FranceUne mobilisation contre la "vie chère" émaillée de scènes de chaos

AFP
De Marseille à Paris, en passant par Lyon, de vives tensions et des affrontements nourris ont émaillé samedi la mobilisation nationale de "colère" contre la "vie chère", qui a réuni des dizaines de milliers de manifestants dans toute la France, à six mois de l'élection présidentielle.
© KIRAN RIDLEY/AFP

"Abattre le système", "on prend la Bastille" : cette mobilisation qui réunissait des contestations portées par les gilets jaunes, les lycéens et étudiants, des salariés mais aussi des militants pour le climat et antifascistes a pris parfois des accents insurrectionnels, à l'image de l'intrusion dans le hall de la mairie de Marseille où un buste de Marianne, symbole de la République, a été renversé au sol.

Plusieurs dizaines de manifestants ont brièvement pénétré dans le hall après en avoir enfoncé la porte, en criant "C'est la Révolution", avant d'être dispersés par les forces de l'ordre, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le maire divers-gauche de la deuxième ville de France, Benoît Payan a dit sur BFMTV avoir reçu du président Emmanuel Macron l'assurance d'envoi de renforts de police.

<blockquote class="twitter-tweet"><p lang="fr" dir="ltr">Gros affrontements en cours à Paris, la police et la gendarmerie sont en déroute totale. #17octobre #manifestation https://t.co/aLOMcFmKIb</p>&mdash; Enzo Rabouy (@enzorabouyy) <a href="

A Paris, autour de la statue de la République, sur la place du même nom, ont eu lieu des affrontements entre plusieurs centaines de personnes et les forces de l'ordre, dès la mi-journée, avant même le départ de la manifestation.

Les forces de l'ordre ont eu recours aux gaz lacrymogènes et à un canon à eau pour repousser des manifestants masqués, dont certains ont usé de mortiers d'artifice, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Université incendiée

Deux personnes ont escaladé la statue, près de laquelle une voiture a été incendiée, pour l'habiller d'un gilet jaune floqué "2026 la police mutile les lycéens".

"Cette fois-ci nous allons gagner et abattre ce système" lance Marjorie Keters, gilet jaune et porte-parole du collectif politique "Pour une écologie populaire et sociale", alors que la manifestation principale, elle-même, se déroule dans le calme en direction de la Place de Clichy.

A Lyon, c'est une antenne de l'office de tourisme qui a été saccagée et incendiée, a constaté un journaliste de l'AFP.

Une cellule interministérielle de crise doit se réunir à nouveau à 17H00 pour faire un point sur la situation.

Jusqu'à la mi-journée, les autorités avaient recensé 140 actions avec 32.800 personnes en province et 166 interpellations sur tout le territoire national, a annoncé l'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez dans un message à la presse.

Toute la matinée, des contrôles stricts ont été réalisés dans la capitale pour faire respecter les arrêtés d'interdiction de manifester dans certains secteurs de la capitale et pour intervenir autour de plusieurs cortèges sauvages.

Une vingtaine d'interpellations ont eu lieu après une action devant le siège de CNews à Paris. Des jets de projectiles ont été lancés et des vitres brisées, entraînant l'intervention des forces de l'ordre pour disperser les individus, selon la préfecture de police.

Un bâtiment de la fac de lettres de Rouen a notamment été touché tôt samedi par un incendie vraisemblablement d'"origine criminelle", selon une source proche du dossier.

En dépit de ces nombreux incidents, de nombreux manifestants ont répondu à l'appel pour faire entendre leurs revendications, dans les grandes villes comme de plus petites, à Niort, Valenciennes.

"À la fin du mois, je n’ai plus rien, les prix augmentent mais pas les salaires. On n’en peut plus, on étouffe", dénonce Franck, un fonctionnaire quadragénaire qui a manifesté à Guéret avec environ 400 personnes.

"Opérations ciblées"

Sur le site 17octobregiletjaune.net, l'appel à la mobilisation s'adressait aussi aux habitants des quartiers, paysans, ouvriers ou retraités, invités à descendre dans la rue et sur des ronds-points ou autour de stations-services, de péages ou d'axes de circulation.

Peu de blocages ont toutefois été constatés par les journalistes de l'AFP, avec néanmoins quelques ronds-points occupés à Rennes, Langon (Gironde) ou Marmande (Lot-et-Garonne), en écho au mouvement historique des gilets jaunes en 2018-2019.

À six mois de l'élection présidentielle, l'appel à faire renaître ce mouvement qui avait marqué le premier mandat d'Emmanuel Macron, était accompagné de multiples inconnues, au premier jour des vacances scolaires et alors qu'une intersyndicale a appelé les salariés du public et du privé à manifester et faire grève le 5 novembre, notamment pour les salaires et les services publics.

Emmanuel Macron avait lancé vendredi, depuis Bruxelles, un appel "au calme".

Mais Beauvau n'avait pas caché sa crainte de "débordements (...) dans les cortèges notamment parisiens et dans les grandes villes".

"La probabilité que l'ultragauche fasse dégénérer les cortèges de l'après-midi (de samedi) est très forte", a jugé samedi midi l'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, en dénonçant des "opérations violentes et ciblées" dans certains endroits en France.

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a estimé sur X que "seuls les professionnels du chaos" étaient dans les rues samedi et pas "la France du travail".

Le leader de La France insoumise et candidat à l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon a dénoncé sur le même réseau les "images de violence" diffusées en continu par les chaînes d’info alors que "des dizaines de milliers de gens" défilent "calmement" dans les rues.

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