
Pour le personnel, c’est un choc. Pour le territoire, c’est une nouvelle alerte dans une région déjà marquée par l’un des taux de mortalité infantile les plus élevés de France.
Dans les couloirs de la maternité, l’annonce a laissé un goût amer. Une vingtaine de postes sont menacés, dont ceux de nombreuses aides‑soignantes et auxiliaires de puériculture qui ont passé des décennies à accompagner les naissances du Pays Haut. "On est épuisé, et surtout très en colère", confie Cherazad, auxiliaire de puériculture depuis six ans à nos confrères de ICI Lorraine. Elle décrit des équipes à bout, des collègues qui ne dorment plus, qui arrivent au travail avec la boule au ventre.
Mais au‑delà du choc humain, c’est l’impact sanitaire qui inquiète. Le bassin de Longwy compte déjà près de 16.000 habitants sans médecin traitant. La disparition de la maternité prive désormais le secteur de toute consultation pédiatrique locale.
La fermeture oblige les futures mères à se tourner vers Thionville, à 45 minutes de route, ou vers Esch‑sur‑Alzette et Arlon, à une trentaine de minutes. Une distance qui n’a rien d’anodin. "Quand les maternités ferment, les problèmes arrivent en cascade", rappelle le journaliste Sébastien Leurquin, coauteur du livre 4,1, le scandale des accouchements en France. Il pointe le risque de surcharge des établissements voisins, déjà confrontés à des difficultés de recrutement, mais aussi l’allongement des trajets en cas de complications. "Si le temps de prise en charge augmente, les conséquences peuvent être graves, voire fatales".
Dans le Grand Est, ces inquiétudes prennent une dimension particulière. La région affiche l’un des taux de mortalité infantile les plus élevés du pays : 4,9 décès pour 1.000 naissances vivantes, contre 4,1 au niveau national. Un chiffre qui s’explique par une combinaison de facteurs : précarité, désert médical, éloignement des services hospitaliers. La fermeture de Mont‑Saint‑Martin ne fait que renforcer cette fragilité.
SOS Santé justifie sa décision par l’absence de médecins disponibles. Mais pour les spécialistes, cette explication s’inscrit dans une tendance plus large : les groupes privés sont ceux qui ferment le plus massivement les petites maternités, jugées insuffisamment rentables. Résultat : les établissements publics doivent absorber les accouchements en surplus, sans moyens supplémentaires. Depuis 1975, trois maternités sur quatre ont disparu en France.