
Des tirs d’artillerie se sont abattus dans la matinée sur le quartier Nyvky, partie de la capitale la plus exposée car la plus proche de la ligne de front à environ cinq kilomètres, a constaté l’AFP.
Une maison a été détruite et incendiée, plusieurs immeubles ont été grêlés d’éclats et leurs vitres soufflées par la frappe, qui a blessé quatre personnes, selon la mairie.
“Je rentrais de fumer une cigarette dehors quand tout d’un coup, boum, le plafond s’est effondré”, a raconté à Volodymyr Okhrimenko, occupant de l’une des maisons touchées où les pompiers s’affairaient avec des lances à incendies pour éteindre les flammes, sous les caméras d’une nuée de journalistes. “Nous étions trois, avec ma sœur et son mari, dans la maison partagée par deux familles. (...) Personne n’est mort”, a expliqué ce retraité, encore sonné mais heureux de s’en sortir avec une simple égratignure au front.

Kiev a été la cible de plusieurs bombardements depuis le début de l’invasion russe le 24 février et l’arrivée des troupes de Moscou en périphérie nord-ouest et est de la capitale. Leur avancée a depuis été stoppée par les forces ukrainiennes, notamment autour des localités d’Irpin, Boutcha, Gostomel et Lioutij (nord-ouest), et Brovary (est).
“La cible de l’agresseur” reste “la capitale de l’Ukraine, le cœur de notre pays”, a prévenu mercredi le maire Vitali Klitschko, au cours d’une conférence de presse dans un parc du centre-ville. “Il y a toujours beaucoup d’attaques (...)”, a expliqué l’ancien champion du monde de boxe, assurant que la petite localité de Makariv (ouest) et “la presque totalité” d’Irpin sont déjà sous contrôle des soldats ukrainiens.
La zone d’Irpin était mercredi le théâtre d’intenses échanges d’artillerie, avec une forte activité à l’arrière du front, toujours interdit à la presse après la mort de plusieurs journalistes dans cette zone.
“Notre message aux Russes: quittez notre pays, rentrez chez vous. (...) Nous sommes prêts à défendre chaque immeuble, chaque rue, chaque recoin de notre ville. Toute la ville a désormais des postes de combats”, a prévenu M. Klitschko. “Partout dans le pays l’armée russe détruit les infrastructures civiles, tuent les civils (...). Nous estimons que cela peut se passer dans notre ville”, s’est-il alarmé.
Depuis le début de l’invasion 73 civils, dont 4 enfants, ont été tués, et 297 blessés, selon un dernier bilan communiqué mercredi à l’AFP par la porte-parole du maire.
Alors que les combats font rage en périphérie, les bombardements russes en ville restent à ce jour sporadiques et semblaient se concentrer sur des objectifs militaires, à l’image du missile qui a frappé dimanche soir un centre commercial d’un autre quartier nord-ouest, où les forces ukrainiennes dissimulaient pièces et munitions d’artillerie selon Moscou.
Des parties de missiles, abattus par les défenses anti-aériennes ukrainiennes, ont toutefois fait des dégâts sur des immeubles et causé des pertes civiles. Des drones suicides ou larguant des bombes sont également employés par l’armée russe au dessus de la capitale, hérissée de check-points, tranchées et postes de combats aménagés à tous les coins de rue.
Les sirènes d’alarme appelant à se mettre aux abris résonnent à intervalles réguliers, le plus souvent en début de soirée ou au petit matin. Mais aucun avion de chasse russe ne survole la ville, vidée de près de la moitié de ses 3,5 millions d’habitants selon son maire.
Commerces ouverts, supermarchés normalement achalandés, embouteillages... il règne en ville une étrange atmosphère, mélange de normalité et de tension guerrière, en pleine psychose contre les “saboteurs” infiltrés, tandis qu’on entend parfois au loin le son du canon.
“Kiev n’est pour l’instant pas massivement bombardée, à l’inverse de Kharkiv ou Marioupol”, constate pour l’AFP Serhiy Zgurets, un expert militaire ukrainien.
Mais simplement “sans doute parce la capitale n’est pas encore vraiment à portée de l’artillerie classique” de l’armée russe qui pour l’instant privilégie des armes de précision à plus longue portée, avance cet analyste.