
En Meurthe-et-Moselle, un homme a tiré dans la nuit de samedi à dimanche sur ses deux fils, tuant l'un et blessant grièvement l'autre, avant de se suicider, "dans un contexte de séparation", selon le parquet.
Un mois plus tôt, la question s'était invitée dans les prétoires avec le procès d'un homme ayant tué ses trois petites filles en novembre 2023 dans le Val-de-Marne quelques mois après la volonté exprimée par sa femme de divorcer.
Conceptualisée par la psychologue argentine Sonia Vaccaro, la notion de "violence vicariante" - ou violence par procuration - définit "une forme de violence que l'agresseur de la femme utilise quand il n'a plus accès à elle, souvent lors de la séparation."
"Ce sont des violences qui arrivent surtout au moment de la séparation ou juste après", relève auprès de l'AFP Claire Bourdille, fondatrice du collectif Enfantiste.
"C'est le moment où l'agresseur - je dis agresseur parce que les victimes des violences conjugales sont en grande majorité des femmes - perd le contrôle sur sa proie", ajoute-t-elle. "Donc il va passer par les enfants parce qu'il sait pertinemment que ça va la détruire tout autant que s'il la violentait elle".
"L'infanticide vicariant est ce qu'il y a de plus visible et de plus extrême" mais les violences vicariantes "peuvent prendre différentes formes : violences physiques, psychologiques, sexuelles, économiques etc", poursuit-elle.

Les chiffres officiels portant sur les "infanticides vicariants" varient d'une année à l'autre. En 2019, 25 enfants ont été tués, dont 22 dans le cadre de violences conjugales sans que l'autre parent ne soit tué. En 2024, quatre enfants ont été tués avec l'autre parent et trois dans le cadre de violences conjugales sans que l'autre parent ne soit tué.
Difficile en revanche d'obtenir des chiffres concernant les autres formes de violences vicariantes exercées sur les enfants "tant elles restent encore largement sous les radars", explique Andreea Gruev-Vintila, maîtresse de conférences à l'université Paris Nanterre.
"Le risque pour l'enfant n'est déchiffrable qu'à la lumière du contrôle coercitif (mécanismes de domination et d'emprise dans la sphère conjugale, ndlr) exercé sur la mère", estime l'autrice du livre "Le contrôle coercitif : au cœur de la violence conjugale" (Dunod).
Il est donc "urgent" d’inscrire la proposition de loi sur le contrôle coercitif à l'Assemblée nationale pour que cette notion soit enfin intégrée, ajoute-t-elle.
A ce stade, la loi française fait de la présence d'un enfant lors de violences conjugales une circonstance aggravante mais ne reconnait pas les violences vicariantes comme délit à part entière.
Mais sur le terrain, la notion commence à être, lentement, prise en compte. En avril, un homme qui avait tué ses trois filles a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité dans le Val-de-Marne.
Quelques mois avant, sa femme avait demandé le divorce.
"Il est clair pour la cour que celle que vous visiez à travers vos filles, c’était votre épouse, c’était elle que vous vouliez faire souffrir", a jugé le président de la cour, estimant que le procès était une illustration "des violences vicariantes".
En Espagne, souvent considérée comme un modèle dans la lutte contre les violences faites aux femmes, le gouvernement a approuvé fin 2025 un avant-projet de loi qui ferait des "violences vicariantes" pour la première fois un délit à part.
Pour le centre Hubertine Auclert, un organisme qui promeut l'égalité femmes hommes, "il est urgent de s'en inspirer".
"Il est temps que la France avance", abonde Claire Bourdille. "L'inertie actuelle dit quelque chose de la société : qu'est-ce qu'on fait de tous ces enfants qui vivent des violences jusqu'à la mort et qu'on est incapables de protéger?"
Car l'impact sur les enfants est désormais bien documenté, souligne Andreea Gruev-Vintila, qui pointe "des troubles de l'humeur, du sommeil, de l'alimentation, une anxiété permanente, pouvant entraîner une altération profonde de leur santé et à long terme".