuille ministériel depuis trente ans, hormis le ministre DP, Carlo Wagner, aux manettes entre 1999-2004.

Il n'y a pas d'argumentation valable pour interdire l'achat de ces machines par des médecins

En cause, les "non-décisions" de la ministre de la Santé sur des dossiers qui concernent directement les patients, tels que le virage ambulatoire ou l'hospitalisation à domicile "dans lesquels rien ne s'est passé", ou encore celui du dossier de soins partagés (DSP), le dossier de santé électronique personnel "qui ne fonctionne pas".

© Laurent Weber / RTL

Sur un dossier "extrêmement important comme l'accessibilité à la médecine, on n'avance pas. On bloque un certain nombre de dossiers pour des raisons idéologiques qui sont celles qu'on ne veut pas permettre qu'un certain nombre d'appareils comme des IRM ou des scanners, puissent être achetés ou utilisés dans des cabinets privés", résume Claude Wiseler.

La semaine passée, le Conseil d'État a apporté de l'eau au moulin critique du CSV. Le conseil a "retoqué" le projet de loi portant sur l'expansion de la médecine ambulatoire et, par conséquent, sur la question de savoir où les examens par IRM pourront être effectués au Luxembourg. Il considère que limiter l'usage de certains équipements et appareils aux hôpitaux, et à leurs antennes, est une restriction à l'exercice d'une profession libérale.

"Contre la décision d'exercer un métier libéral"

"La même chose que nous répétons depuis des années: Cette interdiction va contre la liberté d'exercer un métier libéral prévu par la Constitution", redit Claude Wiseler. Aux yeux du CSV, "il n'y a pas d'argumentation valable pour interdire l'achat de ces machines par des médecins". La ministre a dit non, nous réservons définitivement cet usage aux hôpitaux. Mais "c'est toujours contraire à la liberté d'exercer la profession médicale parce qu'on empêche un certain nombre de médecins d'exercer leur profession en les empêchant d'avoir le matériel nécessaire".

C'est le non-mouvement qui a poussé les médecins à réagir et ensuite, grande panique

Un arrêt de la Cours constitutionnelle de 2019 avait déjà jugé cette règlementation anticonstitutionnelle. "Il ne s'est rien passé depuis quatre années", lance Claude Wiseler.

Si des médecins ont acheté un IRM privé pour le service radiologie du centre médical Potaschberg, c'est parce que "la ministre n'a rien fait! C'est le non-mouvement qui a poussé les médecins à réagir et ensuite, grande panique, on fait un texte de loi bâclé qui fait réagir le Conseil médical", résume Claude Wiseler pour souligner l'entêtement.

Les "solutions" du CSV

Le CSV aimerait que le texte de loi sur la médecine ambulatoire "soit retiré" et propose de mettre en place un système juridique "qui permet l'achat privé de matériel par des cabinets privés, donc de soutenir l'initiative privée médicale, ce qui est une toute autre philosophie que les socialistes". Mais avec une série de principes, comme "éviter une médecine à deux classes", "garantir la qualité" et "veiller que les prix payés à l'hôpital et dans un cabinet privé soient les mêmes. C'est tout à fait possible", selon le patron du CSV.

Une convention avec un hôpital doit "non pas mettre sous tutelle" l'initiative privée, mais garantir la continuité des soins en cas de nécessité. Le CSV propose aussi un texte légal clair pour autoriser ce mode de fonctionnement et "éviter les mini-cliniques privées et veiller que les cabinets de médecins qui ont ce type de matériels ne soient pas des émanations d'institutions financières privées". Sans oublier l'instauration d'un système de contrôle pour éviter les abus.

Le blocage du dossier du patient

Claude Wiseler ne comprend pas pourquoi la discussion est "bloquée depuis des années" entre le ministère et l'Association des Médecins et Médecins-Dentistes (AMMD) au sujet du DSP. D'autant que ce sont "tout de même des conséquences pratiques pour tout le monde, tous les jours".

La semaine passée, l'AMMD a menacé de ne plus participer au DSP, de laisser tomber sans attendre le paiement immédiat ou encore de se retirer partiellement de la convention conclue avec la CNS et d'autres commissions.

L'application proposée par les médecins "facilite l'accès à la médecine et son suivi" aux yeux du CSV. Ne serait-ce parce qu'"elle propose le remboursement immédiat des soins de santé, la prise de rendez-vous et la gestion des fiches médicales en toute sécurité avec l'autorisation du patient".

Le fait que le DSP, la digitalisation dans les hôpitaux, l'application des médecins de l'AMMD ne soient pas en place "nous empêche de faire les développements nécessaires dans de grands chantiers de la médecine tels que la télémédecine ou l'hospitalisation à domicile où bien évidemment il faut des systèmes informatiques pour gérer tout ça. Donc on prend du retard", juge Claude Wiseler.

Mais l'enjeu est bien plus vaste que ce dossier, il s'agit de la direction que doit prendre la médecine à l'avenir au Luxembourg. "Nous avons d'une part une médecine étatique où le ministre décide de tout. Et d'autre part, nous avons l'idée d'une médecine où l'initiative privée est également permise. C'est là où nous voulons mener la médecine moderne parce que nous pensons que de cette façon nous arriverons beaucoup mieux garantir l'accès à la médecine et à suivre les évolutions de la médecine puisque les médecins peuvent mettre en place les pratiques modernes".

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